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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Le Cordon (4)

Publié par EnfantdeNovembre sur 27 Février 2011, 16:44pm

Catégories : #Trucs longs

UN CRIME AVOUE VAUT DIX CHIENS ENDORMIS

 

Une vie communautaire avait pris naissance, une organisation humaine s’était élaborée, et les lieux étaient visités régulièrement par toutes sortes de groupements humains tous plus déterminés les uns que les autres à vivre la parfaite plénitude: des camps de scouts, des groupes de colo, d’écolos, des séminaires de chimistes, des pèlerinages de curés, des classes plus très vertes, des lunes de miel. Le cordon servait de bivouacs et d’excursions. Et le tourisme se portait bien, tout dévoué à l’économie couchée à la niche de la finance.

Mais dans cette matrice bienheureuse, subsistait une zone d‘ombre. Rares étaient ceux ou celles à avoir pu la vérifier concrètement, et de toute façon l’information ne pouvait circuler fluide, toute soumise qu’elle était à la mainmise d’un obscur pouvoir.

J’ignorais si des témoins épargnés existaient, en tout cas j’allais être très vite de ceux-là. À l’entrée minuscule d’une pièce froide, un petit tas d’hommes discutait, se cherchait, se fuyait, s’observait. L’un d’entre eux était assis, peut-être au milieu, peut-être bâillonné, peut-être en fin de vie. Certains commençaient à discuter, à râler, à se moquer, à s’engueuler, à s’insulter. Le plus charismatique réussit à recréer le silence, chacun reprenant son rôle muettement absurde. Il siffla tout à coup. Un petit chien noir à la queue miroitante débarqua à vive allure, pour ne pas dire à la vitesse d’un flash! De sa vitesse hallucinante, il se dirigeait vers le petit homme assis, et dans l’effroi général, il s’attaqua à la jambe du malheureux, le mordilla frénétiquement puis le dévora jusqu’à ce qu’il révèle le secret que les autres attendaient.

L’accusé inventa une histoire de jogging tournée en sombre fait divers,

mais personne ne le crut et sa jambe fut ôtée.

Je n’avais pas tout compris de la scène à vrai dire, tant les non-dits étaient de règle. Expérimenter à mon insu l’objet d’observation était ce qui allait me permettre de savoir. Car le maudit chien me sentit, renifla dans la pièce, attirant l’attention de l’assemblée faussement formelle vers la porte qui me cachait. Les yeux qui ne me voyaient pas encore m’effrayaient, et l’élan soudain de la bestiole me fit perdre toute notion d’assurance.

Paniqué, je pris le contre-pied de la fuite,

et entrai dans la pièce, facilitant le travail de l’ersatz de pitbull.

Tous les autres sans attendre me bronchèrent,

exigeant de mes dires un secret.

Mais je n’avais rien à dire.

Le chien noir ralentit un instant, puis reprit alors de plus belle

sa course folle vers moi-même.

Je me fis saisir la cheville par ses crocs aiguisés,

la sale bête tirailla ma chair tendre pour me faire tout cracher.

La morsure canine servait d’injection de GHB,

je ressentis en mon cœur l’obligation immédiate de révéler

l’aveu qui me compromettrait.

Cette pièce était donc faite pour cela:

faire parler les curieux,

les confronter au pire d’eux,

quitte aux tortures les plus crues.

Toutes sortes de petites insignifiances me revinrent en mémoire,

me les faisant reconsidérer

comme des crimes à avouer.

L’humiliation pure et dure,

la culpabilité transfusée!

 

Tout ce que j’eus pu faire de plus mauvais dans ma vie ne m’avait jamais réellement effleuré l’esprit autrement qu’à travers un amas de ficelles mal ficelées où apparaissaient parfois d’heureux nœuds qui saoulaient mes neurones. Que mes mauvaises actions m’apparurent tout à coup comme des fautes à payer sous l’effet des crocs me filait la nausée. Je saignais de l’âme, ma cheville était flamme.

Un violent chamboulement

survint à cet instant,

m’épargnant le supplice de l’aveu.

À quel prix?

Tout se payait ici,

je l’avais bien compris.

Je crus à une montagne s’effondrant.

Tous pensèrent à une apocalypse amniotique.

Peut-être n’avaient-ils pas tort:

le cordon vibrait de manière inquiétante,

tandis qu’à la surface du verre protecteur

s’esquissèrent des fissures grandissantes.

 

Tous prirent conscience de la fragilité de l’immense attraction, non-immunisée contre le réchauffement climatique ou les nuages de Tchernobyl. Des dérèglements sanguins pouvaient être constatés, les experts mirent en garde le système d’un éventuel dérapage qui à l’homme pourrait être fatal. Une prise de conscience collective se manifestait par moments, mais tout dans le même temps continuait de s’agrandir. Échappé de la salle au chien noir, je fuyais vers un autre ascenseur qui devait monter vers des cieux plus radieux.

 

 

 

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