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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Le Cordon (5)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:45pm

Catégories : #Trucs longs

Jeu du cordon hilarant

 

Ici, on se gavait de fous rires. Jusqu’à en pleurer. Si bien que, lorsque de l’autre côté du cordon, je me suis approché de la porte d’entrée, j’ai souffert de voir quelques eunuques sortir de l’endroit en chialant. Complètement imbibé de mon banal quotidien, je crus à un manège ou une négociation qui aurait mal tourné, une panne, une anomalie, une anémie, bref je pris soin de ne pas m’attarder par ici. Mais des cris persistants prirent des sonorités plus allantes, jusqu’à ne plus s’en décoller de mes ouïes. Je pensais à de véritables cris d’orgie, des cris d’orgasme, des cris d’extase. Je me refusai à associer mes deux spéculations, et pour en avoir enfin le cœur à peu près net, j’entrai dans la salle « obscure ». Un groupe d’une dizaine de mamies se tenait au centre de la pièce, en proie à une succession de fous rires collectifs, sous les yeux divers d’une assistance intégralement féminine et prête pour la plupart à tenter l’expérience. Un truc de fou! Une tonnelle en verre disposée gracieusement sur l’épicentre. Une Vénus à oxygène insufflant l’euphorie sans raison à quelque assemblée un peu pâle au départ, pleine de larmes en sortant.

Je me mis à me balader dans ce lieu sans malaise, de fournaise. Comme si d’enivrantes volutes parcouraient l’air ambiant, je fus pris d’une caresse aux narines, un premier et si délicat touché offert comme une avance.

Un peu plus à l’aise malgré moi, je pris plaisir à piocher dans l’hilarité de ces retraitées en mal de sensations. Sans me soucier de la question de l’absence de leurs maris, j’acquis l’audace de m’avancer jusqu’à elles, oubliant pour le coup la peur des regards. Mais le fou rire ne me vint pas.

Je m’éloignai du côté le plus reculé de la pièce, où une porte menait directement à l’entrée d’un immense terrain de minigolf. Le monde miniaturisé y était représenté au gré des trous et des parcours, et des chemins assez larges permettaient d’y circuler. Le tout avait été, comme le chapiteau, gravé et moulé à même le cordon, avec des parois de sécurité apposées là où la construction humaine apporta failles et cicatrices à ce gigantesque bidule dont on ignorait s’il résultait d’un phénomène naturel ou d‘une aberration de l‘âme humaine dans tout ce que son génie a de pire et de plus fou. Un guichet en érection sur une dune de moelle validait les entrées. Précédé d’une belle blonde, j’étais engagé pour l’attraction. On nous fit monter tous deux sur un étrange scooter insonore, et la blonde au guidon me signala qu’elle ne savait pas conduire « ce genre d’engins ». Mais l’engin venait d’être propulsé, et la vitesse nous fila une crise de rire à rendre jalouses les mamies de Vénus. Le scooter semblait se diriger automatiquement, comme si des rails se trouvaient sur les chemins. À mesure de la vitesse, nous nous tordions de rire et de peur, nous redevînmes enfants. La blonde était si belle. Le bracelet en fil vert que je portais à dix ans ressuscita, et je fus pris d’un frisson en réalisant le toucher innocent de nos jambes respectives vécu comme des caresses. Le choc d’un bond causé par une dune me fit sortir de l’émerveillement, me fit revivre simultanément la désillusion propre au dépucelage, et un sentiment pourtant d’une liberté nouvelle. J’aurais pu rester des heures et des nuits serré contre ma partenaire de route, à jouer les Bonnie and Clyde en errance, les sales mômes d’un quartier qu’ils prendraient pour le monde, à éviter les obstacles artificiels et grotesques élaborés par la machinerie adulte.

Observant tout à coup l’ensemble de ce qui se présentait à mon champs de vision, je me dis que tout n’était qu’attraction, et que ce beau chemin de l’amour n’était qu’étrange terrain vague, tenant lieu d’orgies grasses érigées en Eden dégueulasse; que cette extase n’était que divertissement, entre un stand de tir au fusil et la maison hantée des horreurs qu’on nous réserve. Nauséeux, je pris la fuite.

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