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Photomontage: Christophe
M.






Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit.
Mienne, belle, mienne.
Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplit de mon cri
De mes épis.
Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fumes, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil
Sous la nuit
La Nuit.
Henri Michaux

Les Sept Dormants "sont des têtes dures, des hommes du refus. Ils ne consentent pas à obéir à l'autorité du simple fait qu'elle est autorité et qu'elle parle haut et fort. Le principe d'autorité,
ils le récusent, au risque, s'il le faut, de leur vie. Ils refusent les idées toutes faites, qui sont idoles, elles aussi. Ils refusent de goûter aux mets impurs. Ils échappent à l'impie pouvoir
séculier, à la mégalomanie du tyran-dieu, à son absurde loi qui ne correspond à rien de "réel": eux, ce qu'ils veulent, c'est une dure réalité, fût-elle "RUGUEUSE", à étreindre, car pour l'homme
de la vérité, il n'y a de salut que par le réel, qu'au travers de l'opacité réelle-, jusqu'à l'apparition, au bout du compte, de la transparence. Le visible pour eux est le seul garant de
l'invisible. Et si le tyran-dieu a peur de l'ombre d'un chat, alors il n'est qu'un tyranneau ridicule comme il y en a eu tant au passé, comme il y en a tant au présent.
Tous ceux-là, nous enseignent les Sept Dormants, il ne faut pas hésiter à les affronter, à s'affronter avec eux, car ils ne figurent rien de "divin", rien qui permette à l'homme d'aller plus loin
que l'homme. Ils ne représentent qu'eux-mêmes, puissance durement établie par le fer, lourde tradition héritée et qui prétend se perpétuer par le blocage advenu et la paralysie provoquée:
institution archaïque, pouvoir de fait qui ne se cherche de légitimation, s'il s'en cherche, que dans les sanglantes et médiocres évidences de la contrainte et de la répression. Evidences
rejetées par quiconque a le sens d'une évidence plus haute, plus secrète, plus étroitement liée à l'évidence totale de l'être, par quiconque intègre cette totalité et s'intègre spontanément à
elle.
Voilà ce que les Sept Dormants, avant de sombrer dans leur mystèrieux sommeil, nous disent de la façon la plus claire, voilà ce qu'ils nous signifient par leur refus de manger à la table du tyran
et de partager avec lui ses valeurs, viandes puantes de sa table, valeurs pourries de son hypcrite créance-, car lui sait qu'il n'est pas Dieu et il sait, aussi bien, que les idoles n'ont d'autre
capacité de domination que celle, exclusivement, qu'il consent à leur préter, que ces idoles, autrement dit, ne sont que les attributs empathiques de sa majesté dérisoire.
Par leur fuite précipitée devant celle que Baudelaire appelera un jour "la bêtise au front du taureau", les sept adolescents merveilleux, les fitya comme dit le Coran -pluriel de fata=tout jeune
homme- et qui prendront place naturellement sans la Légende Dorée, témoignent et prouvent, à leur façon, que le dépôt divin, quel que soit le type de divin auquel on se réfère, c'est dans la
pureté initiale de l'être encore intact qu'il faut le rechercher.
Rimbaud n'était-il pas, lui aussi, l'un de ces fitya? "Apprécions sans vertige l'étendue de mon innocence", énonce-t-il... "
Salah Stétié, "Passage des Dormants", in L'ouvraison, Ed.José Corti, 1995


Ma vie est un élastique
Qui catapulte, pathologique
My life is a little box
Un paradis, un paradoxe
Ma vie est un point sensible
Qui véhicule de l’inaudible
My life has a little shade
Une face de ready-made
Ma vie, certes, est banale
Banale et bancale
A little whip of flak
Un petit fouet qui m’ claque
Ma vie est un artefact … fêlé
Faite de petits actes … manqués
My life is a little hole
Et moi j’en f‘rai un music-hall
Ma vie est anomalie
Qui respire de l’écholalie
My life has a little head
En forme de ready-made
Ma vie, certes, est bizarre
Bizarre et hasard
A stick insect in bits
Un petit phasme à Styx.
(My life is..., my life has...
me déphase...)

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