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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Le Cordon (6)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:46pm

Catégories : #Trucs longs

MACHINE A INFANS

 

 

En vérité, j’appris plus tard que cet espace de supposé minigolf était l’un des atouts-phare des partisans de l’ordre construit autour du Cordon. Un passant qui eut la délicatesse de me ramener « sur terre » suite aux bouleversements hormonaux causés par mon voyage-éclair amoureux, me signifia le danger que représentait actuellement cet agglomérat de confréries fanatiques organisées autour du Machin.

- Ce malheureux cordon commence d’être compressé par les agitations frénétiques de la Bourse. La Bourse est le nouveau dieu, vous savez! Moi je suis athée, pire: atterré. Piraté, et sans intérêt! Cela n’empêche que les habitués des grands complexes y ont vu là le moyen de faire fructifier tout ça, en s’imaginant que des branches à fric allaient pousser sur toute la hauteur du cordon. D’où les ascenseurs hideux et les loisirs encartés. Et ce voyage que vous venez de faire, là, avec votre belle blonde, n’est rien d’autre que le summum de leur perversité. Il y a toute une propagande qui harcèle le pays en ce moment, à propos de cette attraction. Ils ont appelé ça la « Machine à Infans ». Ils ne savent rien de l’infans, mais en s’appropriant les études sérieuses faites à ce sujet en psychologie et en médecine, en y alliant les dernières technologies de pointe et le carcan dogmatique de circonstance, leur infâme inventivité nous a trouvé le moyen de nous rendre notre pré-enfance pour un laps de temps infime. Ils ont théorisé leur trouvaille par la voix d’un porte-parole de secte, et des affiches par milliers dans nos rues viennent ni vu ni connu légitimer la perversité à son apogée. Et sous prétexte de nous faire retrouver notre infans, ils nous rendent aphasiques. Ainsi, ils peuvent poursuivre leur colonisation des esprits tout en continuant de s’engraisser tranquillement. On nous infantilise, on veut lier nos langues, casser notre force enfantine, réformer notre infans, nous empêcher d’affiner nos symbolisations. Bref nous pourrir.

Bien qu’une partie de moi ressentait presque intrinsèquement ce qu’elle venait d’entendre, je signifiai à mon interlocuteur un peu de ma perplexité, à laquelle il répondit, enflammé:

 

- Tu sais, l’ami, ce Cordon, s’il est une anomalie, peut n’en être pas moins un cadeau de la vie! Je ne sais pas si tu réalises tout ce que peut vouloir dire ce cordon venu nous pénétrer… Je sens cela comme un signe, vois-tu, je sens cela comme une conséquence non élucidée, une réponse à la façon humaine d’envisager la vie, et de s’envisager dans la vie. Il est venu déchirer le globe qui nous englobe, mais sans ajouter naturellement de nocives perturbations éventuelles au désastre climatique déjà existant. Il a fallu une fois de plus la mainmise de l’homme-canon pour que s’opère une gigantesque catastrophe censée émerveiller l’homme au prix de lui-même. Ce cordon, j’en suis persuadé, est une véritable merveille au départ, aurait dû l’être; la merveille authentique. Là où toute forme de vie était possible, ses moments sublimes, quelques fois ses abîmes, s’est étendue en fait une marée noire néo-capitaliste qu’une mince poignée de canailles pullulantes s’est chargée de répandre à l’infini. Et en échange du bonheur assuré, qui ne vient jamais et est toujours remis à plus tard au prétexte de graves crises secouant les marchés-dieux, on vous fait accepter la relation verticale pseudo-oligarchique nécessaire à la perduration du pouvoir en place. On vous offre le mirage du bonheur inatteignable, en échange de quoi vous serez agréablement priés de vous soumettre corps et esprit au monde merveilleux conçu par nos soins! Les pluies de métal n’en finissent plus de tomber, l’ami, et personne n’a pensé à inventer des parapluies-boucliers. Mais de même que la vie l’emporte toujours sur la mort, la liberté l’emporte toujours sur le despotisme…

 

Me voyant acquiescer à ses dires, « l’ami » s’engagea dans un long plaidoyer de divers résistants d’ici et là jadis pris pour des assassins. Aspirant le haschich contenu dans son fin cigarillo, il se retourna très soudainement, et le dos à moi, entreprit d’escalader le petit préfabriqué à l’ombre duquel nous nous étions isolés sans nous en rendre compte pour échanger. Parvenu au toit, il imita la statue du port de Saint-Nazaire, les bras battants en guise d’ailes. Puis proclama, comme venant prendre quelque bastille:

-

 

 

Décontenancé, j’eus à peine le temps d’essuyer d’un mouchoir en tissu les filets de sueurs perlant mon front, que l’ami s’était volatilisé.

Quoi? L’autre lui-même ne serait en ce monde qu’un mirage?

Comme si tant de mystères ne suffisaient à la berlue me chatouillant, je sentis dans mon dos une main me claquer.

- Vous êtes en état d’arrestation!

 

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