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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Aquarium cerebellum

Publié par EnfantdeNovembre sur 14 Mai 2009, 01:53am

Catégories : #& autres essais

Je suis à deux doigts de devenir un légume intellectuel.


Je me suis résigné à cet état d’être. Celui dans lequel j’ai « surmonté » l’éloignement par l’oubli, ou plutôt par la non pensée, mais qui implique du même coup la dissolution d’une saveur précieuse qui impulsait au goût de vivre qui était ou est le mien, une saveur qui, sans ma non pensée, ne serait qu’amère.
Il est des visages qu’on n’oublie pas, malgré le temps. Pourquoi ne les oublie-t-on pas? Parce qu’ils font partie de nous, et nous faisons partie d’eux. L’empreinte indélébile d’un vécu commun est marquée à jamais dans le cœur de chacun des sujets concernés. Je dis « sujets », vous choisissez bien sûr le terme qui vous conviendra le mieux, je n’impose pas celui-ci dans la mesure où il m’est venu « sans réfléchir ».
C’est aussi ce qui m’inquiète: la non pensée dont je parlais à l’instant, je le crains, aurait sans doute influencé mes moments de non réflexion.

Je suis à deux doigts de devenir un légume intellectuel. Mais s’il le fallait, tout cela en raison de la stupidité des vies humaines forcément incompatibles entre elles, je prierais, oui vous entendez bien, je prierai pour que ce ne soit pas le navet, et encore moins l’artichaut. Pourquoi pas le navet? Vous êtes fou: le navet présente une forme mollassonne très perverse, voire vicieuse dans sa ruse malsaine qui consiste à se faire passer pour une pomme de terre lors des rencontres collectives de légumes. Le navet est un imposteur, trompe son monde et apporte nausées et écoeurements à l’issue des tentatives de prise de plaisirs. Quant à l’artichaut, il a encore un cœur, et je désirerais, dans mon malheur, me permettre de demander à ne pas devenir un légume qui possède un cœur. Si je dois finir légume, autant que ce soit jusqu’au bout et sans fioriture ou autres accords et allègements de peine. J’assumerai tout: je serai un légume jusqu'au bout, dans sa structure, dans son aspect, dans ses capacités cérébrales et sexuelles, et ses odeurs alléchantes pour certains, répugnantes pour d’autres. Qu’on me fasse pois chiche, je me dégusterai bien, je serai ludique pour les enfants lors des couscous, et je roulerai au gré des coups de pouce volontaires ou non des mains coquines. Ou bien carotte: je ferai rougir!
Bref, voici un légume intellectuel doublé en plus de ça d’un vulgaire moucheron épicurien, celui du refoulement inconsciemment organisé des plaisirs pris comme des plaisirs fantasmés Je ne perdrai pas de temps ici à vous relater le fond de ma pensée, vous m’avez en fait parfaitement compris.


Lorsqu’un dinosaure s’est amusé un jour à essayer de gober une mouche reptilienne, ses yeux ont fini par craqueler dans la minute qui suivait, avant de s’effondrer totalement, lentement, pour finalement devenir moins qu’une mouche lui-même: un moucheron. J’ai quelques ennemis qui ont bien tenté de me gober. C’était sans compter l’énergie folle de la mouche investie dans les volettements déstructurés motivés par la panique. Je n’étais pas une mouche à merde, et je me devais de me faire respecter au moins cet aspect-là pour masquer le reste qui n’avait rien de valorisant pour moi aux yeux de ces ennemis jamais dits. Je finissais par rire d’angoisse aux commentaires acerbes et faussement bienveillants qui étaient prononcés sur mon compte et d’où jamais mon oreille ne fut aussi éloignée que leurs auteurs ne pouvaient le soupçonner, avant de recommencer, comme aux débuts, à m’insoucianciser de nouveau et rire tout court, en gardant malgré tout, comme à chaque fois, un avant-goût mystérieux des inquiétudes justifiées ou non à venir. C'est ce qui s'appelle l'angoisse anticorps.


Parmi les requins s’étant frottés à ma peau très particulière, certains ont réussi à tuer en moi certains aspects qui m’étaient chers, et que je tente à présent de retrouver, reconstruire, re-ressentir. D’autres auront essayé, vainement essayé, sans échouer pourtant à me laisser en souvenir des cicatrices visibles et d’autres intérieures qui sont pansées, mais encore là, « marquantes », je veux dire marquées. Les requins ont ceci de particulier qu’ils ont un flair hallucinant. Leur don exceptionnel est aussi leur faiblesse majeure: dans ce qu’ils flairent, se trouve en premier lieu leur mauvaise haleine, celle qu’ils croient sentir chez les autres alors qu’ils ne font que respirer leur propre odeur, parce qu’un requin n’a jamais été capable de respirer autre chose ou quelque un d’autre que lui-même, de sentir quoi que ce soit ou quiconque sans être concentré d’abord et avant tout par ce qu’il dégage lui, sachant qu’encore, ce qu’il croit dégager est en total décalage avec ce qu’il dégage réellement, et encore, tout dépend de envers qui il dégage, et selon qui.
Et non, messieurs les Requins du troisième ordre, je ne sens pas la même chose que vous, je ne dégage pas la même odeur que vous, et vous ne sentirez jamais ce que je sens et ce que je dégage que par votre propre perception nasale. Et puis, parfois, je mets un parfum subtil qui me correspond, et qu’adorent les filles que je côtoie. Vous n’y pourrez rien!


Non, vraiment, je ne suis pas sûr que l’amitié ait quelque chose à voir dans tous ces processus calculés et ratiocinants. Dans ce genre de milieu, n’est ami que celui qui sert un intérêt. Aussitôt l’intérêt passé, aussitôt l’ami lynché. C’est une question centrale que celle de l’ambition jusqu’au bout, l’ambition sans éthique, l’ambition sans préoccupations de ce qui entoure. C’est une sorte d’hygiène du milieu, c’est comme ça que ça fonctionne, et personne n’a jamais trouvé à redire, et ce depuis la cour de récré. Moi, Clément, aussi symbolique que soit son prénom, c’était un ami, mais je n’hésitais pas à lui faire des crasses par derrière dès que je le pouvais. Aux récrés, on se bagarrait comme deux sauvages parce qu’on s’insupportait. Franchement, y’a de quoi! Vous verriez la tête à claque! Bref, l’ami, c’est un étrange mot, un étrange type, bien éloigné du jargon du non-dit milieu.

Ça bave de partout, vous verriez ça, c’est impressionnant. Moi ce que j’en dis, c’est juste parce qu’on me l’a raconté. Parfois, je joue le con à répéter ce que dit un autre con. J’alimente la hiérarchie de la connerie, je me suis engagé à m’en éloigner, mais au quotidien, je la pratique dès que j’en ai l’occasion, c’est-à-dire tout le temps. On s’étonne après du mauvais état de nos sociétés, de l’état archaïque de nos mentalités.
Rien ne tient debout, et moi ça me donne envie de me coucher. Mon lit n’a pas de lattes, il grince, comporte un trou bizarre au milieu, et me donne mal au dos au réveil. Pourtant, c’est là que je me sens le mieux, parce que je suis en adéquation avec le reste du monde: couché. Il me faut une sacrée claque pour me lever, il me faut repenser à la dysharmonie dans laquelle je suis avec la nature, l’état naturellement élevé et solide, fort et vertical, de la structure élémentaire de l’univers. Je suis soleil et je mouille de plaisirs intensément brûlants. Je suis lune et me tient à la limite de l’ombre, dans un entre-deux de clairs-obscurs qui se débordent l’un l’autre. Je suis étoile filante et je m’arc-en-ciel en scintillements. Enfin je suis météore cramée, devenue statique et pendue à une étoile mort-née. Je fais le décompte des heures, des vies, durant lesquelles mon sang continue de se transvaser dans mon cerveau, je deviens rouge. Mal de crâne, je gigote un pied, tapote des doigts dans le vide pour montrer mon impatience, m’endors. Au réveil, mon lit me donne mal dans le dos. Je souris à l’idée que je suis en vie, encore un jour de plus. Pour quoi faire? Tâcher déjà d’aller alimenter mon yucca, dont la moumoute habituellement vigoureuse se montre bien fébrile depuis quelques temps. Une plante est à l’image de son jardinier. Vice-versa bien entendu.



~~~~~~~~~~




Je place souvent mon yucca en face de l’aquarium de ma vie, pour que le reflet d’eau s’y projette, que ma plante ait l’agréable sensation d’être rafraîchie continuellement. Des ombres d’hippocampes passent de temps à autre, verticales lentes, belles. Elles s’acheminent avec détermination décontractée vers les algues en lesquelles elles pourront se fondre. Les hippocampes de mon cœur ne cessent d’enfanter; ma testostérone me brûle à l’idée de goûter au plaisir du don extraordinaire que connaissent les femelles en temps habituel: celui de donner vie. Je le vois bien rond, mon ventre, avec un nombril écartelé par la rondeur, un nombril qui saigne. Dans mes cauchemars, je vois un couteau qui brille se planter vivement, d’un coup, au centre de mon nombril, comme pour anéantir ce qui reste de moi. La main assassine achève le travail entamé avec une paire de ciseaux venant me découper minutieusement la peau recouvrant mon ventre, les couches inférieures ne sont pas épargnées non plus, et dans un temps suspendu, je me retrouve nez à nez avec mon fœtus inachevé qui tente de lâcher quelques pleurs inaudibles encore du fait de l’état primitif de son développement intra-utérin.
Cette main assassine, je n’ose croire qu’elle soit féminine.


Pardon, une petite voix intérieure me demande de préciser ma pensée simultanément à ce cauchemar vécu. Je pense donc qu’il faut jouer avec les mots, je pense qu’il ne faut rien s’interdire dans l’écriture, si ce n’est de se munir d’une plume conquérante animée par le désir de répandre en lignes soufre et vitriol sur lesquels serait distillée insidieusement une huile explosive tout à fait inappropriée, comme à son habitude. Cet état d’esprit ne me correspond pas, ma plume, je la veux légère, jouant avec les mots aussi bien qu’avec les fioritures. Le soufre et le vitriol ne sont excitants que par la main d’un génie. Pas trop con si possible. Chaque mot a un sens. Pas de problème pour moi, je peux très bien démêler les sens, les significations et autres symboles communément ou sulfureusement admis. J’aime faire le gamin turbulent qui détricote les sémantiques et s’approprie les mots impliqués malgré eux dans les idées farfelues de mon pauvre et magnifique aquarium qui remplit mon cœur.
Car je vous ai parlé des hippocampes, précieux à mes yeux, mais vous ne savez rien encore des poissons chinois, les yeux exorbités, qui se sont bizarrement écartés du reste de la population pour s’enfermer, se cloisonner, dans un bocal si petit qu’ils en sont devenus fous. Les rouges virent au noir, les noirs restent noirs. Si bien que mon bocal imposé est devenu au fil du temps une boule noire, la boule noire, là où s’accumulent les oublis, et d’où jaillissent les folies. Ca tourne en rond, mais ça tourne pas rond.



Un certain réflexe qui consiste à s’infantiliser à un degré parfois extrême en cas de diarrhée m’a toujours profondément amusé, dans le fait notamment que ce réflexe d’infantilisation est bien souvent abusé, sur joué, et non sans un certain plaisir pour la plupart des diarrhéiques. Comprenez-moi bien: toute cette merde soi-disant affective qui se déverse ici ou là, et notamment dans les décharges emmurées de mon aquarium, ne m’atteint pas précisément grâce à ces murs qu’il a fallu que je me construise pour me protéger et me préserver de cette dégoulinade de bons sentiments merdiques auxquels je me refuse de participer.
Mon aquarium se situe dans un axe différent, un axe fragile, qui ne s’est pas mêlé, par instinct de survie, à cette gigantesque commedia del ratée dans laquelle il prévaut de retenir ses sentiments mais de se noyer dans une dégoulinade de sensiblerie, et de culpabiliser de sa sensibilité mais de se gaver de sentimentalisme. Quand l’humain va-t-il trouver le juste équilibre des choses, le juste milieu passionné de vie? L’accroche-cœur de son humanité, et de son sentiment d’humanité?


Je dis ça du haut de mon pied détestable , et ne froncez donc pas les sourcils pour me signifier votre agacement à lire ces lignes, à supporter mon style qui n’est pas le mien vraiment, à lire par politesse et par correction un texte qui ne vous passionne pas réellement. Considérez mes propos précédents comme les divagations d’un rêveur-ronflexeur parfois à la limite de la noyade lors des grandes tempêtes qui agitent son aquarium cerebellum. On en a entendu des grotesqueries, lu des abracadabr-hantises grosses comme les kystes de mes poissons chinois. Tiens, que me dit ma boule noire à l’instant? Elle ne dit rien, rien qui vaille la peine de vous être conté. Car l’oubli est silence, et dans ce silence, des mots mis maladroitement bout à bout pour révéler ne serait-ce qu’une parcelle particulaire, particulière, des spécificités qui structurent mes incohérences. N’en jetez plus! Je sais parfaitement où j’en suis dans mon désordre, et j’ai de l’anarchie à revendre.


Les mégots dans mon cendrier me font penser aux ego de scaphandrier. Des ego qui fond des bulles. Des ronds dans l’eau, des ronds de fumée. Magnifique contenant que ce cendrier! Débarqué sans doute d’une boutique de souvenirs, et offert à je ne sais qui, les fleurs ornant le fond à présent sur-recouvertes par les mois et les années de cendres écrasées puis semées dans la poubelle. Il en a vécu des clopes et des larmes, des pétards et des délires, des cigarettes entre amis et celles de ma mère, et quelques mèches de cheveux de quelques passantes de nuit. L’âme de ce cendrier n’est certes pas mon miroir, mais tout de même le reflet, un reflet, de certaines zones sensibles de mon cerebrum. Il se répète tant d’échos dans ce cendrier, échos de ces visages passés fixés à nous, échos des navets et des artichauts, échos du dinosaure, de la mouche reptilienne, des requins, des amis lynchés, de Clément, de mon lit, du yucca, des hippocampes, des poissons chinois handicapés du bocal, de la petite voix, de l’humain, du plongeur. Il s’y affrontent tant de sphères différentes, tentant de coexister dans le paradis ou l’enfer de leur vie, leur vie « d’après », après le purgatoire, ou autre processus de transition de quelque ordre que ce soit. Tant de micro bulles diverses, celles du plongeur, de l’humain, de la petite voix, des poissons chinois handicapés du bocal, des hippocampes, du yucca, de mon lit, de Clément, des amis lynchés, des requins, de la mouche reptilienne, du dinosaure, des navets et des artichauts, de ces visages passés fixés à nous.


Je soupire. Je soupire le pire, pour m’en défaire, juste un instant. En silence. Au moins, il peut passer par la commissure de mes lèvres, et s’échapper en tourbillonnant, jamais autrement, si bien qu’à chaque fois, il revient. Le répit est bref. Bref, oui…



Je lautréamonte l’escalier de mes axiomes fissurés, je me conte outrances et absurdités sans queue ni tête, parfois un peu la queue mais pas la tête, parfois l’inverse. Ouroboros le serpent n’en finit pas de s’avaler la queue, très peu savent le faire, très peu sont élastiques. Ce peu-là, j’en ai fait un dieu. Je l’ai placé en statue, devant un temple en corail, dans mon aquarium, à l’exact opposé de la boule noire. Des petits néons bleus et blancs, brillants, parfois pénètrent le temple, et en ressortent guppys.



C’est alors ici le moment où débute le processus que je redoute le plus: la renaissance cyclique des tempêtes de mon aquarium. Ces élégants néons, voyageurs et bienveillants, partis à la rencontre d’un nouveau dieu né absurde, qui se muent en redoutables guppys, magnifique d’apparence mais dont j’ai toujours pris soin de les tenir éloignés de mes étangs en raison de leur cruauté sans nom. Rapides, trop rapides dans leurs avancées aquatiques et cérébrales, ils sèment la terreur, avalent les néons restants, s’attaquent même, dans une forme de violation sacristique et sarcastique, à mes hippocampes si paisibles. Les algues sont herbes mortes, la boule noire est dégonflée de son pétrole abruti sécrété par les poissons chinois qui, inertes, se laissent déchiqueter par les prédateurs guppys. C’est un véritable volcan sous-aquatique en ébullition qui se propage dans la totalité, les moindres recoins, de mon aquarium cerebellum. Le bocal auparavant si fragile et nauséeux me provoque à présent un total écoeurement décomposé, vide en substance, dégonflé de ses folies, mais pas des oublis accumulés et stockés ici jusqu’à présent.

C’est l’état le plus terrible alors qui s’actionne malgré soi: la remontée des oublis légèrement éclaircis, par flash et micro sensations, sans la folie. Se sentir étouffé par un rejaillissement d’oublis plus toujours très oubliés, et cela dans une stricte lucidité qui vous prive de la folie dont vous auriez besoin justement pour affronter cette tempête déchirante. Froid dans le dos, l’humeur chaos.

Les parois de l'aquarium se fissurent, et les poissons-vitres, ceux engagés à nettoyer les saletés répandues à la surface, finissent par se couper les lèvres au contact des fêlures, et se résignent à leur devenir de néant.

Avant que l'eau ne fuite, j'entreprends un dernier détour par le temple du dieu-élastique, histoire de m'assurer qu'il ne reste plus de guppys dans ces ruines naissantes qu'est mon aquarium cerebellum.










Note de l'auteur: à lire dans un ordre aléatoire si possible une première fois, relire une deuxième fois dans l'ordre, et enfin le relire une dernière fois dans le but de se confirmer que rien n'a été compris à la lecture, et que si c'est le cas, c'est que tout va bien...

 

 

 

 

 

 

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Maria 15/05/2009 18:19

" Je suis étoile filante et m'arc-en-ciel en scintillements... "
Je ne peux être que sensible à cela, à ce clair-obscur de l'espace infini des âmes tourmentées...
C'est magnifique..Ce que j'ai lu de plus beau venant de toi à ce jour !

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