TOF' tape la prose!

Dimanche 1 novembre 2009
(Méthode Zulma)

J'exerce le métier de fantôme.Je danse, tel un mort sorti de sa tombe, perché sur la branche d'un arbre calciné. La pluie de sang venue du ciel couleur corbeau donne à mon âme et à mes os les couleurs qui lui manquent. Les nuages s'affolent de ma danse macabre, laquelle a le don pour faire surgir en écho le son des orages les plus puissants. Pourtant, tout ici est silence. La musique qui me fait danser est enfouie sous ce silence assourdissant. Au loin, des inconnus me regardent...
Une mince ligne de lumière laisse apparaître, à l'ombre des statues, la splendeur de l'hiver, telle un chat narcissique qui s'admire face au miroir, alors que sa silhouette errante me fait penser à l'enfant dans sa corbeille.Je revis l'extase de ce moment d'ivresse que je m'offris jadis, je revois "son" doux visage, "son" corps de folle que j'étreins encore quand j'y repense, j'ai aimé, tant aimé, lui caresser sa lune, blottis que l'on était dans les draps d'infortune situés au coeur d'un cimetière, là où les tombes ont des oreilles.
Je danse encore, les corbeaux survolent et s'affollent de me voir jubiler de la douceur horrifique de ces instants infidèles.
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Lundi 26 octobre 2009




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Lundi 26 octobre 2009

Ecrit le 9 mai 2008
***A la suite d'un texte de Baptiste Roux, “Le narrateur disgracieux” (qui faisait lui-même suite au "Canard exquis", texte collectif lui-même lancé après un commentaire d’Hosannam, sur un forum littéraire) ...

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18°Celsius.
Tof’ est lent, bien trop lent. Ce n’est pas son rythme.
Alors que chacun s’en remet au printemps revenant, oubliant les récents chagrins d’automne, et que personne n’a encore trouvé ça monotone, Tof’, lui, a oublié de se découvrir le dos. Il est encore en hiver, en automne plus souvent, parce que son coeur est ainsi: automnal. Ses printemps mettront des siècles à germer, à éclore, à pousser. A fâner.
Les automnes lui reviendront par cycles, éprouvés par lui comme des réminiscences douloureuses.

- Cesse de te complaire dans ta mélancolie! Tu n’es que le pauvre réceptacle de toutes les propagations humaines de mélancolie. Tu te crois plus beau avec ta tristesse! Mais ta tristesse n’est rien à côté des plus grandes joies de ce monde, de ces plus cruelles horreurs, aussi. Les Romantiques ont pris tes sens et tes sentiments en otage! Délivre-toi! Redeviens humble!

18° Celsius toujours.
XXIème siècle à peine. 02h07, heure de la Tempête. De ses tempêtes. Plus rien n’existera autant que cela a existé. Ah! Larmoyant pessimisme! Tu lui es parfois utile, mais souvent contraignant. Tof’ ne t’est pas fidèle, il ne te doit rien. Sinon ses larmes.

- Certes, je t’en remercie. Mais vois-tu, cher ami, mes yeux sont secs, ce soir. Oh, humides aussi, oui! Mais pas mouillés. Les fontaines sont épuisées, à sec. La chaleur des échos les a asséchées. Eloigne-toi, vilain pessimisme, et reviens quand le moment sera venu!

Les échos en question se mélangent, il virevolte, il a le vertige. 02h07 toujours. L’orage gronde, la nuit profite des Grands Sommeils pour laisser exploser sa colère, pour pleurer aussi. Les étoiles sont éteintes. La Lune n’existe plus. Il a peur. Tof’ aime l’orage, mais il est tard.

- Encore cette connerie de culpabilité enfantine, infantile, infantilisante: je reste éveillé si tard, je me lève si tôt! Je DOIS dormir! Mais je ne veux pas! Je veux écrire, me perdre dans les limbes labyrinthiques de mes ivresses et mes rêves fous. Demain, journée de quotidien raisonnable et raisonné, un autre temps, un autre moi!  Entre les deux, cette foutue “culpabilité culpabilisatrice”! Fi d’elle!! Je suis libre. Oh oui Liberté, je veux Te respirer, Te humer, Te boire jusqu’à plus soif. Je sens mes ailes qui vibrent, qui tremblottent. Mais je sais qu’elles ne peuvent pas se déployer encore totalement. Pas encore…
En attendant, je ne m’empêche pas de La goûter.

***

Lire les commentaires de ce texte:
- sur micdemboo
- sur le plum'art

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Lire le texte de Baptiste Roux: "Le narrateur disgrâcieux"
Celui de Sophie Lucide: "Garce de narratrice"

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Samedi 24 octobre 2009
Sur le mode Haddad
* Hubert Haddad-Zulma
*
Ecriture collective
* Merci à Sophie Lucide

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Tombe: le lieu de la beauté sombre, le seul à m’attirer malgré l’angoisse. J’ai pour habitude d’esquiver les angoisses, ou plutôt tenter d’esquiver ce qui a l’air d‘une angoisse, mais la tombe est, de par sa beauté (entendez tout ce que vous voulez entendre par ce terme de « beauté »), la seule chose angoissante à m’éclairer la pupille. La tombe est pour moi une « Trompette de la mort », pour prendre les mots d’Emily Dickinson, une trompette qui se déhanche frottée à une croix, et j’y revois la terre anarchique éclabousser un cercueil placé au fond du trou, j’y ressens le froid d’alors, je revois ces larmes couler sur mon épaule, larmes qui auraient dû déclencher les miennes, mais qui n’arrivaient pas. Culpabilisant, me sentant mériter d’être à la place du cercueil, je m’inventai alors une tristesse, tenta tant bien que mal de me faire couler une larme, ne serait-ce qu’une goutte pouvant me mouiller l’œil. Le chagrin, je l’avais, mais pas les larmes. Sans doute parce que j’avais dix ans… Depuis, c’est toujours avec ce souvenir et une tentative de distanciation que j’erre entre les tombes, qui abritent ceux que je ne connais pas, mais que je pleure irrémédiablement.


***

 

Tracteur: J’ai retrouvé récemment cette photo de moi à l'âge de 5 ans à peu près, posant de manière « décomplexée » sur un tracteur de campagne. C’est sûr que j’étais au départ impressionné, au moment de monter sur l’engin, délaissant ma petite coccinelle à quatre roues dont je maniais le volant avec dextérité, allant de long en large sur la terrasse de mon arrière-grand-mère. Je me sentais d’emblée attiré par le grand volant de la machine, et il me semble qu’à cette époque, je n’avais pas encore le vertige. Il faut dire que j’étais coaché par un autre engin, un grand-oncle au charisme impressionnant.

Je ne conduis pas, n’aime pas les voitures, mais je pense que si je devais passer un permis, ce serait sans doute celui de tracteur. Parce que le tracteur, est une de mes madeleines. Et que conduire une madeleine, ce n’est pas donné à tout le monde!



***
Enfance: (par A Lost Child) Regard authentique, autant qu’il pique à vif. Miroir de ce qui s’est endormi mais qui, sous-jacent, ne cesse pourtant de s’exprimer. Regard naissant, regard neuf, confronté au spectacle de l’ « âge adulte», qui lui reste étranger et qu’il regarde comme une chose étrange, aux rouages douteux, mais dont il en ressent les tempêtes.
Enfance. Un éclat de vie, qu’on tente de « griser» en négatif, de rendre gris, peut-être parce qu’il éblouit celui qui croit l’avoir perdu. Il est là, pourtant, cet éclat, en de multiples recoins du cœur, et en bien des rêves. Mais parce que l’adulte a entrepris de se débarrasser -vainement- de ses tempêtes d’antan, ou parce que l’adulte l’adule, ou parce que l'adulte l'accule, l’enfance devient une poche dans laquelle on y jette fantasmes et frayeurs, un mouchoir en papier dans lequel on mouche tout ce qui paraît nous rapprocher de nous-mêmes mais dont on croit qu’il nous éloigne, un panier en osier dans lequel 4, 5, 6, on y trouve des cerises, qu’on croit périmées, alors qu’elles sont bien mûres…
Enfance: regard authentique qui reflète à l’ « adulte » sa part de « lost-child ».
Et raturer sans honte, raturer le dénaturé, raturé le saturé, raturé le fracturé, raturer le trop-vite-dit, et y esquisser à la place un grand , parfois un , parce que c'est comme ça qu'on le sent...





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Mercredi 21 octobre 2009
De cet homme, j'ai cherché, de longues années d'enfance durant, une sorte de "troisième oeil" que je pensais enfouie sous de solides amas de résistance tenace aux émotions. C'est en vain que j'ai cherché la petite lueur éclatante fixée à la pupille, celle qui n'apparaît dans aucun des deux autres yeux. J'imaginais que ses sourires tour à tour désolés et vitreux, obliques et odieux, étaient des réactions à d'agréables souvenirs d'enfance. Que la nuit, endormi aux côtés de sa très pudique femme, il rêvait à des situations amusantes ou à de jolies blondes en bikini. Le temps me révèlera par la suite que de mes délires enfantins, le dernier était le plus probable.

Marcellin, ancien militaire de renom, propriétaire d'une succession de décorations pour ses actes patriotiques lors d'évènements tels que la guerre d'Algérie, était à la retraite depuis quelques années, qu'il vivait tièdement dans un petit trois pièces de -ça ne s'invente pas!- Saint Cyr l'Ecole, à deux pas de l'école militaire. Un changement de vie radical, j'imagine, pour cet homme de "Nation" très actif qui, du fait de ses "missions", était amené à voyager et à déménager souvent, parfois à un rythme vertigineux, contraignant sa petite famille à vivre ainsi, sans véritable point d'attache pour les trois enfants, sans possibilité pour eux de développer une amitié, le temps manquant, et sans havre de paix rêvé par sa femme, mère au foyer. Là où un extraordinaire voyage de la vie et dans la vie était possible si celle-ci l'avait permise, il n'y a eu qu'une mortifère liturgie promise aux léthargies des songes, à l'atonie des sens.

Très imprégné de son "métier", Marcellin avait intériorisé les valeurs militaires acquises dans le milieu, au point de les reproduire en-dehors. Il reproduisait en famille le comportement requis dans son milieu professionnel. Il faisait preuve à l'égard de ses enfants, et même de sa femme, d'une autorité brute et dure. De l'autoritarisme, en fait. Ainsi, sans marquer aucune distinction (mais se targuant d'en posséder, des distinctions!), il passait, quasi-robotisé, du champ professionnel au champ familial dans le même état d'esprit, celui de l'ordre, de la discipline, de la consigne et du répressif. Il pouvait ordonner à l'un de ses enfants une multitude de tâches et de corvées, comme récurer le sol de la cuisine à quatre pattes et à l'éponge, régulièrement, pendant un après-midi entier en période de vacances. De la même façon qu'il commandait ses soufifres. Plus soldat que citoyen, son état d'esprit m'était totalement étranger, à moi, l'enfant alors entièrement tourné vers la vie.

A ce sujet-là, se sont opérés, non seulement une révélation, ou plutôt un révélateur, mais surtout la prise de conscience de ce révélateur, la démonstration presque organique de ce décalage qui m'éloignait tant de Marcellin. A travers cette situation vécue un après-midi pluvieux d'hiver. Une de ces journées qui peuvent vous faire passer de l'énergie et du désir, à une morne déception, une violente claque qui fait éclabousser les facettes les plus sombres de l'homme, une grosse masse noire venant plomber l'atmosphère qui se voulait légère et joyeuse, dans une humeur propre à l'enfant que j'étais.
Cet après-midi-là, en compagnie de ma soeur un peu plus jeune et de Marcellin, une balade vers le parc du coin s'annonçait aventureuse. Marcellin avait oublié le chemin, et nous menant par de multiples détours, nous éloignait finalement de l'appartement. Nous étions perdus, sous la pluie de plus en plus virulente. En vérité, ces détours, ces courbes, nous furent des plus savoureuses, à ma soeur et à moi, qui, en tant qu'enfants, jubilions de ce sentiment de vie et de ville en forme de labyrinthe. Aboutissant sur l'extase suprême, le piment qui relève le tout: se mettre à faire de l'auto-stop. Au bout d'une vingtaine peut-être, une voiture s'arrêta, Marcellin monta précipitamment à l'arrière, suivi de nous. Une musique orientale me faisait m'évader, lorsque Marcellin, pris sans doute d'un malaise existentiel, que sais-je, se mit à nous faire des gestes dans le dos des deux hôtes, qui étaient des Chinois. Marcellin s'amusait à se boucher le nez pour nous signifier une prétendue odeur, nous faisant la grimace qui voulait dire "c'est sale".
Au retour de cette balade, alors que je m'étais imprégné de l'atmosphère dans la voiture, avec nos deux guides, Marcellin contait à sa femme, laquelle remuait un plumeau, l'insupportable situation dans laquelle il s'était retrouvée, "pris au piège par des chintoks". L'appartement m'était un poids, les murs semblaient se resserrer autour de moi. Chaque objet devenait un cafard, chaque miroir, en grand nombre dans cet appartement-musée, avait un cafard en reflet. Ces miroirs angoissants, disposés dans chaque pièce et chaque couloir de telle sorte que Marcellin pût garder les yeux sur ce qui se faisait dans une autre pièce quelle qu’elle soit, par un jeu subtil de reflets invisibles mais circulant à travers nos angoisses. Un effrayant labyrinthe de glaces, que j’aurais pu aimer dans un autre environnement, et dont je ne pris conscience que bien plus tard. Et à tout cela s’ajoutait un lourd canticum continu émanant des aiguilles des horloges aussi nombreuses que les miroirs, et suspendues au-dessus de chaque porte, comme pour nous empêcher d’oublier un seul instant, les fracas du temps.

D'avoir très tôt ressenti l'existence d'un monde d'hommes dans lequel je me sentais oppressé, m'a appris à savoir, dans mes indécisions, ce que je ne voulais pas. Mon aversion, peut-être à tort, pour les militaires, pour leur monde et pour toute forme d'autorité gonflée de ce que je reconnais comme de l'arrogance, s'explique par ce qu'a pu engranger sur au moins deux générations, le comportement odieux, dur, très dur -à un point tel que cela a dépassé mes pires inquiétudes d'adolescent sur son histoire et celle de ses enfants-, de Marcellin, cet homme qui se saoulait au sirop de menthe et au Valium, et que je n'ai jamais pu appeler "papi".

Ni elle, « mamie» .

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Mercredi 14 octobre 2009

Aucune raison de le nier: à l'évidence, tu es timide.

Cet état de fait, cet état d'être, ne provoque chez toi aucune complexité; tu ne culpabilises pas d'être timide. Il peut t'arriver, néanmoins, de t'en vouloir, de t'engueuler -tu n'engueules que toi, d'ailleurs-, lorsque tu t'imagines être quelqu'un d'autre, ou plus précisément lorsque tu t'attribues une imaginaire qualité qui se situe aux antipodes de la timidité, comme l'excentricité par exemple, ou l'insouciance extrême.

Mais ta timidité ne te heurte pas, dans la mesure où tu es chaque fois sensible à celle de l'autre. Elle ne te pose pas de problème particulier, hormis peut-être cette crainte de la voir dégénérer et muer en phobie sociale, comme une larve sereine muerait en éponge pétrifiée. La frontière est parfois mince, et il est possible d'en constater les révélateurs, voire les prémisses, à l'occasion de situations particulières, de contextes impressionnants.

Par ailleurs, tu ne supportes ta timidité, qui n'est en l'occurrence pas un fardeau, que par une "qualité" qui la nuance: le goût d'en rire. Le timide, lucide de sa timidité et disposé à en rire, comprend que sous cet aspect-là des choses, la culpabilité due à l'absence d'excentricité ou même de charisme peut s'envoler en fumée.

Et se déclenche, au moment des orages, un éclair que surpasse l'écho d'un rire particulier: le rire du timide.

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Vendredi 11 septembre 2009

By A Lost Child


Je saisis la solitude qui s'immisce pour revenir sur les empreintes
que d'autres ont laissées dans mon coeur.
Je laisse déborder un trop plein d'ocytocine,
portée comme de la lingerie fine.
L'hypophyse gonflée d'émotions,
mon hypothalamus est un hippopotame.
Ce matin, mon coeur est lourd, peuplé des joyaux de l'autre entre lesquels se dessinent les chemins de traverse.
"C'est terrible, la mélancolie."
Un bout de soie blanche volette, accrochée sur la pointe de mon désir.
Désirer, déchiré.
Ce qui est passé dure encore... la seule arme sans doute à mon âme en déroute.
Du souvenir de mes primo-sentiments à l' "obsidienne" de mon sensible, j'ai parcouru les monts et les méandres les plus excessifs dans mes affects.
Un éloignement me tord le ventre, un attachement me renvoie à tort ou à raison au sentiment d'abandon propre à l'homme. L’attachement, c’est déjà un peu l’arrachement.
Considérer les choses autrement est une urgence. Car les flots d'ocytocine pourraient finir par déborder par lacrymales. Et les larmes d’ocytocine me brûleraient les yeux et les joues. Alors, défiguré, mon sac à dos en carapace, j’irai là où l’on ne me voit pas…
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Jeudi 14 mai 2009

Je suis à deux doigts de devenir un légume intellectuel.


Je me suis résigné à cet état d’être. Celui dans lequel j’ai « surmonté » l’éloignement par l’oubli, ou plutôt par la non pensée, mais qui implique du même coup la dissolution d’une saveur précieuse qui impulsait au goût de vivre qui était ou est le mien, une saveur qui, sans ma non pensée, ne serait qu’amère.
Il est des visages qu’on n’oublie pas, malgré le temps. Pourquoi ne les oublie-t-on pas? Parce qu’ils font partie de nous, et nous faisons partie d’eux. L’empreinte indélébile d’un vécu commun est marquée à jamais dans le cœur de chacun des sujets concernés. Je dis « sujets », vous choisissez bien sûr le terme qui vous conviendra le mieux, je n’impose pas celui-ci dans la mesure où il m’est venu « sans réfléchir ».
C’est aussi ce qui m’inquiète: la non pensée dont je parlais à l’instant, je le crains, aurait sans doute influencé mes moments de non réflexion.

Je suis à deux doigts de devenir un légume intellectuel. Mais s’il le fallait, tout cela en raison de la stupidité des vies humaines forcément incompatibles entre elles, je prierais, oui vous entendez bien, je prierai pour que ce ne soit pas le navet, et encore moins l’artichaut. Pourquoi pas le navet? Vous êtes fou: le navet présente une forme mollassonne très perverse, voire vicieuse dans sa ruse malsaine qui consiste à se faire passer pour une pomme de terre lors des rencontres collectives de légumes. Le navet est un imposteur, trompe son monde et apporte nausées et écoeurements à l’issue des tentatives de prise de plaisirs. Quant à l’artichaut, il a encore un cœur, et je désirerais, dans mon malheur, me permettre de demander à ne pas devenir un légume qui possède un cœur. Si je dois finir légume, autant que ce soit jusqu’au bout et sans fioriture ou autres accords et allègements de peine. J’assumerai tout: je serai un légume jusqu'au bout, dans sa structure, dans son aspect, dans ses capacités cérébrales et sexuelles, et ses odeurs alléchantes pour certains, répugnantes pour d’autres. Qu’on me fasse pois chiche, je me dégusterai bien, je serai ludique pour les enfants lors des couscous, et je roulerai au gré des coups de pouce volontaires ou non des mains coquines. Ou bien carotte: je ferai rougir!
Bref, voici un légume intellectuel doublé en plus de ça d’un vulgaire moucheron épicurien, celui du refoulement inconsciemment organisé des plaisirs pris comme des plaisirs fantasmés Je ne perdrai pas de temps ici à vous relater le fond de ma pensée, vous m’avez en fait parfaitement compris.


Lorsqu’un dinosaure s’est amusé un jour à essayer de gober une mouche reptilienne, ses yeux ont fini par craqueler dans la minute qui suivait, avant de s’effondrer totalement, lentement, pour finalement devenir moins qu’une mouche lui-même: un moucheron. J’ai quelques ennemis qui ont bien tenté de me gober. C’était sans compter l’énergie folle de la mouche investie dans les volettements déstructurés motivés par la panique. Je n’étais pas une mouche à merde, et je me devais de me faire respecter au moins cet aspect-là pour masquer le reste qui n’avait rien de valorisant pour moi aux yeux de ces ennemis jamais dits. Je finissais par rire d’angoisse aux commentaires acerbes et faussement bienveillants qui étaient prononcés sur mon compte et d’où jamais mon oreille ne fut aussi éloignée que leurs auteurs ne pouvaient le soupçonner, avant de recommencer, comme aux débuts, à m’insoucianciser de nouveau et rire tout court, en gardant malgré tout, comme à chaque fois, un avant-goût mystérieux des inquiétudes justifiées ou non à venir. C'est ce qui s'appelle l'angoisse anticorps.


Parmi les requins s’étant frottés à ma peau très particulière, certains ont réussi à tuer en moi certains aspects qui m’étaient chers, et que je tente à présent de retrouver, reconstruire, re-ressentir. D’autres auront essayé, vainement essayé, sans échouer pourtant à me laisser en souvenir des cicatrices visibles et d’autres intérieures qui sont pansées, mais encore là, « marquantes », je veux dire marquées. Les requins ont ceci de particulier qu’ils ont un flair hallucinant. Leur don exceptionnel est aussi leur faiblesse majeure: dans ce qu’ils flairent, se trouve en premier lieu leur mauvaise haleine, celle qu’ils croient sentir chez les autres alors qu’ils ne font que respirer leur propre odeur, parce qu’un requin n’a jamais été capable de respirer autre chose ou quelque un d’autre que lui-même, de sentir quoi que ce soit ou quiconque sans être concentré d’abord et avant tout par ce qu’il dégage lui, sachant qu’encore, ce qu’il croit dégager est en total décalage avec ce qu’il dégage réellement, et encore, tout dépend de envers qui il dégage, et selon qui.
Et non, messieurs les Requins du troisième ordre, je ne sens pas la même chose que vous, je ne dégage pas la même odeur que vous, et vous ne sentirez jamais ce que je sens et ce que je dégage que par votre propre perception nasale. Et puis, parfois, je mets un parfum subtil qui me correspond, et qu’adorent les filles que je côtoie. Vous n’y pourrez rien!


Non, vraiment, je ne suis pas sûr que l’amitié ait quelque chose à voir dans tous ces processus calculés et ratiocinants. Dans ce genre de milieu, n’est ami que celui qui sert un intérêt. Aussitôt l’intérêt passé, aussitôt l’ami lynché. C’est une question centrale que celle de l’ambition jusqu’au bout, l’ambition sans éthique, l’ambition sans préoccupations de ce qui entoure. C’est une sorte d’hygiène du milieu, c’est comme ça que ça fonctionne, et personne n’a jamais trouvé à redire, et ce depuis la cour de récré. Moi, Clément, aussi symbolique que soit son prénom, c’était un ami, mais je n’hésitais pas à lui faire des crasses par derrière dès que je le pouvais. Aux récrés, on se bagarrait comme deux sauvages parce qu’on s’insupportait. Franchement, y’a de quoi! Vous verriez la tête à claque! Bref, l’ami, c’est un étrange mot, un étrange type, bien éloigné du jargon du non-dit milieu.

Ça bave de partout, vous verriez ça, c’est impressionnant. Moi ce que j’en dis, c’est juste parce qu’on me l’a raconté. Parfois, je joue le con à répéter ce que dit un autre con. J’alimente la hiérarchie de la connerie, je me suis engagé à m’en éloigner, mais au quotidien, je la pratique dès que j’en ai l’occasion, c’est-à-dire tout le temps. On s’étonne après du mauvais état de nos sociétés, de l’état archaïque de nos mentalités.
Rien ne tient debout, et moi ça me donne envie de me coucher. Mon lit n’a pas de lattes, il grince, comporte un trou bizarre au milieu, et me donne mal au dos au réveil. Pourtant, c’est là que je me sens le mieux, parce que je suis en adéquation avec le reste du monde: couché. Il me faut une sacrée claque pour me lever, il me faut repenser à la dysharmonie dans laquelle je suis avec la nature, l’état naturellement élevé et solide, fort et vertical, de la structure élémentaire de l’univers. Je suis soleil et je mouille de plaisirs intensément brûlants. Je suis lune et me tient à la limite de l’ombre, dans un entre-deux de clairs-obscurs qui se débordent l’un l’autre. Je suis étoile filante et je m’arc-en-ciel en scintillements. Enfin je suis météore cramée, devenue statique et pendue à une étoile mort-née. Je fais le décompte des heures, des vies, durant lesquelles mon sang continue de se transvaser dans mon cerveau, je deviens rouge. Mal de crâne, je gigote un pied, tapote des doigts dans le vide pour montrer mon impatience, m’endors. Au réveil, mon lit me donne mal dans le dos. Je souris à l’idée que je suis en vie, encore un jour de plus. Pour quoi faire? Tâcher déjà d’aller alimenter mon yucca, dont la moumoute habituellement vigoureuse se montre bien fébrile depuis quelques temps. Une plante est à l’image de son jardinier. Vice-versa bien entendu.



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Je place souvent mon yucca en face de l’aquarium de ma vie, pour que le reflet d’eau s’y projette, que ma plante ait l’agréable sensation d’être rafraîchie continuellement. Des ombres d’hippocampes passent de temps à autre, verticales lentes, belles. Elles s’acheminent avec détermination décontractée vers les algues en lesquelles elles pourront se fondre. Les hippocampes de mon cœur ne cessent d’enfanter; ma testostérone me brûle à l’idée de goûter au plaisir du don extraordinaire que connaissent les femelles en temps habituel: celui de donner vie. Je le vois bien rond, mon ventre, avec un nombril écartelé par la rondeur, un nombril qui saigne. Dans mes cauchemars, je vois un couteau qui brille se planter vivement, d’un coup, au centre de mon nombril, comme pour anéantir ce qui reste de moi. La main assassine achève le travail entamé avec une paire de ciseaux venant me découper minutieusement la peau recouvrant mon ventre, les couches inférieures ne sont pas épargnées non plus, et dans un temps suspendu, je me retrouve nez à nez avec mon fœtus inachevé qui tente de lâcher quelques pleurs inaudibles encore du fait de l’état primitif de son développement intra-utérin.
Cette main assassine, je n’ose croire qu’elle soit féminine.


Pardon, une petite voix intérieure me demande de préciser ma pensée simultanément à ce cauchemar vécu. Je pense donc qu’il faut jouer avec les mots, je pense qu’il ne faut rien s’interdire dans l’écriture, si ce n’est de se munir d’une plume conquérante animée par le désir de répandre en lignes soufre et vitriol sur lesquels serait distillée insidieusement une huile explosive tout à fait inappropriée, comme à son habitude. Cet état d’esprit ne me correspond pas, ma plume, je la veux légère, jouant avec les mots aussi bien qu’avec les fioritures. Le soufre et le vitriol ne sont excitants que par la main d’un génie. Pas trop con si possible. Chaque mot a un sens. Pas de problème pour moi, je peux très bien démêler les sens, les significations et autres symboles communément ou sulfureusement admis. J’aime faire le gamin turbulent qui détricote les sémantiques et s’approprie les mots impliqués malgré eux dans les idées farfelues de mon pauvre et magnifique aquarium qui remplit mon cœur.
Car je vous ai parlé des hippocampes, précieux à mes yeux, mais vous ne savez rien encore des poissons chinois, les yeux exorbités, qui se sont bizarrement écartés du reste de la population pour s’enfermer, se cloisonner, dans un bocal si petit qu’ils en sont devenus fous. Les rouges virent au noir, les noirs restent noirs. Si bien que mon bocal imposé est devenu au fil du temps une boule noire, la boule noire, là où s’accumulent les oublis, et d’où jaillissent les folies. Ca tourne en rond, mais ça tourne pas rond.



Un certain réflexe qui consiste à s’infantiliser à un degré parfois extrême en cas de diarrhée m’a toujours profondément amusé, dans le fait notamment que ce réflexe d’infantilisation est bien souvent abusé, sur joué, et non sans un certain plaisir pour la plupart des diarrhéiques. Comprenez-moi bien: toute cette merde soi-disant affective qui se déverse ici ou là, et notamment dans les décharges emmurées de mon aquarium, ne m’atteint pas précisément grâce à ces murs qu’il a fallu que je me construise pour me protéger et me préserver de cette dégoulinade de bons sentiments merdiques auxquels je me refuse de participer.
Mon aquarium se situe dans un axe différent, un axe fragile, qui ne s’est pas mêlé, par instinct de survie, à cette gigantesque commedia del ratée dans laquelle il prévaut de retenir ses sentiments mais de se noyer dans une dégoulinade de sensiblerie, et de culpabiliser de sa sensibilité mais de se gaver de sentimentalisme. Quand l’humain va-t-il trouver le juste équilibre des choses, le juste milieu passionné de vie? L’accroche-cœur de son humanité, et de son sentiment d’humanité?


Je dis ça du haut de mon pied détestable , et ne froncez donc pas les sourcils pour me signifier votre agacement à lire ces lignes, à supporter mon style qui n’est pas le mien vraiment, à lire par politesse et par correction un texte qui ne vous passionne pas réellement. Considérez mes propos précédents comme les divagations d’un rêveur-ronflexeur parfois à la limite de la noyade lors des grandes tempêtes qui agitent son aquarium cerebellum. On en a entendu des grotesqueries, lu des abracadabr-hantises grosses comme les kystes de mes poissons chinois. Tiens, que me dit ma boule noire à l’instant? Elle ne dit rien, rien qui vaille la peine de vous être conté. Car l’oubli est silence, et dans ce silence, des mots mis maladroitement bout à bout pour révéler ne serait-ce qu’une parcelle particulaire, particulière, des spécificités qui structurent mes incohérences. N’en jetez plus! Je sais parfaitement où j’en suis dans mon désordre, et j’ai de l’anarchie à revendre.


Les mégots dans mon cendrier me font penser aux ego de scaphandrier. Des ego qui fond des bulles. Des ronds dans l’eau, des ronds de fumée. Magnifique contenant que ce cendrier! Débarqué sans doute d’une boutique de souvenirs, et offert à je ne sais qui, les fleurs ornant le fond à présent sur-recouvertes par les mois et les années de cendres écrasées puis semées dans la poubelle. Il en a vécu des clopes et des larmes, des pétards et des délires, des cigarettes entre amis et celles de ma mère, et quelques mèches de cheveux de quelques passantes de nuit. L’âme de ce cendrier n’est certes pas mon miroir, mais tout de même le reflet, un reflet, de certaines zones sensibles de mon cerebrum. Il se répète tant d’échos dans ce cendrier, échos de ces visages passés fixés à nous, échos des navets et des artichauts, échos du dinosaure, de la mouche reptilienne, des requins, des amis lynchés, de Clément, de mon lit, du yucca, des hippocampes, des poissons chinois handicapés du bocal, de la petite voix, de l’humain, du plongeur. Il s’y affrontent tant de sphères différentes, tentant de coexister dans le paradis ou l’enfer de leur vie, leur vie « d’après », après le purgatoire, ou autre processus de transition de quelque ordre que ce soit. Tant de micro bulles diverses, celles du plongeur, de l’humain, de la petite voix, des poissons chinois handicapés du bocal, des hippocampes, du yucca, de mon lit, de Clément, des amis lynchés, des requins, de la mouche reptilienne, du dinosaure, des navets et des artichauts, de ces visages passés fixés à nous.


Je soupire. Je soupire le pire, pour m’en défaire, juste un instant. En silence. Au moins, il peut passer par la commissure de mes lèvres, et s’échapper en tourbillonnant, jamais autrement, si bien qu’à chaque fois, il revient. Le répit est bref. Bref, oui…



Je lautréamonte l’escalier de mes axiomes fissurés, je me conte outrances et absurdités sans queue ni tête, parfois un peu la queue mais pas la tête, parfois l’inverse. Ouroboros le serpent n’en finit pas de s’avaler la queue, très peu savent le faire, très peu sont élastiques. Ce peu-là, j’en ai fait un dieu. Je l’ai placé en statue, devant un temple en corail, dans mon aquarium, à l’exact opposé de la boule noire. Des petits néons bleus et blancs, brillants, parfois pénètrent le temple, et en ressortent guppys.



C’est alors ici le moment où débute le processus que je redoute le plus: la renaissance cyclique des tempêtes de mon aquarium. Ces élégants néons, voyageurs et bienveillants, partis à la rencontre d’un nouveau dieu né absurde, qui se muent en redoutables guppys, magnifique d’apparence mais dont j’ai toujours pris soin de les tenir éloignés de mes étangs en raison de leur cruauté sans nom. Rapides, trop rapides dans leurs avancées aquatiques et cérébrales, ils sèment la terreur, avalent les néons restants, s’attaquent même, dans une forme de violation sacristique et sarcastique, à mes hippocampes si paisibles. Les algues sont herbes mortes, la boule noire est dégonflée de son pétrole abruti sécrété par les poissons chinois qui, inertes, se laissent déchiqueter par les prédateurs guppys. C’est un véritable volcan sous-aquatique en ébullition qui se propage dans la totalité, les moindres recoins, de mon aquarium cerebellum. Le bocal auparavant si fragile et nauséeux me provoque à présent un total écoeurement décomposé, vide en substance, dégonflé de ses folies, mais pas des oublis accumulés et stockés ici jusqu’à présent.

C’est l’état le plus terrible alors qui s’actionne malgré soi: la remontée des oublis légèrement éclaircis, par flash et micro sensations, sans la folie. Se sentir étouffé par un rejaillissement d’oublis plus toujours très oubliés, et cela dans une stricte lucidité qui vous prive de la folie dont vous auriez besoin justement pour affronter cette tempête déchirante. Froid dans le dos, l’humeur chaos.

Les parois de l'aquarium se fissurent, et les poissons-vitres, ceux engagés à nettoyer les saletés répandues à la surface, finissent par se couper les lèvres au contact des fêlures, et se résignent à leur devenir de néant.

Avant que l'eau ne fuite, j'entreprends un dernier détour par le temple du dieu-élastique, histoire de m'assurer qu'il ne reste plus de guppys dans ces ruines naissantes qu'est mon aquarium cerebellum.










Note de l'auteur: à lire dans un ordre aléatoire si possible une première fois, relire une deuxième fois dans l'ordre, et enfin le relire une dernière fois dans le but de se confirmer que rien n'a été compris à la lecture, et que si c'est le cas, c'est que tout va bien...

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 26 avril 2009


Se situer dans la position mortifère d’être à deux doigts d’un élan tout en s’en privant, en raison de l’éternelle culpabilité conne que je ressens, en raison d’une fatigue que je me prive de vouloir ressentir, en raison de mon corps trop allongé.
L’ « élan mortifère » mûrit dans la tête, murmure ses intentions, et se mure dans la retenue.
Un élan véritable ne se pense pas, ne se réfléchit pas, ne se calcule pas, car c’est dans la spontanéité enthousiaste qu’il s’affirme. Le corps doit être disponible pour cet élan; l’esprit, lui, doit se faire tout petit.

Car c’est avec un esprit endormi que je puis accéder à l’esprit de l’élan, et stimuler alors un élan de l’esprit.
On accélère. Jusqu’au point anti-g.
Je marche, léger, portant des poids sur les épaules comme une plume sur ma main. Je papillonne, et m’invente des ailes. Mais lorsque je sens que je m’envole, je me sens haut et si petit; je ressens le Vertige.
Qui me fait retomber tout droit les pieds sur terre, parfois sous terre, et quelques bribes de ma tête restées accrochées aux étoiles.

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Vendredi 17 avril 2009

Prendre le temps du souffle. Dans le froid des hivers, je fais des ronds de fumée. Au cœur d’une ville agitée, ou seul sur un rocher. L’été, j’ai cessé de souffler. L’hésitation lancinante, mais courte pourtant, j’amorce de nouveau un enchaînement des exercices respiratoires, sous un état qu’ il convient de ne pas détailler, à des rythmes effrénés, d’autres saccadés, voire extrêmement dérangés. Mes ronds ne tournent plus très rond. Mon regard a changé, et je fais des ronds écorchés.


Un rond de fumée écorché.

Tout un rêve entier qui défile comme dans le reflet d’un œil tant aimé. Puis un pan entier de rêves avortés de n’avoir été protégés. De plus sombres perturbent les valses oniriques, des images teintées d’une mélancolie profonde imprègnent mon inconscient, et jusqu’à mon conscient. Les sensations, les émotions qui en découlent alors au réveil sont bien pire que les cauchemars. Mais plus de temps pour aborder ce sujet, le rond se dissout.


Un rond de fumée écorché.

Le petit bout de la lorgnette. Un mal d’Ego dans l rétro, un mégot consumé au trot. Un Je de croc, que je bousille d’un revers de mégalo, sans démago.


Un rond de fumée écorché.

Mes bouts de folie concentrés en un disque magistralement sculpté. Des bouts qui s’aimantent à la circonférence de ma vie, qui segmentent le diameter de mes possibles, qui attentent à mon centre, le cœur, via la voie sinueuse de mon radius, brouillé comme en reflet sur la surface mouvante d’un ruisseau. Je permets à ces fragments délirants de prendre les rênes par moments, et je me laisse aller, parce que j’ai l’eau salée.


Un rond de fumée écorché.

À travers duquel je passe le poignet, pour m’en faire un bracelet. Mon bras se lève, resplendissant du bijou de gaz éclatant, arborant modestement cet honneur qui lui est fait de se voir décorer de la sorte. La fumée n’est pas morte. Je m’amuse à tourner mon poignet, en pensant aux sensuels déhanchements des danseuses du ventre. Mon bracelet danse aussi, tout en maladresse en raison du poignet qui ne doit surtout pas faire contact avec le bijou. Mais je ne le contrôle plus, et le rond sensuel et langoureux devient, à force de plus en plus de vitesse, une espèce de lame circulaire, aiguisée à l’extrême, et que je vois peu à peu s’approcher du poignet pour en faire des lamelles. Et l’âme, elle, tente une échappatoire, mais ne peut résister à l’étrange phénomène de boucherie qui s’annonce…


Un rond de fumée écorché.

De la bouche d’un lézard. Ma peau est de l’écaille. Mon corps dans la rocaille quand la nuit m‘assaille, et dont l’entaille, en son centre, se prolonge jusqu’à mon cœur, sécrétant des lacrymales que je bois à la paille. La langue qui s’enroule, les yeux exorbités, je cherche la faille… Je ne suis pas le diable: m’attraper par la queue est fatale pour elle! Cassé, agressé, privé dès lors de Kokigami, je n’ai plus de queue. Le temps que le rond se dissipe, j’attends et me mets à la pipe, avec l’espoir qu’elle repousse.


Des ronds de fumée, qui me font tousser.

Un rond de fumée.

Entrez dans la ronde! Mille petits enfants sur le monde. Mille petits enfants se tiennent par la main, et tournent le long du rond, en dansant à l‘unisson. Ne jamais entrer dans la ronde, la ronde des moutons.

Ne nous attardons pas ici, les enfants. C’est un rond de fumée, et vous pourriez tousser…

Mais comme dit Milan Kundera: «Danser

Un fantasme à la main, j’entrouvre légèrement les lèvres et y sors le plus lentement possible ma langue, que je veux amener dans l’orifice en fumée. Car là se situe, je le sens, le ressens, le nouveau point de départ d’une exploration sans borne qu’il me faut entreprendre. Un champ de recherche dont je ne sais par où commencer, tant mes incertitudes ont pris le pas sur ce que je croyais être des évidences. La Psyché féminine…


Des ronds de fumée.

Pardon, je tousse…

dans une ronde est magique; la ronde nous parle depuis les profondeurs millénaires de la mémoire".

Un rond de fumée.
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Vendredi 17 avril 2009

Sur fond de musique expérimentale, A.n.K.h « Pretium Doloris», je médite sur mon souffle encore trop saccadé, les dernières particules de goudron et de monoxyde de carbone continuant, bien que difficilement car fondues dans les molécules de delta-9-tétrahydrocannabinol, à remuer mon angoisse diffuse.
Je me prépare à boire l’air pour une inspiration profonde, une expiration prolongée, et des ronds capables de refléter ce qui s’exprime « là-haut », dans le cerveau, autrement que par les mots.

Un rond de fumée.
Illuminé par les lueurs de la nuit, il se mue en auréole, qu’un ange a perdu dans sa descente aux enfers. Ange à la place de l’ange n’étant pas mon ambition, je me garde de toute réaction. A deux doigts d’user d’un glaive pour briser l’auréole, j’opte au final pour une action plus folle: je sors de nouveau mon spectre, et j’accule sur les ronds d’mes affects. Mais j’entends une voix répugnée: c’est un ange que j’ai dû par mégarde « arroser »…

Un rond de fumée.
Un œil de Judas. Un œil intrusif, omniprésent. Le vide ambigu du regard, assombrit tout à coup l’air ambiant. Mauvais œil qui me glace le sang, et qui n’a rien à faire là. Sans doute des relents de l’angoisse de carbone, une Figure d’ombre d’antan se cramponne, et j’ai beau me débattre, certaines voix résonnent, et cet œil m’empoisonne… Un couteau sous la main, je le crève et l’éclate, et du rond de fumée coule l’eau écarlate.

Un rond de fumée.
Le contour arrondi d’une Pleine Lune sur laquelle je pose mes chagrins. Une lune qui fume, comme attisée par les mille soleils qui lui tournent autour.
Mille ronds de fumée éclatants, brûlants, éblouissants. Je sais cette lune assez résistante pour ne pas succomber à la combustion immédiate, et je m’arme d’un sang froid vacillant pour y protéger les chagrins déposés. Je ne veux pas qu’ils brûlent, car je compte les enrouler dans une bulle… qu’il me faudra éclater. Obligé!

Un rond de fumée.
Celui-ci est particulièrement réussi! Il se trouve en proue d’un autre rond, et l’air leur permet de se décloisonner, de sorte qu’ils forment un 8 , pour finalement se muer en spirale. Je reste « émerbullé » , clin d’œil à l’Amie Aziyadé, par cette métaphore de ma vie… Une vie en spirale(s), à tenter de redresser l’ « Horizontale ».

Un rond de fumée.
J’y fais passer un doigt, que je commence à faire pivoter. Tentant de manier le rond de fumée comme un cerceau, je finis les yeux en toupie qui me montent au cerveau.

Extinction des expirations. Exténuation du souffle. Le sommeil assommant, je repose légèrement ma tête, prenant soin de ne point traverser le traversin que je crois lui aussi de fumée.


...


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