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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Instants tannés (Récits d'un microvoyage en urgence) Février 2009

Publié par EnfantdeNovembre sur 26 Février 2009, 19:48pm

Catégories : #& autres essais



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Le répondeur pâlit de tant d’inquiétudes, d’urgences et de sombres annonces. Les trémolos des uns et des autres finissent par se mélanger dans mes oreilles, dans ma tête. Mon sommeil nocturne, hospitalisé lui aussi, aurait besoin de secours efficaces. Les pieds dans le TGV, je glisse à une allure folle vers la capitale, celle où j’aime tant aller habituellement. Montparnasse en février, c’est un froid parisien qui me saisit le corps violemment et dont j’en avais oublié la nature. Errances d’instant tanné dans les couloirs de la gare, en fin d’un soir que je ne trouve pas réel, et pourtant… Au RER de mon cœur d’enfant qui n’a pas oublié sa vie ici, dans la région, je m’installe dans un compartiment en creux, dépeuplé. Je souris à un d’jeuns casquette survêt chaussettes qui me demande où on est. Je lui souris, lui réponds, et lui souris de nouveau parce que je trouve qu’il a le visage féminin… Il repart, la démarche dansante, largement répandue en téci et apportant un allant à ce lieu quotidiennement sali par certaines indifférences.

Arrivé à destination, une drôle de boule au cœur, je ne pense plus à trouver un bus ou un taxi, trop saisi par le tableau surréaliste qui s’impose face à moi: je retrouve une neige tombante et douce, une neige d’antan, une neige familière, dans ma ville natale, au son de la musique de gare qui, à cet instant, diffusait une chanson de Balavoine, celle qui m’avait réveillé dans la mélancolie un matin avant le collège, dans cette même ville retrouvée à présent, et qui venait de la radio de la voisine d’au-dessus.

Je me décide à sauter dans un taxi, dernier moyen de locomotion disponible en cette heure avancée, direction l’hôpital. Le conducteur est un nerveux, chauve (l’un n'expliquant pas l'autre), il roule vite, et m’engueule une fois arrivé à destination parce que je n’ai pas d’argent sur moi. Non, non, c’était pas volontaire. Il a fini par comprendre: après avoir refusé, je cite, de me « sucer », parce que j’ai voulu le payer par chèque, il s’adoucit et me dit que « maintenant plus personne n’a de monnaie, c’est triste! » Je réponds que moi non plus, je ne veux pas le sucer.

Je retrouve la personne qui m’attendait devant l’hôpital depuis une heure, sous la neige. Elle lâche un souffle de soulagement de n’être enfin plus seule. « On » nous a gentiment payé une chambre d’hôtel non loin, tellement pas loin qu’on s’égare et qu’on finit par suivre une charmante mamie, bien qu’assez bourgeoise dans le ton, mais pas plus que son caniche.

L’hôtel, une pause, une transition. Un restaurant, parce que ce n’est pas en se privant que les choses iront mieux, se dit-on. Un poisson délicieux me redonne un peu la forme, avant la fumée de drôles de cigarettes qui nous feront cogiter toute la nuit d’une bien drôle de façon, dans cette chambre d’hôtel plutôt accueillante. Un ami, l’Ami, au téléphone, m’encourage dans la « joyeuse témérité » nietzschéenne, malgré la situation. Je découvre l’ampleur du problème qui m’a fait venir ici, contestant d’emblée le primo diagnostic médical donné par les médecins. J’attends demain d’être sur place pour en discuter avec eux. En attendant, des visages me semblent si familiers, dans la rue, partout, que j’ai l’impression de n’être jamais parti.

Le moment arrivant enfin, tout en soutenant celui pour qui je suis là, je cherche un médecin afin d’en savoir un peu plus. Je ne trouve que des infirmières débordées, dépassées par le temps qui semble s’être accéléré d’une manière foudroyante, des infirmières incapables de me dire quels médecins sont en charge du « patient ». Je constate une désorganisation et un dysfonctionnement d’un service public et les effets d’une politique restrictive en temps de crise. En cherchant les médecins concernés, je constate les urgences surpeuplées, beaucoup de personnes âgées, le service pédiatrie me présente des enfants en souffrance, qui pourtant continuent de jouer pour la plupart. D’où vient leur force? Je trouve deux militaires sur le seuil d’une chambre, des malades anesthésiés, des sonneries de téléphone, des annonces de décès, des êtres en proie aux souffrances de leur maladie, une jeune femme repliée sur elle-même comme un fœtus, se tordant de douleur, une poche à la place du foie.

Me refusant à céder à l’impatience, je tâche de comprendre par moi-même ce qui s’est réellement passé. L’heure de fin des visites ayant « sonné », nous repartons en route pour l’appartement de la défunte à l’origine de l’ « accident ». C’est comme dans un tombeau que je pénètre, un lieu lourd, empli d’une chaleur pesante et troublante. Des miroirs partout, des angoisses en reflet. Des années de vécu et surtout de non-vécu.


Je devinais dès mon arrivée à l’hôtel la veille que la semaine serait pesante. C’est pourtant dans ces ombres que je me suis octroyé des répits, sans culpabilité aucune, et voulant provoquer l’éventuelle naissance d’un éclat de lumière, qui surviendra la veille d’un vendredi 13, au détour d’une errance dans mon ancien quartier, là où je me sens chez moi et où les cœurs que je connais m’ouvrent leurs ailes en grand.
Je revois celle qui illuminera ce voyage étrange, cette longue marche à discuter, et à s’aimer. Se découvrir, se redécouvrir, entre les souvenirs flous d’enfances déchirées, d’adolescences agitées, et ce même regard en commun fuyant en avant, dans la même direction. Je m’infligerai longtemps de mauvais coups pour ne pas avoir su proposer une écharpe à enrouler autour du cou de celle qui ne me dit pas qu’elle a froid, celle qui pourtant est si belle en tremblant, le visage un peu rouge, et la joie malgré tout qui transparaît à travers son sourire. Le temps pesant de l’hôpital a laissé place à un temps suspendu, précieux, et qui dure encore au moment où je lâche ces mots dont je ne sais quelle est leur finalité si ce n’est pour vous donner des nouvelles.
Des ondes et des connexions se sont tissées entre les coeurs qui me sont chers, une évolution de la vie que je n’ai pu vivre avec eux, mais dont nous récoltons ensemble, affectivement , pour une semaine, pour un jour, pour une heure, les fruits bien mûrs et colorés.

Mes questionnements intérieurs perturbés par de l’inattendu, j’oublie de penser, pour ne plus faire que vivre en ressentant ces moments qui me balancent et contrebalancent des émotions si fortes et si contradictoires à la fois que je m’en retrouve à me remettre à penser en biais. Des échanges objectifs veulent se substituer à l’approche uniquement affective, et je découvre une facette du diamant qu’est la vie que je n’avais jamais vue auparavant ni même entraperçue. Je mesure l’extrême fragilité de mon corps dans celui d’un autre, je respire les odeurs des conscients sous morphine, des lucides qui il y a peu encore répétaient face au miroir: « j’ai les yeux de la mort », je ressens le besoin de fouiller au plus profond, et surtout silencieusement pour ne pas ajouter la douleur à la douleur, fouiller les causes et les circonstances de quelque comportement jugé médicalement et, à mon sens, trop rapidement, d’épileptique, dans un primo pronostic rempli d’œillères, venant nier les sources psychologiques et c’est normal puisque pas un psychologue n’a été impliqué là-dedans.

J’erre également dans ma tête, en réfléchissant sur la nature davantage cataplectique ou bien catatonique du comportement de celui qui m’a fait si peur, qu’épileptique. Lorsqu’enfin celui-ci a pu quitter l’hôpital, devant abandonner un triste Algérien qui partageait la même chambre et devant se faire opérer à Alger mais bloqué ici pour cause de tempête empêchant tout voyage en avion, le laissant à ses messes matinales et sa poésie orientale, le repos devait être le bienvenu, mais c’était sans compter les démarches administratives, lourdes, qu’entraîne une mort.
« Merci de vous enterrer vous-même », écrit la chanteuse Jeanne Cherhal.

Venu en présence positive et fidèle à mon optique de « témérité joyeuse » dans cette aventure difficile, j’embarque mes proches le soir d’un vendredi 13 dans une balade au parc enneigé et une tournée raisonnable des bars, parce que seuls les lieux vivants donnent envie de l’être… Vivant…

Dans les entremêlements virant parfois aux confusions de ces derniers jours, j’oublie certaines choses élémentaires, comme ce qu’est par exemple le tabasco. Me payant un Bloody Mary malgré le choix du café de ceux que j’accompagne, je me retrouve à devoir moi-même élaborer mon cocktail à base de vodka, de jus de tomate, de sel de céleri et de Tabasco , oubliant le caractère très « piquant » de ce dernier, et créant ainsi un explosif cocktail bien moloTof’ qui me brûlera les papilles non sans un certain plaisir, sous des yeux amusés de touristes en manque d’animation.

Bloody semaine. Bloody mardi, bloody vendredi.

Les jours ont passé, dans un étrange méli-mélo d’émotions vives et parfois antagonistes, me laissant à présent seul avec un trouble, accentué par l’autoroute de la mélancolie qu’il a fallu traverser pendant 5 heures en ce jour des amoureux, où je repense encore à celle qui, à l’heure qu’il est, a dû recevoir ma rose rouge agrémentée d’un message signé de la seule initiale de mon prénom. Et l’inquiétude d’un nouveau message sur mon répondeur.

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