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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Le Grand Plume (6)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:34pm

Catégories : #Trucs longs

Un peu lassé de se trouver isolé dans les coulisses, Tof’, toujours vêtu de sa belle robe de mi-nonne mi-catin, se décida à rejoindre ses amis dans le public, à leur grand plaisir, osait-il supposer, et permettant à quelques rires moqueurs de s’échapper. Se sentant un peu arroseur arrosé parce qu’intimidé, il occupa discrètement la place laissée vacante par Picoti, à côté de son amie Cally Méreaux à qui il confia adorer néanmoins jouer son rôle de "ToF'Model". Il s'amusa avec elle à trouver de nouveaux sons pour "L'Oeuf"; puis contempla les autres du public autant que la scène. Il ressentait une émotion particulière à voir tous ces visages réunis. Il reconnut même Manon, jeune fille timide qui le suivait dans l’ombre depuis quasiment ses débuts à LGDM, et lui laissait ponctuellement des signes en guise d’émotions. Il était troublé de l’apercevoir, ici, comme ça, après tout ce temps. Il se promit d’aller à sa rencontre dès la cérémonie terminée pour entendre enfin le son de sa voix et, peut-être, l’inviter à boire un verre. Il se plut aussi à observer les péripéties assises de Waza, dont le chien Pixel était victime d’incontinences. D’ailleurs gênées de se faire ainsi remarquer, LBK et Marie-Louve râlèrent et se plaignirent du choix farfelu de leur amie d’avoir emmené avec elle son bichon ronchon.

- Nous croyons Marie-Louve et moi qu’il serait préférable que tu te sépares de lui le temps de la remise des prix, ou bien que tu l’emmènes pissoyer dans un creux de dame nature, explicita LBK.

Mais Waza n’eut le temps de ne prendre quelque décision que ce fût, Pixel ayant finalement réussi à s’échapper au bout de l’allée, longeant sans crainte la rangée de jambes plus ou moins épaisses, plus ou moins velues, plus ou moins féminines, plus ou moins propres. Paniquée, Waza décida de faire comme si de rien n’était, et de laisser son minable cabot déambuler dans la salle d’une rangée à l’autre, d’un couloir l’autre, et elle verrait bien ce qu’il en serait en cours de soirée.

Sacamot se fit excuser auprès du public en annonçant la catégorie « Chansons » au lieu de l’ « épistolaire » prévue. Il proposa au public de remettre lui-même le prix de la meilleure chanson, cette catégorie le tenait tout particulièrement à cœur. Y étaient référencés:

- La vie de couple, de Diane
- Îlot, de Blabaptiste
- Sans un bruit, de Slévich
- Chanson d'époque, de William nPaï
- Le petit vent s'est tu, de LBK

Sacamot demanda au public de se remémorer la belle chorégraphie de Diane, flattée, avant d’ouvrir l’enveloppe.

« Et le Grand Plume de la meilleure chanson est attribué à Blabaptiste, pour « Îlots »… »

Ce dernier était endormi à moitié et ne percuta que péniblement à l’ouïe de son nom. Réalisant la situation au regard de tous les yeux rivés sur lui, il se ressaisit d’abord par le corps, puis par le col, enfin par la parole:

- N’ de diou! Je crois qu’là, j’vais recracher tous mes aïeuls…

Face au micro, Blab’ avait ce charisme évident, celui du professeur qu’on respecte, celui de l’homme qu’on écoute. Plusieurs fans dans la salle étaient toutes émoustillées, et des « Blaba » fusaient de là-haut. Il leur fit signe. Hurlements dans la salle.

- Bien, je n’aime pas trop le mot merci… Je suis pris au dépourvu, en plus, parce que je ne me souvenais même plus que j’étais nominé… En fait, j’ai découvert récemment l’existence du Grand Plume… N’ de diou!

Au même moment, sur la route, Lamusegirl et Picoti semblaient s’être égarées, et la nuit sans réverbères n’arrangeait rien.

- Mais où est-il? Où est-il? , répéta lassablement mais incessamment Picoti, ne préférant pas imaginer le pire.

Sur la Place des Plumes Noires, les vigiles étaient occupés à empêcher deux individus étrangers d’accéder au lieu des festivités. L’un assurait qu’il était nominé dans plusieurs catégories, l’autre qu’il était écrivain célèbre et père de la non moins renommée auteure de « Je suis la fille naturelle de Philippe Djian ». C’est alors que Marybé passa par là, et fut interpellée par les deux arrivants. Elle reconnut Slévich, et s’esclaffa.

- Sssssslévichhh! Nom d’un matou! Mais d’où venez-vous comme ça, mon grand garçon? Vous êtes recouverts de boue. J’arrive à l’instant car je dois remettre le prix du meilleur roman, et vous savez à mon âge, je me serais déjà endormie si j’…
- Oui très bien, très bien, s’énerva Slévich; mais s’il vous plaît il faut que vous disiez à ces deux gorilles de…
- Pardon? Les deux quoi?
- Je voulais dire, bien sûr, nos hommes si précieux de la sécurité, c’est vrai hein, la sécurité de l’autre, des concitoyens, c’est quand même ce qui se fait de mieux, hein Philippe?
- Dépêchez!

Djian bouillait.

Marybé réussit finalement à convaincre les deux potos que Slévich était légitime à entrer. Mais Djian fut empêché, et se vit barrer la route par quatre mains à côté desquelles sa tête paraissait une balle de ping-pong.

- Mais Messieurs, c’…
- Non, laisse, Slévich, et va retrouver ma fille! Je l’attends ici…

Slévich et Marybé s’éloignèrent par une des petites portes d’entrée du palace, et atterrirent au niveau d’une loge. Marybé lui conseilla de squatter celle-ci si elle était vide, tandis qu’elle devait filer se préparer pour le prochain trophée.

Inquiet, Slévich pénétra la loge inconnue, et se retrouva nez-à-nez avec un tableau surprenant: d’étranges dentelles étaient éparpillées un peu partout, tandis que trônait sur la petite table du milieu un trophée du Grand Plume quelque peu décalé par la petite culotte qui fut, sans doute par mégarde, peut-être par étourderie d’après l’effort, lâchée sur sa tête. Quelques indices intimes firent très rapidement prendre conscience au poète qu’il se trouvait dans la loge de sa « sœur » en question. Il en déduit qu’elle avait donc remporté un prix, et il était persuadé que c’était pour sa fiction.

- Ah ma sœur! Si tu savais… C’est dans Histoires vraies, que tu aurais dû remporter ce prix!

Il entreprit de se nettoyer, tenta de se trouver quelques habits. Il ne put se résoudre à porter une jupe ou une robe, il trouvait cela trop déplacé, et enfila au pif un pyjama léger en coton made in Taiwan dont Lamusegirl n’avait pas eu à se servir jusqu’ici.

- Mon dieu, c’que c’est laid! Mais pourquoi diable a-t-elle emporté cette lingette?

Il se peigna, répara la raie malmenée de tant de mésaventures, ajusta le col d’un vieux pull, respira un grand coup et se prépara psychologiquement à son entrée, qu’il voulait inaperçue, dans la salle des fêtes. Là où Marybé venait de faire son entrée en scène, coquette, gracile, souriante. Elle évoqua les grands romans qui eurent ponctué sa vie et rempli son cœur, livra une anecdote émouvante sur le jour où elle reçut en cadeau son tout premier roman, et dans un soupir conclusif, elle rendit hommage aux nominés:

- Au creux des mains, d'Eifeilo
- Dans la peau de Bill ou Slévich, de LamuseGirl
- Mongolfière, d'Air Nama.

Elle ouvrit tranquillement la petite enveloppe si précieuse, celle qui détenait la clé. Dans un sourire bien prononcé, elle annonça la remise du Grand Plume du meilleur Roman à Eifeilo pour « Au creux des mains ».

- Ah ça y est, les amis, c’est à moi… 

Il fit une bise à Blab’, salua de loin l’ami William occupé à beuvoir élégamment avec ses lolitas, aperçut avec doute Pixel passer d’une rangée à l’autre, avançait tranquillement vers Marybé qui l’attendait comme guette une grand-mère l’arrivée de sa famille.

Dans la dodoche, un peu plus loin, Lamusegirl et Picoti furent guidées par un vieux bûcheron en tracteur vers celui qu’elles recherchaient. Il leur avait assuré qu’il avait vu l’homme en question dans une ferme au bout du bourg. Arrivées enfin au lieu dit, elles remercièrent le vieil homme, lequel repartit vers sa ruralité, vers ses tâches quotidiennes. Elles avancèrent avec inquiétude vers une grange, le pas inquiet, l’épaule tremblante. Trouvèrent la porte entrouverte, et personne à l’intérieur. Elles se mirent à crier « Slévich », seuls des échos y répondaient. Picoti, à bout de nerfs, fondit en larmes au milieu de la grange, à l’exact endroit où Slévich s’était évanoui en croyant voir Lamusegirl. Elle tapa des poings sur le sol, et se mit de manière quasi-autistique à hurler des « Gyabo » successifs qui perturbèrent Lamusegirl. Celle-ci tenta d’apaiser son amie, pleura avec elle quelques larmes, avant de la forcer à se reprendre. Elles n’avaient plus rien à faire ici, elles devaient revenir aux Plumes Noires.

Accablées, serrées l’une contre l’autre, sous la pluie naissante, elles quittèrent le coin paumé en se disant qu’il leur fallait lui faire confiance.

Effectivement, Slévich s’en tira plutôt bien: récupérant une paire de lunettes trouvée au passage, il rejoignit les derniers rangs du public, là où se trouvait la masse populaire, celle censée être la première concernée, et chercha du regard Lamusegirl dans la salle tout en décidant de profiter de la soirée. Eifeilo était en plein discours:

« Je m'y attendais tellement peu que je n'ai rien préparé. Je suis venu parce qu'on m'a dit qu'il y aurait des grands canapés pour se vautrer et déguster de petits canapés. Un survivant de la précédente édition (mais il avait un grain) m'a assuré que le plongeoir à décolleté était de toute beauté… »

Soudain, la petite musique de fond cessa, personne ne s’en aperçut mais c’était signe de mauvaise augure: car comme d’un claquement de doigt, la voix d’Eifeilo ne trouva plus non plus de résonnance, et la salle fut plongée dans le noir le plus complet. Marmonnements et rumeurs commençaient à circuler partout dans la salle, Sacamot usa de ses dernières réserves vocales pour demander à chacun de ne surtout pas bouger, ne surtout pas s’affoler, ne surtout pas crier « au feu ». Eifeilo plaisanta avec Marybé, bien que ne la voyant pas:

- Hé hé, j’vous l’dis à vous, mais en fait, c’est un test comportemental pour mon prochain polar… normalement, là, ça devrait crier! Mais non, Marybé, je déc…

Un cri puissant retentit dans la salle, les rumeurs étaient devenues chuchotements, puis silence. Eifeilo demanda à Marybé de le pincer, tandis que dans le noir des paillettes, Slévich en profita pour quitter la salle et revenir vers la loge de sa « soeur », avec l’espoir de l’y trouver.

Celle-ci revint avec Picoti de leur brève excursion, excursion pour rien. Non loin se trouvait Djian, assis de dos, et les filles le manquèrent de peu, loin de s’imaginer que l’écrivain pouvait être aussi près. Lamusegirl proposa à Picoti de rejoindre les autres, elle devait aller chercher ses clopes dans sa loge. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle trouva Slévich au milieu de ses affaires personnelles, et vêtu de son pyjama à elle.

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