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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


ROMAN CHORALE - Chap.56 : DOCTOR PAUL & MISTER CHILD

Publié par EnfantdeNovembre sur 2 Mai 2015, 14:02pm

ROMAN CHORALE - Chap.56 : DOCTOR PAUL & MISTER CHILD

2 avril 2014

Au moment où la lumière disparut, je considérai le silence glacial qui s’ensuivit comme un moment de répit inespéré. Je demeurai baillonné par les deux bras musclés de Paul, dans l’attente d’une réaction de sa part. Il me chuchotait de ne surtout pas bouger, et nous restâmes ainsi une bonne dizaine de minutes. Je crus à un moment qu’il trouvait dans cette configuration un certain plaisir qu’il cherchait à prolonger. Si l’idée d’expérimenter une liaison homosexuelle dans un confessionnal n’était pas pour me rebuter totalement, le fait que ce fût Paul m’envahissait d’une gène paralysante – ce qui tombait bien ; j’éprouvais pour lui un sentiment d’amitié et d’estime assez profond, et il était en outre très clair dans ma tête que sa relation officiellement amicale avec Marinette était vouée à du sérieux, bien qu’ils s’en cachassent. De toute façon, la situation que j’étais en train de vivre dans cette église m’avait détourné de toute envie subite, de toute pensée coquine qui pourtant ne manquait jamais chaque jour de rebondir régulièrement dans mon esprit à la moindre occasion ; la peur dominait, quelle qu’eût été la personne présente avec moi dans ce confess’.

Le retour du Père Austin dans l’église et sa lente marche allant de l’entrée à sa loge derrière l’autel nous confirmèrent que personne d’autre que nous trois ne se trouvait en ce lieu. Paul me délivra, et il me fallut un long moment avant que de ne pouvoir retrouver au niveau du bas du visage encore marqué par l’oppression une sensation normale. Toutefois, je crus mes cervicales réduites en bouillie.

L’obscurité avait repris ses droits, et Paul et moi déguerpîmes sans chercher à trouver le moindre indice de ce qui avait pu se passer. Les Bates avaient sans doute fui, à moins qu’une force mystérieuse ne les eût enlevés pour toujours – espérions-nous.

- Et maintenant, on fait quoi ?, demandai-je fébrilement, dans un état de sidération totale.

- On marche et on verra…

Nous nous régénérâmes les poumons le long du très pollué Chicago Bvd, chacun plongé dans ses propres réflexions. Pour ma part, je ne cessais d’entendre la mélodie sybilline du violon qui avait accompagné l’éclat de lumière, et j’étais sûr que la violoniste dont m’avait parlé Bates lorsque nous étions restés coincés dans l’antichambre, avait été présente dans l’église. Je me demandai aussi si ma vie était donc vouée à un éternel enfermement du claustrophobe que j’étais devenu.

Nous atteignîmes le quartier grec de Détroit, passant ainsi devant l’église catholique Saint Mary. Paul et moi nous regardions, partagés entre la frousse et un désir d’audace qui, après fulgurante réflexion, nous parut simultanément semblable à une obstination qui ne nous apporterait rien. Overdose d’hosties au style hostile ! Du coup, nous nous mîmes à courir aussi vite que nous le pussions, tels deux cancres inconscients en pleine école buissonnière. Une chanson des Doors s’échappait d’une fenêtre, et Paul la chanta à tue-tête, quoiqu’essouflé, avant de finir à terre, sur le bitume servant de scène, telle une rock-star au sommet de sa gloire.

Au fond d’un petit bar du quartier grec, une bouteille de vin au milieu de la table, nous lâchions prise, enfin ! Nous riâmes, même. Le Detroit Free Press du jour traînait sur une table voisine, ouvert à la page annonçant la mort de Bilal Berreni. Paul l’empoigna et lut le début de ce triste mais instructif article. À cela nos préoccupations respectives s’ajoutaient et nous pesaient. L’ivresse à laquelle nous parvînmes leva cependant quelques réticences ou inhibitions, et c’est Paul qui se mit à me parler. À présent que nous avions trouvé le meilleur confessionnal qui soit, nous pouvions tout nous dire sans crainte d’aucun jugement.

- Pose ton verre un instant, me suggéra-t-il. Voilà, je ne vais pas tourner autour du totem… A Sainte-Anne, tout à l’heure…

- Oui ?

- La lumière, le violon… J’ai vu… J’ai vu Marnie crucifiée !

Scotché, j’engloutis un verre, puis deux, avant de me mettre à rire aux larmes. Il me rejoignit dans ce concerto de zygomatiques exacerbées, attirant du même coup quelques regards mi-perplexes mi-amusés.

- Non, franch’ment, je crois que j’n’ai jamais autant ri. J’ai les mâchoires explosées. Elles n’auront pas été épargnées aujourd’hui. Sacré Polo !

- Ah ça, sacré Polo, oui ! Une espèce de créature mythologique, s’il en est… Enfanté par la Bates immonde, qui plus est…

- Ta mère… ça doit être la Vierge. Tu serais donc le frère de Marnie ?!

Nouveaux rires en perspective, que la mine tout à coup déconfite de Paul interrompit et finit par me faire comprendre que tout cela le rendait fou. Paul était le fils de Bates, le demi-frère du fils, peut-être son frère, le fils de quel père ? Sa vision de Marnie sur la croix, il la considéra in fine comme le résultat d’une fatigue et d’une confusion extrêmes. Quant à moi, décidant en outre de ne lui parler que plus tard de l’existence de Marina, j’espérais très vite me réveiller. D’abord, me rassurer : si Paul avait le sang d’une Bates, il ne partageait rien d’autre de commun avec elle ; je le voyais comme une lumineuse sagesse venant dissiper le côté sombre, l’obscurantisme, ou comme un engrais pur venant panser certaines racines pourries d’un arbre. Pourtant, pris d’effroi incontrôlable, je frémis et tout en suivant Paul vers l’extérieur du bar puis du quartier grec, cherchai en panique dans mon baluchon quelque remède pour revenir en arrière…

Les vibrations de mon portable me détournèrent de ma recherche. Quoique… La voix de Roger au bout des ondes me fit stopper nette ma marche, m’immobilisant ainsi devant les ruines d’une enseigne ancienne de boucherie française dont seules les quatre premières lettres résistaient au poids du temps.

BOUC.

Il me demanda de le rejoindre et me communiqua une adresse située au cœur du Heidelberg Project…

Je partageai la nouvelle perspective qui s’annonçait avec mon compagnon de route, et nous reprîmes de plus belle une marche élancée, tout en improvisant le pastiche d’un classique français.

Vous avez lu l’histoire de la Bates,
Commenté son dru,
Son look de croqu’mort
Ça pue, hein !
Vous en d’mandez encore
Eh bien, écoutez l’histoire de Polo
and Child

C’est à Détroit, Child a un nouvel ami

Un rebelle et son prénom c’est Paul oui
Ils sont deux ils sont dans le même flow
Leurs noms : Polo and C
hild

Polo and Child

Moi, j’ai rencontré Child en plein Détroit
Des herb’ médicinal’ orientant ses choix
De claustrophobe à jamais enfermé
Et moi, quand j’pense à qui m’a enfanté
Polo and Child

Polo and Child

Qu’est-c’ qu’on va pas médir’ sur lui et moi
Pourtant c’pas qu’on s’arrange avec la loi
CAR-QUAND on veut là nous parasiter
Bah nous, on rit et on s’met à chanter
Polo and Child

Polo and Child

Et quand quelque shériff vient nous secouer
Ou qu’un curé voudrait nous crucifier
Alors on troque nos prières
Contre une planqu’ derrièr’ les meurtrières
Polo and Child
Polo and Child

Maint’nant chaqu’ fois qu’on cherche à s’échapper
A écrire des chapitr’ alambiqués
Dans l’heure qui suit y’a Pawata patrac
Qui d’un sourir’ nous gratifie (graffiti ?) d’ses claques
Polo and Child
Polo and Child

Un jour prochain nous finirons en cendres
Mais avant ça, louons qui nous étrangle
Et offrons-lui un tout dernier K.O
Tout en sirotant quelques diabolos
Polo and Child
Polo and Child

D’tout’ façon ils ne craign’ plus le pire
Et leur seule équation est bien de vivre
Fut-ce au cœur de cette maison-mystère
Où se tourmentent et se réchauff’ les coeurs
Polo and Child

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