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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Le Grand Plume (4)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:33pm

Catégories : #Trucs longs

L’écran géant dévoila en live les visages des nominés pour la Catégorie Polars à mesure que Sacamot les énonçait:

- Le début d'un truc court, d'Eifeilo
- Le sentiment des poissons, de Lenilo
- Celestina Terabantine, de Marie-Louve
- Atlas, d'Aziyadé
- L'enfer du décor, de Stipe

LBK agita de plus belle son nounours comme pour influer sur le destin, qu’il fût favorable à son amie Marie-Louve, laquelle regardait pudiquement ses ongles vernis. Sacamot s’amusa à faire durer le suspense, et poussa le vice jusqu’à annoncer l’entrée en scène immédiate de Diane, venue interpréter sa dernière chanson, « La vie de couple ».

- Bon, moi j’vais boire une bière, lança Stipe à Lenilo.

Toute de rose vêtue, la jupe ras les fesses, Diane se présenta sous un air mi-enjoué mi-mutin, et Maria dans la salle se leva tout le temps de la chanson, chantant de bon cœur:

«  La vie de couple, c’est ça
Du moins quand rien ne va plus
Le problème dans tout ça
C’est que dans le couple, y’a toi et moi ! »

La dernière note achevée, Diane essoufflée remercia le public, et quitta la scène en sautillant comme une fillette. Ovation dans la salle, avant que Sacamot n’ouvrît l’enveloppe; Stipe revint à sa place, dit « Merde » à Lenilo, lequel lui répondit de même. Eifeilo, quant à lui, semblait serein et échangea un clin d’œil avec Aziyadé, laquelle s’amusait de l’anachronisme de sa nomination dans cette catégorie.

« Le Grand Plume du meilleur Polar est attribué à… Stipe pour « L’enfer du décor ».

- C’est l’hallu, lâcha spontanément le gagnant. Dis, Leni, t’as pas une clope sur toi?
- Heu si… pourquoi?
- Vas-y, lâche z’en une s’te plaît…

Dérouté, Lenilo lui fila discrètement une clope, que Stipe mit dans sa poche. Face au micro, il ne trouva d’autre issue que l’autodérision pour se sortir d’un embarras imprévu, pour lui qui n’accordait que très peu d’importance aux prix et au mérite, comme finalement la majorité des nommés.

- Bon heu merci bien pour ce trop grand honneur… « L’enfer du décor », un p’tit moment de paradis et j’le conseille à ceux qui ne l’ont pas encore lu… Voilà bah moi j’tenais à m’exprimer par rapport au sujet des fumeurs dans les lieux publics… cette loi anti-tabac est révoltante selon moi, et l’on ne responsabilisera pas le citoyen tant qu’on continuera à l’infantiliser de la sorte… donc là j’ai une cigarette, une belle petite clope pleine de nicotine… j’ai un briquet aussi, et je demanderai à toux ceux qui se sentent un brin influençables de fermer les yeux le temps que je m’la grille…

Le public, entre ravissement pour les uns et consternation pour les autres, ne comptait que peu de spectateurs à qui la démarche laissa indifférent. Sacamot ne put s’empêcher de sourire à la vue de la provoc’ typique à Stipe, un truc casse-pipe, avant de se reprendre et assurer son rôle de maître de cérémonie. Il fit abréger la prestation du jeune auteur, lequel dut finir sa clope en coulisses.

Afin de vite faire éclipser l’épisode stipien dans la mémoire très sélective du public, Sacamot prit un air grave, évoqua le temps qui passe, les séparations, la solitude. Certaines têtes brûlées ne purent s’empêcher de pouffer à l’ouïe de ces mots venant contraster radicalement avec l’ambiance jusqu’ici sulfureuse de la soirée.

« Oui, mes chers amis, je vous le redis: le Plum’Art a connu son âge d’or, et c’est à ceux qui l’ont fait vivre que nous rendons hommage à présent… Minute de silence en l’honneur de tous ceux qui nous ont quittés, tous ceux qui ont disparu du Plum’Art… »

Tandis qu’une musique funèbre retentit dans une obscurité chue d’un coup, Picoti ne se priva pas de quelques larmes en pensant aux belles époques; Cally, toute aussi émue, lui tendit un mouchoir à partager. Blab’ trouva un certain réconfort auquel se raccrocher en la douceur voluptueuse de sa barbe de deux jours, cependant que, dans l’ombre de la régie, Zack ressentit un frisson en maniant techniquement les images de ceux qu’il a connus autrefois.

Une succession de visages défila sur le grand écran, le moment devenait quasi-christique (Polycarpe Child fit même une brève apparition dans le but d‘adouber de sa présence le moment):

Aganticus, Anatéa, Anne Ivanhuc, Cerf-Volant, les 3D, Davidovich, Gaby, Jesuisnéant, Lester Mac Jesse, Libellule, Midinette, Noel, Nolimé, Patsommeille, le bestial Poilsdunet, Raymond Matabosch, Sakudoku, Sir Chimère, Turbulence, Végétos, Viol, Waza, et tant d’autres, tous n’avaient plus donné signe depuis des mois, voire des années, et le temps s’était écoulé sans que personne ne sût où les retrouver.

William, lui, s’était refusé catégoriquement à verser dans ce genre de sensiblerie déplacée, et profitant de l’obscurité de la séquence pour acheminer ses pattes en des zones à faire tomber un chacal, il goûta follement au parfum de ses prétendantes.

C’est dans une ambiance plombée que les lumières réapparurent, que les esprits tentèrent de se ressaisir, que Waza sentit l’urine de Pixel lui couler le long de la jambe, et que Sacamot se livra à quelques jeux d’esprit destinés à enchaîner avec la catégorie « Fictions ».

Mal à l’aise dans son fauteuil, inquiète pour Slévich, Picoti ne tint plus: elle prévint, en chuchotant, tous ses amis de son absence quelques instants, décidée à savoir dans quelle galère Slévich eut bien pu encore se mettre. Lamusegirl, secouée par les récents évènements liés à son gyabo de frère, lui déconseilla formellement de partir seule. Mais Picoti s’obstina:

- Je n’ai aucune nomination pour les deux prochaines catégories, ça me laisse le temps de retrouver Slévich…
- Non, insista Lamusegirl, laisse passer la Fiction, j’suis nommée là, et après, pendant le prix Essais, j’t’ accompagne!
- Mais on aura jamais le temps!

C’est alors que Lamusegirl eut une idée lumineuse; elle fit venir A Lost Child dans le public et, pendant que Sacamot délirait sur scène avec le comique Néovers avant la remise du prochain prix, lui demanda d’avertir le MC en question qu’un problème était à régler avec Slévich et qu’il fallait qu’il traîne le plus possible afin que le maître fût revenu à temps, avant les catégories Chansons et Saynètes où il concourait.
Prenant sa mission au sérieux, Lost se fraya un passage jusque sur scène, le plus discrètement possible, et souffla le message à Sacamot.

Certains commençaient à trouver le temps long, et les critiques habituelles dans ce genre de cérémonies fusaient d’un peu partout.

Place des Plumes Noires, Sacamot demanda au public d’applaudir comme il se dut « la provocante, la craquante, l’émoustillante Djezabel ! » Celle-ci échauffa de nouveau la salle, énonça les nommés pour la meilleure Fiction:

- Le clan de Zackmorg, de Picoti et Air Nama
- Je suis la fille naturelle de Philippe Djian, de LamuseGirl
- L'accordéoncologue, de Lenilo
- Ulrick, d'Air Nama
- Petit phasme, de Tof'

Sans attendre, elle ouvrit l’enveloppe, et appela de bon cœur Lamusegirl à venir chercher son prix, au moins son premier de la soirée. Le cœur battant, Lamusegirl prit soutien sur les épaules de Blab’ et d’Eifeilo afin de se lever et prendre l’élan nécessaire pour parvenir jusqu’à la scène. Au moment de marcher dans le petit couloir de la salle, entre deux rangées peuplées d’hommes-démons la dévisageant des yeux, elle eut une pensée pour Vernon, ainsi que pour Slévich, qui en fait l’inquiétait par son absence autant qu’à Picoti.

Situé dans un lieu inconnu, une grange apparemment, Slévich tournait en rond comme un lion en cage, arrivé au bout de toutes les vaines hypothèses d’évasion.

« Mais où suis-je? ».

Soudain, la poignée de la grosse porte en bois se manifesta d’un déclic. Une clé pénétra dans la serrure, et les cliquetis du trousseau filèrent la gerbe au poète

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