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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Petit phasme

Publié par EnfantdeNovembre sur 18 Juillet 2009, 13:53pm

Catégories : #Petits Contes de l'AposToF'

"Entre Prevert et Queneau y a tof' qui tanphasme." Blabaptiste 

Un texte vivant, poétique, aux couleurs de l'enfance je trouve, qui contraste avec l'immobilité de cet étrange insecte absorbeur de pluie... Attention Kafka n'est pas loin, tu pourrais te réveiller avec une tête en feuille de chêne... LeFilceleste

"Téléportation sur les bancs de l'école, souvenirs imprécis de première découverte d'un être dont l'étrangeté titille la poésie et l'envie d'être un Lost Child. Ces styles qui évoluent et nous embarquent... plusieurs plaisirs sont évéillés merci Tof'." Aziyadé

EXTRAIT DU LIVRE A TELECHARGER

" PETITS CONTES DE L'APOSTOF' "

Couv Petits contes de l Apostof

Petits Contes de l'AposTroF' - 3



Je m’imagine
Petit phasme
Tout plein de fantasmes

Moi qu’on dessine
Sur la feuille
Il me manque un œil

J’emmagasine
Les lubies
D’un enfant puni

Il m’ensanguine
Met du gris
Sur le ciel encore nu

À l’enfant qui fait que
Je m’achemine
Moi phasme bâton…
À l’enfant qui dit que
L’on m’abomine
Moi phasme bâtard:
"Où sont mes ailes?"


Je m’imagine
Petit phasme
Qui se camoufle

On me dessine
Végétal
Et je prends souffle

Je m’imagine
Petit phasme
Phasme morose

Ça turlupine
Sous la mine
De l’enfandrogyne

À l’enfant qui fait que
Je m’achemine
Moi phasme bâton…
À l’enfant qui fait que
L’on m’abomine
Moi phasme bâtard:
"Où sont mes ailes?"



Je suis asperrimus
Et rugueux
Je suis ramulus
Brindille de Thaïlande
Un phasme cuir
Phasme à tiare
Géant de Sabbah
Feuille de Java
Géant dilaté
Phasme cornu
Et biscornu


Je m’imagine petit phasme
qui, tel un hippocampe se mue en algue,
se camoufle dans les couleurs des feuillages.
Esquissé par l’enfant aux yeux humides,
j’ai pris racines, telle une sylphide,
sur le plat d’une feuille acide.

Petit phasme du bout du monde,
l’allure étrange, inaperçue,
peuplé de mille petits phantasmes,
guidé par ma libido végétale,
je me mets à danser,
sans raison aucune.

Dans un face à phasme avec la vie toute coloriée, je dandine la tête et les antennes, je tiens prêts le thorax et l’abdomen, les palpes et les mandibules, et m’apprête à entamer mon premier festin de feuilles de lierre. Mes yeux sont des yeux de mouche, des diamants noirs à facettes.
Je danse de mes six pattes, et sous des allures de psychopathes, je suis inoffensif. Sur les parois du vivarium, que m’a délicatement offert le petit dessinateur, j’agrippe mes ventouses et réalise des prouesses techniques vertigineuses.
Régulièrement, je mue. Je suis très solitaire. Par chez moi, les femelles n’ont pas besoin de mâles pour pondre leurs œufs.
Moi je n’ai jamais été œuf de phasme, car je suis né au crayon de bois et à la gomme, le corps mué d’avance.
Je suis naturellement apte à préserver moi-même ma survie, quand l’enfant veut bien y consentir. Il ne me rend pas la vie facile: il a placé exprès des oiseaux dans le ciel gris, et je suis obligé de rester caché pour ne pas me faire manger.
Alors je me fais brindille, ou je fais ma brindille, c’est selon, les pattes repliées le long du corps, et, tel le plongeur, me laisse tomber. Mon corps alors n’est plus qu’une fine allumette phasmique, sous l’impulsion d’un mimétisme de forme. Mon corps alors fait le mort. Mon corps alors n'est plus corps.

Mais l’enfant est quelque peu cyclothymique.
Il a l’idée de mettre des nuages dans le ciel gris. Un sourire se dessine sur son visage. Il est gentil, c’est pour que je puisse rêver. Je suis un phasme caché dans un nuage. Je suis un phasme qui ne craint plus les oiseaux, et bientôt, je serai moi-même un oiseau.









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