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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


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Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:52pm

Catégories : #Trucs longs

Je dormis moins longtemps que voulu, lorsqu’on frappa à ma porte. Une belle demoiselle munie d’une casquette de La Poste tenait dans son bras un colis.

 

- Bonjour! Monsieur Colin Malthus?

 

- Oui, c'est moi.

 

La jeune femme me fit signer le bon de réception, me tendit le paquet accompagné d’un sourire à cœur fendre.

L’ensommeillement passé, pressentant ma journée ensoleillée à l’image du visage de passage, je me hâtais à découvrir le contenu en ignorant sciemment l’origine de l’envoi indiquée sur l’enveloppe jointe. Dévoilant le mystère en quelques coups de couteaux maladroitement maîtrisés, je fus saisi d’un étonnement mi-amusé mi-inquiet à la prise de l’objet…

 

« Ampoules Propolis - 3 boîtes de 10 ampoules + 1 boite offerte »

 

 

Un petit mot sur post-it était collé sur l’emballage transparent de la boîte: « En vous souhaitant un bon rétablissement. » Là, j’étais franchement inquiet. Je saisis l’emballage en lui-même, lisant de près le nom du destinataire.

 

 « Gaspard Odinon ».

 

Ça ne me disait rien. J’entrepris quelques recherches sur Internet, tapai sur Google le nom en question. Les liens renvoyés étaient en anglais et en espagnol, ne proposant que des pages contenant le prénom indépendamment du nom, et inversement. Ce mystère me fit tousser, et si l’identité m’était inconnue, tout autant que l’adresse, il me semblait ressentir comme un malaise étrange, une vague impression que ce nom renvoyait à quelque chose de désagréable, sans réussir à savoir quoi précisément.

Décidé à ne pas tergiverser plus longtemps, je sortis de la boîte une ampoule que je diluai à quelques gouttes d’eau un peu trouble. Empoignant le verre, je commençai à tremper mes lèvres lorsqu’une frayeur surgit: et si c’était un piège? Et si quelque un voulait m’empoisonner? Le malaise ressenti allait en s’amplifiant au fil des heures, et la journée ne fut guère réjouissante: mauvaises nouvelles en pagaille, querelles de voisinage, silence radio au rayon émotionnel, bref de la routine en boîte qui me donnait l’impression de me compresser comme un César. À bout de cette accumulation de boules puantes, je revins dans ma chambre en début de soirée, éructant mon stress, expulsant mes spasmes.

Dans l’idée de me détendre dans des ronds de fumée ludiques, j’allumai la radio. Radio Nova diffusait un live d’un groupe de trip-hop pas mal du tout, et je commençai à m’échapper vers d’oniriques lieux d’éden et d’éther. Je perçus la réalité comme un cocon, et j’étais un fœtus. Un fœtus accablé lorsque la sonnerie retentit. Hésitant à me lever pour ouvrir, je lattai les dernières bouffées, écrasai le filtre restant dans le cendrier noir comme mes pieds, soufflai, partit ouvrir. Un jeune homme se tenait debout, face à moi, tout sourire; son aspect angélique d’emblée m’inquiéta.

 

- Ça va? J’te dérange pas? J’suis ton nouveau voisin…

 

Le cœur battant, je me réveillai en sursaut. Réalisant que je venais de sortir d’un mauvais rêve, je fus soulagé. Le vibreur de mon portable me fit sursauter.

 

- Allô?… Ah salut Caline! Non, non, enfin j’viens d’me réveiller… Ouais… J’suis encore remué par un drôle de cauchemar… Figure-toi que je recevais la visite de moi-même, mais avec un autre nom… j’comprenais plus rien!… Bah non, j’sais pas qui c’est, c’était moi, quoi! Mais le plus bizarre, c’est qu’je m’étais envoyé des ampoules de propolis… j’te jure!

 

Tout en discutant avec ma copine, je déambulai dans l’appart, un peu ensommeillé encore. Lorsque face à la table du salon, je trouvai l’emballage d’un colis. N’écoutant plus vraiment la douce voix de Caline au bout du fil, je me précipitai vers la cuisine, n’espérant pas y trouver l’impossible. En vain: quatre boîtes de propolis étaient posées en vrac sur la table.

 

- Caline, j’te rappelle!

 

Je n’arrivai pas à y croire mes yeux. Non, j’étais encore dans mon rêve, c’était un faux réveil. Mais on sonna à la porte, et ceci me confirma que tout était réel. J’espérai la visite d’un ami, qui n’eût pas pu mieux tomber. Mais le visiteur ne me disait rien.

 

- Bonjour, je m’appelle Gaspard Odinon.

 

J’étais laminé.

 

- Ah! J…

- J’m’appelle Gaspard Odinon.

- B... Bonjour...

 

Ma voix tremblait.

 

- J'suis ton nouveau voisin! Ca t'dit d'venir boire un verre pour ma crémaillère?

 

Est-ce qu'il me croyait si naïf au point de venir me jeter dans la gueule du loup? Il s'était infiltré dans mon rêve, avant d'oser me poursuivre jusque dans la réalité, et il imaginait sans doute s'approprier ma vie comme ça, sur une buvette? Mon "non" était catégorique, quitte à paraître pète-sec!

De plus, il y avait quelque chose d'étrange dans sa voix qui achevait de m'inquiéter: on aurait dit qu'il muait à l'envers.

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