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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


Anaplosion d'un moi

Publié par TOF'EnfantdeNovembre sur 24 Octobre 2008, 22:07pm

Catégories : #& autres essais






















Gustave Doré, "La chute des anges",
illustration pour "Le paradis perdu" de
John Milton (universalis.fr)



          A trop de réflexion qui tourne en boucle pour retarder l'instant où me mouiller deviendra urgent, je futilise mes restes de neurones atrophiés d'un surplus d'érythropoiétine, et j'attends je-ne-sais-quoi. Timidité de ma langue, crucifixion d'un moi abîmé par les accrocs du passé, je mouille pas vraiment comme une fille, sans subtilité, sans grâce, sans goût, sans plaisir. Je ne suis qu'un moi auto-constipant qui s'autorise quelques frasques langagières sur le papier, mais incapable d'exprimer en public une idée cohérente face à mes pairs en grand nombre que je devine cannibales, intransigeants.
Un ami m'avait bien dit de dompter les dragons humanisants, je n'ai fait qu'ingurgiter ma trouille exécrable implosant dans les décombres de mes névroses, que nul ni moi ne peuvent guérir.
Je tourne comme une toupie handicapée, en déséquilibre sur un bout de radeau médusé qu'est mon lit sur lequel je m'anaplose.
J'ai bien entendu cet ami me dire qu'il me fallait surpasser mes paranoïas antisociales, et moi, que n'ai-je fait depuis toutes ces années durant lesquelles je n'ai su saisir les magies et les ondes endiablées qui pourtant me sont si chères. Je vous assure que mes instants les plus magiques ont été ceux où je me permettais jadis les plus exquises folies, sous forme de théâtralités enfantines, à cheval entre la démesure et la retenue. La première ne perdure plus que dans mes espoirs envolés, la seconde m'a englouti du crâne à mes pieds sots que je déteste.
Certaines époques de ma petite vie ont supplanté mes plus obscures terreurs, révélant un humour, une humeur assez rares, je dois le dire. D'autres, depuis, ont provoqué l'abîme inextinguible de mes audaces, momifiant mes joies à présent sous morphine.

Des faits assez étranges, s'étant révélés au-delà du concevable, m'ont fait me perdre malgré moi. Un désordre presque organisé de mon langage oral m'a, pendant plusieurs années, confiné à une certaine petitesse de l'existence, hormis ces plaisirs que je continuais de m'autoriser parce qu'ils m'étaient propres. Plaisirs des corps, plaisirs des sens.
Je m'en veux de n'avoir pas transplanté ma bonté aux aggressivités mesquines d'un petit entourage pernicieux qui, malgré moi, me fit taire et hiverner dans une caverne constituée de trésors du passé auxquels je me raccrochais.
Alors, j'ai fui, en avant la vie, et hop, saisi enfin un semblant d'opportunité, j'ai retrouvé peu à peu la parole qui me manquait -hélas pas celle de l'infans, celle qui détient les vérités premières à jamais inaccessibles.
J'ai retrouvé les coeurs d'alors, de nouveaux visages sont venus me sourire.
Mais l'ombre des années sombres demeure, et c'est sur la fragilité d'un nouvel équilibre déséquilibré que je rumine mes angoisses à présent.

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AURORE 06/12/2008 22:23

Comme une magie mes mots se sont inscrits, petits, proscrits, bannis
Comme un vol glissant d'un bel oiseau blanc, plume, plume glisse et chante
Désir, refuge, aimer et hair..
tête et pieds engloutis marrécage bullant de nos maux d'antan.

EnfantdeNovembre 04/01/2009 16:28


Que me valent ces mots, chère Aurore?
Des mots poétiques, des mots magiques, à l'image de votre prénom...


fransua 31/10/2008 15:39

Une drôle d'ambiance, un beau blog, des illustrations très belles et très bien choisies, je reviendrai te lire et découvrir ton univers.
Ce texte est troublant et les blessures de l'enfance dificles à guérir

EnfantdeNovembre 04/01/2009 16:36



Pardonnez mon silence...



eva baila 26/10/2008 23:17

Comme tu peux l'imaginer, j'aime beaucoup Gustave Doré !
Je ne comprends pas pourquoi tu qualifies tes pieds de "sots"... Les pieds doivent être chouchoutés : ce sont eux qui nous conduisent partout : sur les chemins du plaisir, de la joie, et de l'amour. Il faut aimer ses pieds, il faut les respecter, sinon... gâre aux représailles des pieds, et n'oublie pas que souvent ils vont par deux... et sont deux fois plus rancuniers...
Bises à toi. eva.

i-voix 26/10/2008 19:18

Merci pour vos encouragements. Nous reviendrons goûter votre riche prose.

EnfantdeNovembre 04/01/2009 16:40


De même pour moi, j'apprécie l'esprit de votre travail collectif...


Cally Méreaux 25/10/2008 22:21

Eh bien, quelle ambiance!
ça me plaît beaucoup en vérité, et ce texte: Woaw!
Je veux le même x)
Non sérieusement, j'ai honte de faire de l'humour dans ton univers (avec de fond d'orage, j'ai envie de me faire toute petite).
Mais vraiment, je ne me souviens pas d'avoir vu ou lu ce texte sur la guerre des mots, il est... Bah non, je trouve pas autre chose que l'onomatopée "Woaw".
Me sens très proche de ton monde.
J'ai envie de m'y réfugier, c'est étrange.
Enfin, je cesse là mon commentaire où ça va tourner au roman, et je continu ma visite. (il pleut à corde déjà et j'adore cette musique!)

Amitiés
Cally Méreaux

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