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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Hommes du refus

Publié par EnfantdeNovembre sur 21 Janvier 2010, 15:20pm

Catégories : #TOF' aime...


         grotte sept dormants

Les Sept Dormants "sont des têtes dures, des hommes du refus. Ils ne consentent pas à obéir à l'autorité du simple fait qu'elle est autorité et qu'elle parle haut et fort. Le principe d'autorité, ils le récusent, au risque, s'il le faut, de leur vie. Ils refusent les idées toutes faites, qui sont idoles, elles aussi. Ils refusent de goûter aux mets impurs. Ils échappent à l'impie pouvoir séculier, à la mégalomanie du tyran-dieu, à son absurde loi qui ne correspond à rien de "réel": eux, ce qu'ils veulent, c'est une dure réalité, fût-elle "RUGUEUSE", à étreindre, car pour l'homme de la vérité, il n'y a de salut que par le réel, qu'au travers de l'opacité réelle-, jusqu'à l'apparition, au bout du compte, de la transparence. Le visible pour eux est le seul garant de l'invisible. Et si le tyran-dieu a peur de l'ombre d'un chat, alors il n'est qu'un tyranneau ridicule comme il y en a eu tant au passé, comme il y en a tant au présent.

Tous ceux-là, nous enseignent les Sept Dormants, il ne faut pas hésiter à les affronter, à s'affronter avec eux, car ils ne figurent rien de "divin", rien qui permette à l'homme d'aller plus loin que l'homme. Ils ne représentent qu'eux-mêmes, puissance durement établie par le fer, lourde tradition héritée et qui prétend se perpétuer par le blocage advenu et la paralysie provoquée: institution archaïque, pouvoir de fait qui ne se cherche de légitimation, s'il s'en cherche, que dans les sanglantes et médiocres évidences de la contrainte et de la répression. Evidences rejetées par quiconque a le sens d'une évidence plus haute, plus secrète, plus étroitement liée à l'évidence totale de l'être, par quiconque intègre cette totalité et s'intègre spontanément à elle.

Voilà ce que les Sept Dormants, avant de sombrer dans leur mystèrieux sommeil, nous disent de la façon la plus claire, voilà ce qu'ils nous signifient par leur refus de manger à la table du tyran et de partager avec lui ses valeurs, viandes puantes de sa table, valeurs pourries de son hypcrite créance-, car lui sait qu'il n'est pas Dieu et il sait, aussi bien, que les idoles n'ont d'autre capacité de domination que celle, exclusivement, qu'il consent à leur préter, que ces idoles, autrement dit, ne sont que les attributs empathiques de sa majesté dérisoire.

Par leur fuite précipitée devant celle que Baudelaire appelera un jour "la bêtise au front du taureau", les sept adolescents merveilleux, les fitya comme dit le Coran -pluriel de fata=tout jeune homme- et qui prendront place naturellement sans la Légende Dorée, témoignent et prouvent, à leur façon, que le dépôt divin, quel que soit le type de divin auquel on se réfère, c'est dans la pureté initiale de l'être encore intact qu'il faut le rechercher.

Rimbaud n'était-il pas, lui aussi, l'un de ces fitya? "Apprécions sans vertige l'étendue de mon innocence", énonce-t-il... "


Salah Stétié, "Passage des Dormants", in L'ouvraison, Ed.José Corti, 1995

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