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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Le Grand Plume (5)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:33pm

Catégories : #Trucs longs

Sur scène, Lamusegirl ne sut par où commencer.

- Ah la la, quel trac!! Ha ha ha!

Après quelques paroles bégayantes de remerciements habituels, elle débuta une parole anticonformiste, plus claire et moins obstruée sur la littérature et l’édition. Elle évoqua rapidement sa douloureuse expérience aux Éditions La Pommade, lesquelles ne lui étaient pas d’une grande efficacité en terme de visibilité de son roman. Entre larmes et coups d’gueule, Lamusegirl finissait par être totalement à l’aise sur la scène et, elle qui n’avait prévu que de dire deux ou trois mots, se laissa emporter par la passion.

À ce moment même, ailleurs, Slévich sentait sa fin arriver. Il eut une dernière pensée pour ses plus proches amis, sa famille. Une larme s’échappa. La porte doucement s’ouvrit, une main rendue visible fit pâlir le poète à son paroxysme. Lorsque la personne qu’il crut être un bourreau se montra, Slévich se para d’yeux écarquillés:

- L… Lam…. Lamuse… c’est toi…?!

Il s’évanouit. Le « bourreau » le ranima par un massage ventral bref et vif, et lui demanda de se ressaisir. Slévich le fixa droit dans les yeux, d’un regard inquiet, puis perplexe, et finalement rassuré: il reconnut sa sœur, Lamusegirl. Mais le bourreau ne se reconnut pas comme tel:

- Cela devient très vexant, à force!
- Mais de quoi parlez-vous?
- Prétendre que vous ne me reconnaissez pas, pire: me prendre pour un autre! Je ne connais pas votre amuse-gueule!
- Lamusegirl, c’est ma sœur… ma sœur de cœur… on est comme jumeaux, elle et moi.

Alors, pris dans le tourbillon de ses souvenirs, le poète conta à son bourreau sa rencontre et les folles aventures vécues avec Lamusegirl, de qui il se fut bêtement éloigné. Il en était conscient à présent. Le bourreau laissa s’égarer son brun regard, troublé par le récit passionné du poète. À force de détails et d’anecdotes révélées par Slévich, il réalisa avec stupeur que la femme dont il parlait n’était autre que… sa fille! Slévich le prit pour fou, mais l’homme -car c’était un homme- confirma qu’il était le père de Lamusegirl:

- Mais enfin vous ne me reconnaissez pas? Vous n’avez jamais lu mes livres, Zone érogène, Impuretés, Doggy Bag?
- Comment? Ne me dites pas que… Mais comment est-ce possible?
- Quelqu’un m’a mis sur votre route, me faisant croire que vous étiez celui que je recherchais, cet escroc qui m’a volé mon dernier manuscrit!
- Ph… Philippe Djian?! Je n’arrive pas à le croire!
- Est-ce que vous savez où se trouve ma fille? Je dois la retrouver, c’est une question de vie ou de mort!

Slévich évoqua la cérémonie qui avait lieu en ce moment même. Philippe Djian refusa de perdre une seconde de plus et le pria de le mener jusqu’à la place des Plumes Noires.

- Ma fille… Je vais retrouver ma fille…

Sur la scène du Grand Plume, Lamusegirl terminait son discours par des remerciements aux auteurs qu’elle aime tant. Une sorte de décharge électrique saisit le bras de la gagnante au moment d‘évoquer Djian, et dut se faire aider par Djezabel pour porter le trophée.

Sur la route, Philippe regardait avec mélancolie les paysages défilant en travelling, et Slévich s’appliquait à garder la même constance dans sa vitesse afin de ne pas arriver trop tard.

Sacamot appela la sublime Aziyadé pour venir remettre le prix du meilleur Essai. Avant d’énoncer les nominés, elle sortit un papier de son décolleté et lit un passage des "Vagues" de Virginia Woolf:

« Ici, dans cette chambre où j’entre comme chez moi, les paroles qu’on prononce font partie d’un poème qui pourrait être écrit. Je m’approche de l’armoire à livres. Je puis, si je veux, lire une demi-page de n’importe quoi. Je ne suis pas forcé de parler. Mais j’écoute. Je suis merveilleusement aux aguets. Ce poète n’est certes pas d’une lecture facile. La page est souvent salie, tachée de boue, déchirée et recollée à l’aide de feuilles sèches, de brins de verveine et de géranium. Pour lire ce poète, il faut posséder des myriades d’yeux, comme ces phares qui tournent à minuit sur l’étendue agitée des flots atlantiques, où seules peut-être quelques traînées d’algues flottent à la surface, à moins que les vagues soudain ne s’entrouvrent, et qu’un monstre n’émerge hors de l’eau…. Virginia Woolf… Les nominés sont:

- Le Narrateur Disgracieux, de Blabaptiste
- Perdition en chambre close, de LeFilCeleste
- La peau de l'ours, d'Eifeilo
- Journal intime, de Zack Morel
- Son Sourie sous la pluie, de Lenilo
- Kiss and swallow, de Turbulence » .

Durant la lecture du texte, Lamusegirl et Picoti s’étaient déjà échappées pour partir à la recherche de Slévich.

Aziyadé, dans un souffle d’effort, prononça le résultat: « Je suis heureuse de remettre le Grand Plume du meilleur Essai à notre père à tous, Zack Morel pour Journal Intime.
Le « chef » apparut par l’arrière de la scène, fort surpris par ce prix. Il prononça un discours sobre, promettant à tous les auteurs du Plum’Art et au-delà d’acides et merveilleuses aventures à venir, « et la fête l’an prochain sera plus complète encore ».

Zack reçut un tonnerre d’applaudissement, à la mesure de la reconnaissance qui lui est liée. Sacamot félicita une fois encore le grand Zack pour son essai et son prix, puis enchaîna avec le Grand Plume du meilleur Épistolaire. Se souvenant du message de Lamusegirl porté par l’enfant perdu, il prit d’abord le temps de faire un bref résumé de la soirée et félicita les quatre premiers gagnants un par un. Puis sortit de scène, laissant place au vide. Chacun dans le public scrutait le moindre indice, le moindre mouvement, pour anticiper ce qui allait se passer.

Une musique retentit, une voix familière s’ensuivit. Chacun se sentit pris d’une joie énorme lorsque Vernon Zola apparut sur scène, pour une prestation surprise. Blab’, qui allait s’endormir, se mit à sourire: « Sale gosse! Il nous a eus! » Eifeilo et Cally étaient aux anges mais déploraient que Lamusegirl et Picoti manquassent ce rebondissement. La salle était surchauffée, certains même dansaient. Air, Hosa, Azi et Le Fil se mirent debout et entraînèrent les gens autour d’eux à faire de même. Des fumigènes conclurent la magie du moment, et la foule était à l’unisson.

À quelques kilomètres de là, Slévich et Djian s’approchaient à roues rapides du lieu clé. À l’inverse, serrées dans la dodoche, Lamusegirl et Picoti s’en éloignaient.

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