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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Le Grand Plume (7)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:35pm

Catégories : #Trucs longs

Au moment où Picoti pénétra la salle des fêtes plongée dans l’obscurité la plus totale, un tableau noir surréaliste duquel émanaient des sons -des gémissements et des plaintes, qu’elle ne distingua clairement qu’au bout de quelques minutes, une éternité!, Lamusegirl bégaya quelques bafouilles, les yeux écarquillés et rivés sur Slévich, un peu benêt en pyjama. Gêné, il ne sut comment se tenir, posa la main sur le trophée, oubliant qu’une culotte se trouvait dessus, bien qu’il la tripotasse.

- SLEVICH!!!!!!!!

Le hurlement fut instantané, long et bref à la fois. « Gyabo » sembla tressaillir. Lamuse était blême, presque comme folle. Les nerfs se relâchaient, les viscères se soulageaient:

- Comment…. Comment mais comment as-tu pu?

À bout lui aussi, Slévich reprit une position avec un brin d’assurance, refoula le pyjama, haussa les épaules, « toussauta »; rituel que sa sœur connaît bien: il allait dire quelque chose!

- C’est trop important pour que l’on perde plus de temps. À partir de maintenant, tu vas faire exactement c’que j’te dis, décréta-t-il.
- Parce que j’ai l’habitude de me soumettre au bon vouloir de Monsieur.. Pff ah ah, laissez-moi rire!
- Tiens, tu as retrouvé la parole! Très bien! Maintenant, tu n’as plus qu’à exécuter ce que j’édicte…
- Non, moi j’éructe, surtout! Y’en a marre, Slév’! Tu disparais, tu tu te repointes là, à donner des ordres? Non mais pour q…
- Attention, soeurette, tes paroles vont bientôt dépasser tes pensées… Allons, ce que j’ai à te révéler ce soir est trop important, ce soir est le dernier soir avant le premier du reste de ta vie…
- Heu…
- Écoute-moi bien attentivement…
- Bon, après tout, ça mange pas d’pain!
- En premier lieu, il va nous falloir rejoindre la cérémonie, et y assister jusqu’au bout… Ensuite, je t’emmènerai quelque part… Allons-y!
- Quoi? C’est tout? Je rêve: tu prends tes airs graves pour m’annoncer la Lune, et tout ça pour m’dire que tu m’emmènes quelque part! Non, je ne réponds plus de moi! Allons-y, à cette fiesta, mais toi par là-bas, et moi par là! Gyabo!

Elle partit, comme folle. Slévich, un peu irrité, envoya un texto à Philippe D. afin de le rassurer. Avant de rejoindre la grande salle à son tour. Le retour de la lumière concordait à peu près, comme par magie, avec le retour de Lamusegirl et surtout l’arrivée de Slévich. Sacamot revint sur scène, un peu tremblant, moins enjoué que précédemment: il venait de se faire remonter les bretelles par le Grand Admin; Zack était furieux de cet incident technique, dû apparemment à la négligence de l’ingénieur du son occupé à batifoler dans la régie avec un jeune stagiaire cadreur.

Parmi le public, chacun s’enchantait du retour de la lumière, sauf Le Fil Céleste, prise d’un mouvement de panique: Aziyadé n’était plus là. Inquiète mais secrète, Le Fil prévint ses camarades qu’elle allait aux toilettes; tel un détective privé, elle partit à la recherche de son amie.

De la scène, après les soulagements passés, Sacamot remarqua l’arrivée de Slévich et ne manqua pas de le faire applaudir par le public, et le chambrer un peu au passage, poussant le vice jusqu’à le faire monter sur scène pour expliciter les raisons de son gros retard. Slévich refusa d’un geste poli mais sec de la main, Sacamot sentit qu’il valût mieux passer à la suite. Quant à Picoti, elle dut esquiver les multiples questions de ses amies-plumes sur les raisons de son état un peu boueux, un peu vaseux.

Lorsqu’elle vit Slévich situé deux places à sa gauche, elle crut devenir folle elle aussi; Slévich lui murmura des mots incompréhensibles mais voulus apaisants.

- Je t’expliquerai tout après la fête, en attendant profite de cette soirée, conseilla-t-il à sa jeune amie de toujours. Lamusegirl observait, silencieuse mais prête à bondir au moindre faux-pas de tel ou tel.

Avant de lancer les nominations pour l‘ « Épistolaire », notre MC plumonal dont personne finalement ne sut vraiment qui il était vraiment, un peu tout le monde et personne à la fois, affirma avoir quelques révélations à faire sur la nature plurielle de sa personnalité. Il tourna son regard vers Will, lequel pour la première fois de la soirée accorda un chouilla d’importance à ce qui se passait; Will n’avait sûrement pas peur, mais était curieux de savoir ce qu’il avait à révéler sur lui-même. Sacamot garda silence, sourit par moments, puis ses yeux bifurquèrent vers Tof’, qui ne sut plus où se mettre. Puis Sacamot fit le tour du groupe de la sorte, pendant plusieurs minutes, toujours sans rien dire. Il ne se passait rien, et cela amusait la salle. Parce qu’il était bien meilleur de ne rien faire à plusieurs que tout seul. Et surtout parce que Sacamot avait en lui, en son regard, un magnétisme tel que même un escargot aphasique s’en verrait troublé, sous choc ou sous le charme. C’était la magie Sacamot, et il était précieux au doux pays du Plum’Art. Il avait dix mille paires d’yeux dans une seule.

S’il y en avait un dans la salle que ce discours faussement égocentré d’un pseudo-avatar laissait indifférent et emmerdait en même temps, c’était Blab’. Un peu gonflé des parades cuites et recuites du père Sacamot, il se leva et chuchota à Eifeilo et les autres qu’il rejoignait William. « J’ai l’impression qu’il s’en passe de plus brillantes du côté du bar », dit-il, se demandant pourquoi il ne fut pas pris de cet élan plus tôt.

Sacamot invita Sam, la parolière active de feu-micbadaboum, à remettre le prix de la meilleure correspondance épistolaire. Apparaissant en chantonnant, l’invitée semblait vouloir concurrencer avec Le Fil Céleste, laquelle ne put malheureusement assister au numéro de « Sam démange ». Celle-ci s’engagea dans un aphorisme sur les lettres et les relations épistolaires. Elle cita Sand et de Musset, Verlaine et Rimbaud, Rilke et le jeune poète. Il en manquait Puis évoqua les nominés:


- HosAir, de Hosannam et Air Nama
- Ca ne date pas d'hier, de Picoti
- Prix Nobelle, de Tof'
- Rupture, de Cally Méreaux

« Et le Grand Plume de la meilleure correspondance épistolaire est attribuée à … l’HosAir de Hosannam et Air Nama! Bravo! »

Un peu prises au dépourvu alors qu’elles discutaient, Hosannam et Air Nama s’étreignirent dans la même délicatesse que celle de leurs mots, avant que ToF’ ne se levât pour les féliciter en premier. Tout le groupe, à vrai dire, était aux anges et partageait cette victoire d’un « couple » imprévisible. Les deux « correspondantes », à la surprise du public, se tinrent la main le temps des quelques pas qui les séparaient du pupitre. (Presque) chacun était sensible à cette originalité. Alors qu’on eût pu s’attendre à un embarras, une hésitation, une réticence chez l’une d’elle à commencer la première à parler, tout semblait au contraire aller de soi. Hosa resplendissait sous le très solaire poirier capillaire soigneusement négligé et relevé à la manière des plus grandes; Air, elle, avait enfilé son plus joli costume à bulles dans lequel elle semblait radieuse. Elles prirent position l’une en face de l’autre, comme s’apprêtant à un duel, non: à une étreinte…

« Chère Air,
T'écrire tout au long de ces mois a été un sentier parfumé de rosée limpide, une chance en ce monde mouvant, une île salvatrice. Je garde en mémoire nos débuts timides, nos pauses trop longues et notre reprise boiteuse, mais pleine de sincérité et de promesses.
Et pour une fois, moi la secrète, j'ai adoré qu'on lise mon courrier.

Chère Hosa,
J'ai été subjuguée et émerveillée de l'alchimie de nos échanges. C'est comme de balancer des pièces de tetris et de les voir s'emboîter parfaitement. Tu le sais, cette correspondance est devenue au fil des mois une évidence, une chance, un miracle renouvelé à chaque instant. Tu m'as rendue lisible et limpide .

Chère Air pure,
Ce prix, tout de plumes enlacées, est un honneur pour les nôtres qui se répondent à l'envi. Que de vie, mon amie, que d'instants savourés au grand jour, en toute limpidité ! Je te remercie de me répondre à chaque fois comme un écho lointain, ma Fleur de Nice. C'est nice d'être ensemble sur ce podium, non ?

C'est magique Hosa, grâce à toi, à nos mots, je deviens aventurier, pèlerin, poète... heureuse d'être... Merci pour ta danse, tes chants. Merci pour cette fête. Oui je suis heureuse de pouvoir aujourd'hui partager avec tous cette fête qui emplit mon coeur à chacune de tes lettres. »
*


Silence dans la salle.

Tous étaient conquis, une fois de plus, et des applaudissements pudiques et émus répondirent à cette étreinte subtile. Air et Hosa se tinrent là, sur scène, immobiles, durant deux bonnes minutes, durant lesquelles la première cherchait du regard son amie Aziyadé, en vain.

Après cet instant quasi-intemporel qui redonna à l’ensemble du feuilleton des ailes assez solides pour parvenir jusqu‘à son terme et son ouverture, chacun se sentit un peu revigoré par la chaleur de cette langue inclassable, à commencer par Slévich pour qui la nuit s’annonçait encore si longue. Blab’ et William avaient laissé les lolitas vaquer à des occupations de leur âge, et partageaient une bouteille de blanc en échangeant vivement sur Descartes et le principe de l’inertie.

Lorsque Sacamot enchaîna le programme avec la remise du Grand Plume d’Honneur, décerné cette année à Hubert Haddad pour la riche contribution qu’il eut apportée à l’ensemble du Plum’Art, à travers son Univers et ses madeleines, Lamusegirl sentit revenir en elle une once de bien-être, d’apaisement, et s’attendit à ce que Sacamot l’invitât à monter sur scène. Bouleversée encore par ses mésaventures slévichesques, inquiète surtout de la révélation qu’il avait à lui faire, elle se sentit apte malgré tout à accueillir dignement celui qu’elle considérait un peu comme son deuxième père après Philippe Djian. Sacamot annonça Zack Morel pour prononcer un discours d’honneur; Lamuse quelque peu gênée, et terriblement vexée, vit un sourire virer au jaune. Hubert arriva à la dernière minute, sortant d’un taxi aux vitres teintées. Il chercha sa carte d’invitation à présenter aux vigiles, tandis que de dos, non loin, Djian bouquinait à la lueur d’un réverbère. C’est dans un égarement du regard que le premier aperçut le second, le salua, entama la discussion. Nul ne sut ce qu’ils se dirent à ce moment-là…

Doté d‘un fair-play de borsalino, le Grand Admin prononça le nom de Haddad au moment où celui-ci était encore dans le grand escalier principal. Les applaudissements échaudés comblèrent le creux, jusqu’à ce que l’écrivain fisse son apparition, grand, beau, élégant…


* Merci à Air Nama et Hosannam pour leur participation exceptionnelle dans ce chapitre.

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