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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Voix d'accès (3)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:51pm

Catégories : #Trucs longs

Sans me soucier de mon futur proche ou lointain, sans en imaginer les contours, et ni les délices ni les aléas, je poursuivais ma route avec souffle, au rythme d'un bateau en papier flottant tranquillement sur le ruisseau de mes hasards. Je me laissais surprendre parfois par des vertiges qui me donnaient l'allure d'un petit hélicoptère que les enfants aiment faire tourbillonner du haut d'un arbre. Ces rythmes et ces variations étaient autant de sensations exprimées en FA timides, en LA fébriles, en clos et en clés de solitude. Je jouissais de mes propres trouvailles et pseudo-performances vocales, et j'enchaînais allègrement les subterfuges plus artificiels qu'artistiques et quelque peu masturbatoires.

À mesure que j'avançais dans mes apprentissages, mes découvertes, mes doutes et les ouvertures partielles à de nouveaux horizons, mon goût de la langue allait en s'amplifiant et en se complexifiant. Tous les moyens, même détournés, furent prétextes à de nouvelles expérimentations qui enrichissaient mon approche du langage mais étiolaient ma voix. De cela, je ne m'en suis rendu compte qu'un matin bien plus tard, une fois l’adolescence révolue, à l'occasion d'un réveil difficile de loutre engrossée.

Je mesurais ce matin-là les effets terribles de mes excès d'insouciance. Je goûtais à l'âpre saveur des résidus de goudron et de monoxyde de carbone accumulés au fil des clopes, et plus tard des pétards, grillés dans ma chambre en cachette ou lors des soirs de fête. Je prenais conscience avec malaise de ces étranges grésillements parasitant ma faible voix que j'essayais de réveiller à son tour par des exercices phonétiques entrecoupés de râles. Je tentai de me rassurer en me disant que ma mue n'était pas terminée, et qu‘il me restait peut-être encore bien des concerts à assurer, bien des tournées à faire à travers tout l‘appartement, de la chambre à la salle de bain en passant par le lit parental qui me servait de formidable scène bondissante capable de supporter mes exploits corporels, mon charisme insatiable de bête de scène, d‘ado acnéique.

Mais entendre, même subjectivement, ma voix mi-stone mi-aphone, me fit m'inquiéter de plus belle; un phénomène étrange dépassant le simple enrouement du fumeur inconscient s'était produit, j'en étais persuadé.

Obnubilé dès lors, je m'engouffrais dans cette nouvelle parano incertaine, me faisant ravaler ma langue et mon gosier de manière percutante. Sans perdre de tête ma quête, je décidai de ne finalement pas me lever, et refis la loutre pendant encore une heure ou deux…

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