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une escale dans sa balade labyrinthique...

Par EnfantdeNovembre
Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 00:07
- Publié dans : Trucs longs
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Préambule de Liam: LIRE ICI

 

 

Avant les Dormants…

 

*

 

Vacances de Pâques. Quartier Queneau.

Liam fêtait ses treize ans en famille, lorsque Yann et Brahim, ses deux plus inséparables amis, en profitèrent pour tenter de percer enfin le mystère de l’Ombre. Une légende qui se perpétuait ici, à Queneau, depuis des générations, et que les plus jeunes prenaient plaisir à propager. Une légende qui faisait rire les adultes.

Cette légende, dont les sources restaient savoureusement éparses, relatait l’histoire d’une ombre humaine vivant dans le cimetière à côté du quartier des Dormants, et qui le soir, s’amusait à faire sortir les morts. Peut-être pour combler sa solitude, ou celle des locataires. De cette ombre, ils la savaient errer la nuit entre les tombes, mais ignoraient sa cachette une fois le soleil levé.

Une « source fiable » selon Brahim, les conduisit tout droit vers une chapelle secrète située pourtant sur le bord de la route, à équidistance des quartiers Queneau et des Dormants, mais habilement cachée par les feuillages, les murs et la négligente politique environnementale de la ville réputée pour ça.

Pénétrant l’endroit, les deux aventuriers en herbe se retrouvèrent face à un spectacle des plus étonnants: un énorme tas de paille se trouvait entassé à l’arrière-centre, là où habituellement s’élève un autel. Le mur juste derrière était recouvert d’inscriptions taggées, de dessins déjantés et d’auréoles encore fraîches de pisse canine. De rares vestiges christiques étaient en phase terminale de décomposition, et quelque saint effrité pendait au désarroi de l’espace qu’offrait le temps. Une petite plateforme en béton située à droite supportait de multiples tas de ferraille et autres déchets de la vie humaine. À gauche, était posé sur un chevalet un étrange tableau dont la toile semblait avoir été violemment déchirée. Les rares recoins intacts de l’œuvre laissaient apparaître des symboles inconnus des deux visiteurs.

- Tu vois, j’en suis sûr qu’c’est là!, s’exclama Brahim, comme illuminé, faisant mine de saisir parfaitement tout ce à quoi renvoyaient ces fragments de symboles déchirés.

Yann en était moins convaincu, et semblait plutôt pressé de repartir. En vain: la porte de la chapelle se mit à grincer obscurément, avant de brusquement se refermer derrière eux, les laissant enfermés et pris alors d’une panique singulière.

Ce n’est qu’après de longues minutes à les avoir laissés taper à la porte, la peur au ventre, que Gaspard finalement leur ouvrit, amusé de sa blague. Il les avait suivis assez facilement, constatant qu’ils agissaient souvent avec la discrétion d’un vieux solex.

- Toi, tu vas m’le payer!, lança Yann en attrapant Gaspard par le col.
- Vas-y, lâche-moi! T’as pas à m’attaquer comme ça!
- Et toi, t’as pas à nous espionner!, répondit Yann du tac au tac, tout en continuant de baffer l’Rouquin.

Brahim les sépara, et ordonna à Gaspard de ne pas les suivre: « C’est trop sérieux, ce qu’on fait là », conclut-il, sur le ton solennel de son père qui était « entrepreneur au noir » à ses heures perdues.

 

- Ah ouais, et vous faites quoi? , demanda ironiquement le Rouquin.

- Ça t’regarde pas, répondit Yann, sèchement.

Les deux amis se retournèrent, rentrèrent dans la chapelle, résolus à poursuivre leur quête.

- Elle est pas ici, cette Ombre!, lança alors Gaspard, sûr de lui et assez fortement pour rendre son annonce percutante.

Il réussit pendant une dizaine de minutes à mener en bateau les deux compères qu’il sentait peu à peu se glisser dans la peau de complices. Il leur indiqua que l’Ombre se trouvait, en journée, derrière la chapelle, mais que pour y accéder, il fallait nécessairement passer par dessous la chapelle, par une entrée secrète atteignable au prix seulement d’heures d’endurance et de persévérance à creuser, creuser, creuser…

Yann et Brahim se regardèrent, perplexes, avant de décider communément que cette histoire était trop farfelue, qu’une Ombre ne pouvait pas se trouver derrière la chapelle en plein jour, ni sous terre d’ailleurs. Gaspard leur offrit un sourire ironique, avant de repartir en suçant un bâton de poudre.

En fait, les deux amis avaient largement cru à l’histoire de Gaspard, et s’étaient emparés du secret afin de mener à bien leurs recherches sans le Rouquin dans les pattes. Ils auraient trouvé cette Ombre, quoiqu’il en coûtât, rien que pour le plaisir à revendiquer toute la réalité que peut sous-tendre une légende.

                                                                         *

Gaspard était donc le petit rouquin du quartier, le mal-aimé des autres. Rares étaient ceux qui voulaient bien lui prêter attention. Généralement, les autres ne s’adressaient à lui que pour récupérer quelques bon-becs qu’il avait pour habitude d’acheter au AZ du quartier chaque matin avant l’école, en guise de petit-déjeuner. La toujours très gentille Madame Rose, du rez-de-chaussée, lui donnait sa pièce de dix francs pour lui permettre cela. Régulièrement taxé par ses pairs, une sorte de taxe sur la vie sociale de l’écolier trop différent, il ne profitait généralement, sur ces dix francs, que d’à peine la moitié. Les autres le charriaient: « Tu grossiras moins vite! » Il arrivait cependant à quelques uns, comme Liam ou Juno, un autre de la bande, de parfois lui sourire, parfois jouer avec lui.

Une fois, plus jeunes, Liam et Gaspard avaient même joué à touche-pipi dans l’escalier avant que la même Madame Rose ne les surprît, horrifiée cette fois.

En fait, ce que la plupart n’aimaient pas chez Gaspard, c’était sa mère. Ignacia Lenz était pour les enfants « la sorcière » du quartier, un objet d’attraction/répulsion permanent; pour les adultes une voisine inquiétante. Ignacia ne se cachait pas, mais supportait mal qu’on lui parlât. Lui dire « bonjour » était s’exposer à de hauts risques. Un jour, Liam avait voulu jouer le malin en s’adressant à la dame, mais ses ricanements l’avaient décrédibilisé de toute sincérité. Ignacia avait senti la moquerie, et l’avait poursuivi jusqu’à l’intérieur du collège. Liam avait tenté avec affolement de se fondre dans la masse collégiale, tandis que, le perdant de vue, son bourreau s’était adonné à des démonstrations de dame persécutée devant l’ensemble de l’équipe éducative.

Seul Monsieur Crapolot, le prof de dessin qui bourrait le crâne des collégiens à coups de vidéoprojections sur Bacon, semblait prêter une oreille attentive, ou plutôt intéressée:nul n’ignorait parmi les élèves sont goût pour la bonne chair féminine, parfois même pour la chair plus fraîche de ses lolitas d’élèves…

Ignacia était capable d’aller très loin, et c’est cela qui stimulait les enfants, mais qui inquiétait les plus grands. Il y en avait un que la mère de Gaspard supportait encore moins que les autres: Brahim. Lorsque celui-ci avait voulu détacher son vieux chien Roméo -ou Rodéo, nul n’en était sûr- de la barre de sécurité en face l’épicerie, elle se sentit pousser d’une rage qu’elle-même ne mesurait pas. Bondissant hors de l’épicerie, telle une furie, Ignacia sortit les crocs, sortit sa rancune, sortit de ses gonds.

- Sale nabot! Va fumer ta mère!

Ignacia Lenz avait une dent comme Joey Starr, une dent contre les arabes et les noirs, et ressemblait à un taureau dans une arène, tout droit sortie d’un tableau noir de Goya, revenue d’ « El aquelarre ».

 

                                                                         *

 

Le jour où Brahim et Yann emmenèrent Liam à la chapelle, peu après la reprise des cours, un véritable coup de foudre se produisit pour le lieu en imaginant ce qu‘ils pouvaient en faire. Ils décidèrent alors de la nettoyer, la vider, la réaménager à leur façon, oubliant alors complètement l’existence ou la non-existence de l’Ombre. Les mois qui suivirent étaient autant d’occasions formidables de se retrouver secrètement dans un lieu caché, presque sacré, à l’abri des regards familiers, loin du quartier, des parents, de Gaspard. Sur ce dernier, Liam avait plusieurs fois tenté de le faire admettre dans leur petit groupe partageant « LE » secret, mais les réactions avaient été virulentes. Liam ne désespérait pas de lui ouvrir un jour ce qu’ils considéraient désormais comme « leur » chapelle. Celle-ci était devenue le lieu préféré des copains. Mais une autre bande avait récemment découvert le lieu et une guerre sans merci fut prononcée. Lorsque plus tard la chapelle fut saccagée, Brahim, Liam et Yann réfléchirent à un moyen de protéger le lieu, leur temple.

 

En vain, tout était trop abîmé, délétère, pour espérer en tirer un quelconque renouveau.

 

Liam tenait malgré tout à conserver une chose de ce lieu: ce reste de toile déchirée, et qui portait des signes dont il en ignorait la signification. Pour être certain que personne n’irait lui reprocher de garder une vieillerie dégueulasse, il se rendit seul à la Chapelle la semaine suivante, ayant attendu patiemment que les emballements des uns et des autres s’apaisassent. Il prit le morceau de l’ « oeuvre », et s’engouffra dans la forêt derrière la chapelle pour y enfouir son secret.

 

« Un jour, je reviendrai te déterrer; ce jour-là, c'est que j‘aurai découvert ton mystère… » , pensa-t-il.

 

                                                                          *

 

La semaine suivante, le jour tragique arriva. C’était un samedi. Tout était pourtant parti sur de bonnes intentions. Brahim, le plus flambeur, venait de convaincre Audrey, une blondinette de sa classe, de l’accompagner dans un « secret magique ». L’expression avait amusé la jeune fille. Il lui avait fait promettre de ne rien dire à Liam et Yann, puis l’avait embrassée baveusement en la serrant contre l’un des murs de la chapelle, celui nappé de pisse. Il était même sur le point d’aller un peu plus loin en guidant la main de la petite blonde vers la zone chaude et hypersensible de son pantalon, avant que ne fisse bruyamment irruption une bande de plusieurs gosses à peine pubères pas plus âgés qu’eux… La bande rivale. Celui qui semblait être le meneur se faisait appeler « Boss », et crapotait bêtement sur un mégot mal allumé.

 

- Ah ah ah! Regardez les gars, y’a d’la bombe ici! Hey tu m‘la prêtes?

 

 

 

- Une fille ça s’ prête pas!, répondit Brahim en fronçant les sourcils, serrant Audrey dans ses bras protecteurs de petit d’homme.

 

- Non, mais par contre ça obéit! Hein bébé?

 

Boss le mit au défi d’un combat d’homme à homme, encouragé par sa cour envieuse depuis toujours de ce rôle de chef.

 

Audrey était terrorisée, ce dont profita un grand dadais blond, boutonneux et tout plat, qui lui proposa une clope. Audrey répondit d’une grimace assez explicite. C’est en plein milieu du combat que fit irruption de manière charismatique le père de Brahim, après des heures à le rechercher. Imran était furieux, et son fils tétanisé par le regard paternel. Il l’engueula en arabe, leva les yeux au ciel. Son fils se trouvait dans une chapelle catholique, Imran l‘informa qu‘ils n‘étaient pas les bienvenus ici. Le Boss, pour le coup, ne se sentait plus très Boss, et sa cour avait déjà pris la fuite. Brahim repartit avec son père et Audrey, en continuant de râler de plus belle, laissant planer ensuite un calme troublant. Frustré de la situation, Boss avait sur lui de quoi en finir avec cette rivalité. Il sortit un briquet…

 

Quelques jours plus tard, Brahim, Liam, Yann, ainsi qu’Audrey et Gaspard, étaient convoqués au commissariat avec tous les parents pour s’expliquer sur l’incendie criminel qui venait de réduire à néant l’attractive chapelle.

 

Lorsque Boss fut finalement reconnu coupable des faits, et intégré dans une structure spécialisée, la vie tranquille avait pu reprendre, trop facilement au goût des enfants qui, du coup, relancèrent le mystère de l’Ombre du quartier des Dormants. Liam ignorait à ce moment-là qu’il découvrirait bien plus tard une autre légende à ce sujet, et que cette découverte allait devenir le point culminant de cette histoire d’amour qu’il s’apprêtait à vivre avec ce lieu de vie.

 

Une de ces histoires entre un être et un lieu, à travers laquelle fourmillent mille autres histoires, et où le temps revêt des formes plurielles que d’aucuns ne sauraient réduire au seul temps qui passe, le temps angoissant et « mortel folâtre » de  l’Horloge.

 

                                                                              * 


Par EnfantdeNovembre
Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 03:17
- Publié dans : Poèmes de l'AposTof'
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EXTRAIT DU RECUEIL " POEMES DE L'APOSTOF' "

Poemes de l AposTof COUV

Né dans un jour de pluie
Flavio-Mélancolie
Beau, de ses yeux de nuit
Il crie.

Pour sourire à la vie
Flavio est un génie
Sourire encore alors
Qu'il dort.

Et puis il a grandi
Ode à Flavio-la-Vie
Son chant fou d'anaphore
Est d'or.

Conscience du temps qui fuit
Flavio-la-nostalgie
Tout est dans sa mémoire
Tout part.

Retour du jour de pluie
Flavio sous amnésie
Dans son vieux manteau gris
Il fuit...

...Dans l'outretombe
Tandis que tombe
Entre les tombes
La pluie.

 

 

Ecrit par T '

2008


Par EnfantdeNovembre
Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 16:15
- Publié dans : Poèmes de l'AposTof'
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(a lost child section)

 

Semblables aux néons épuisés
Et qui fument, encore, de leur bigotisme
Succinctes, mes joies s’extinctent
Exténuées déjà;
Les vortex de couleurs se ternissent
Quand les yeux brouillés peu à peu se referment
- D’avoir aveuglément regardé la lumière:
De face;
Chercher le noir sans l’obscur
Dénicher l’ombre sans les ombres
Démailler le terrain en desserrant le poing
- La lumière se regarde à travers les reflets infinis d’un prisme:
De biais;
Voilé d’un filet de mue semblable à la toile d’araignée,
Un démon semble naître, et pourtant agonise…
Laisser choir l’adipeuse sensation d’être un poids.
Laisser choir ce beau vase de Soisson qu’est le « moi ».
Et contempler du bout des cils, comme un chat de ses vibrisses,
Des flux légers dont s’imprègnent mes veines
Et mes doigts arthrosés, mes illusions cataractées
- Un fluide de clair de lune subtilement distille
La lumière par à-coups, au compte-doutes;
Et je vois la silhouette familière
Prendre des postures guerrières…
Mais il tient à cœur que de nouveau
S’illuminent les néons
Et nous fumerons le bigotisme

 À la mémoire des autres…

 

 

Ecrit le 27/02/2010

T'


Par EnfantdeNovembre
Jeudi 14 juillet 2011 4 14 /07 /Juil /2011 19:02
- Publié dans : TOF' la pastiche!
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LAT-Coxon.JPG

 

LAT

(Live as Tea)

 

 

Dressed for summer with a web site my eyes make sea 

I drink my tea LAT, here, in the lee 

Before writers seize it -but I'm not sorry . 

 

I make my first steps, I'm always feeling 

Like a hot tea whose honey is healing 

A drop of milk and I glide by dreaming 

About of these words we shall lay without bling   

 

*   

 

Habillé pour l'été, pour toutes les saisons sans merci 

Je bois mon thé LAT et reste au lit 

Avec ligne de fuite et projets qu'on mûrit . 

 

Aller à petits pas, j'envisage un peeling 

Sans vous faire le listing ni le marketing 

Et livrer bataille contre les Vikings 

De la grande Edition engagés sur le ring. 

 

* Sur une chanson originale de: Graham Coxon, Latte 

http://www.youtube.com/watch?v=HVwgahky6UA&feature=related

 

LE site des auteurs à découvrir:

http://www.livresatelecharger.com/


Par EnfantdeNovembre
Jeudi 14 juillet 2011 4 14 /07 /Juil /2011 00:38
- Publié dans : Poèmes de l'AposTof'
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I


Plexus Lapsus

Mon plexus est ce creux dont les rayons solaires

Expulsent l'acide et les effets secondaires

Qui brûlent mes tempes et agitent mes nerfs

Lapsus: Plexus scolaire

 

LIRE LA SUITE SUR LE RECUEIL

" POEMES DE L'APOSTOF "

Poemes de l AposTof COUV


Par EnfantdeNovembre
Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 17:53
- Publié dans : & autres essais
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"Le propre du militaire est le sale du civil." Boris Vian


"Je n'ai jamais voulu avoir d'enfants, de peur de faire un petit soldat, un militaire, un tueur. On n'est jamais sûr..." Arletty

 


 Mes etrangers

 

De cet homme, j'ai cherché de longues années durant une sorte de "troisième oeil". Il m'était inconcevable qu'il fût mauvais, comme le pensait le reste de la famille. Je cherchais la petite lueur éclatante fixée à la pupille, celle qui n'apparaît dans aucun des deux autres yeux. J'imaginais que ses sourires tour à tour désolés et vitreux, obliques et odieux, étaient des réactions à d'agréables souvenirs d'enfance; le signe qui trahissait les émotions qu'une résistance tenace empêchait d'exprimer. Que la nuit, endormi aux côtés de sa très pudique femme, il rêvait à des situations amusantes ou à de jolies blondes en bikini. Le temps me révèlera par la suite que de mes délires enfantins, le dernier était le plus probable.

 

Marcellin était propriétaire d'une succession de décorations pour ses actes patriotiques, lors notamment de la guerre d'Algérie. Il était à la retraite depuis quelques années, et vivait tièdement dans un trois pièces de Saint Cyr l'Ecole aménagé comme un musée. Un changement de vie radical pour cet homme de "Nation" qui au gré des missions, était amené à voyager et à contraindre sa petite famille à vivre sans point d'attache, sans possibilité pour eux de développer une amitié, un lien affectif. Clorinde, sa femme, n'avait jamais exercé d'autres activités que celle d'entretenir les toits familiaux successifs, et ne sortait donc qu'en de rares occasions. 

 

Très imprégné de son "métier", Marcellin avait intériorisé les valeurs militaires acquises dans le milieu, au point de les reproduire en-dehors. Il reproduisait en famille le comportement requis dans son milieu professionnel. Il faisait preuve à l'égard de ses enfants et de sa femme d'une autorité sans limite. Ainsi, sans marquer aucune distinction -mais se targuant d'en posséder!-, il passait, quasi-robotisé, du champ professionnel au champ familial dans le même état d'esprit, celui de l'ordre, de la discipline, de la consigne, du répressif. Il pouvait ordonner à l'un de ses enfants une multitude de tâches et de corvées, comme récurer le sol de la cuisine à quatre pattes et à l'éponge, régulièrement, pendant un après-midi entier en période de vacances. De la même façon qu'il commandait ses soufifres. Plus caporal que citoyen, son état d'esprit autoritariste se révéla à moi au fil du temps, et du même coup ce sentiment qu'il m'était totalement étranger...

 


Un après-midi, une balade vers le parc du coin en compagnie de ma soeur et de Marcellin s'annonçait aventureuse."Le paternel" avait oublié le chemin, et prenant de multiples détours, nous éloignait finalement de l'appartement. Nous étions perdus, et offerts à la pluie de plus en plus virulente. En vérité, ces détours, ces courbes, nous furent des plus savoureuses, à ma soeur et à moi, qui, en tant qu'enfants, jubilions de ce sentiment de vie et de ville en forme de labyrinthe. Aboutissant à l'extase suprême, le piment qui relève le tout: l'auto-stop. Au bout d'une vingtaine de voitures peut-être, l'une s'arrêta. Marcellin monta précipitamment à l'arrière, nous le suivîmes. Une musique orientale m'ennivrait lorsque Marcellin, pris sans doute d'un malaise existentiel, que sais-je, se mit à nous faire des gestes hallucinants et des grimaces de dégoût dans le dos des deux hôtes, qui étaient des Chinois. Marcellin s'amusait à se boucher le nez, voulant nous signifier qu'une odeur l'indisposait, pire: l'asphyxiait !


Au retour de cette balade, Marcellin contait à sa femme, laquelle remuait un plumeau, l'insupportable situation dans laquelle il s'était retrouvé. J'étais là, caché, j'écoutais. Il régnait dans l'appartement une atmosphère lourde, les murs semblaient se resserrer autour de moi. Chaque objet devenait un cafard. Les beaux livres en cuir disposés sur des étagères dénudées de poussière me chagrinaient de leur matière intacte; des collections entières de Julien Green et de Gérard de Nerval, dont les noms m'étaient alors étrangers, trônaient ici depuis des lustres sans jamais avoir été ouvertes ni même caressées sinon par un chiffon maniaque. Le seul livre écorné que l'on pouvait trouver était celui du chevet du Marcellin, une autobiographie d'un militaire dont la photo en couverture n'était pas pour me rassurer. Les miroirs en surnombre me donnaient le tournis, disposés dans chaque pièce et chaque couloir étroit de telle sorte que Marcellin pût garder les yeux sur ce qu'il se faisait dans n'importe quel lieu du musée, par un jeu subtil de reflets qui venaient s'enchevêtrer en circulant à travers nos angoisses. Un effrayant labyrinthe de glaces, que j’aurais pu aimer dans un autre environnement, et dont je ne pris conscience que bien plus tard. Et à tout cela s’ajoutait un lourd canticum incessant, émanant des aiguilles des horloges aussi nombreuses que les miroirs, et suspendues au-dessus de chaque porte, comme pour nous empêcher d’oublier un seul instant les fracas du temps.

 

Cette journée-là, hivernale et pluvieuse, s'ensuivit d'une soirée un peu plus animée. Une grosse masse noire venait plomber l'atmosphère qui, le matin pourtant, se voulait légère et joyeuse, appréhendée dans une humeur propre à l'enfant que j'étais. Au crépuscule approchant, Clorinde fit une chute étrange et magnifique en installant le maigre matelas qui nous fut proposé, à ma soeur et à moi. Marcellin intervint d'un air paniqué, transportant alors son épouse sur le lit conjugal chargé d'apaiser sa douleur qui se devait d'être théâtralement convaincante. Il téléphona ensuite à mon père dans un affolement qui nous parut démesuré, le priant de venir récupérer ses "mômes" en urgence. Interloqué, mon père débarqua au bout d'une longue demi-heure durant laquelle ni ma soeur ni mois ne répondions aux lamentations surjouées du vieux. Il ne put voir sa mère pour constater la gravité de la chute, et Marcellin fit comprendre qu'ils avaient besoin de calme... C'est du creux de l'escalier que nous regardions de nos yeux enfantins la bagarre qui éclata entre un père et son fils. Nous passions d'une énergie curieuse à un état de désenchantement soudain. Nous ne remîmes jamais les pieds dans le musée, jusqu'à un évènement funeste portant à son comble le grand obscurantisme généalogique dont je descends.

 

D'avoir saisi, sûrement dans une infime partie, les sombres rouages psychologiques de la famille paternelle déchirée par des secrets et des traumas irréversibles, au moins sur les deux générations qui me précèdent, a rendu définitive mon aversion pour les militaires, pour leur monde et pour toute chose s'y apparentant. Leur simple évocation suffit à me rappeler quelques séquelles laissées en guise d'héritage. Je n'ai gardé aucune affection, aucun souvenir agréable concernant Marcellin, cet homme qui se saoulait au sirop de menthe et au Valium, et que je n'ai jamais pu appeler "papi".

 

 

 


 

Réécrit le 09/07/2011


Par EnfantdeNovembre
Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 19:15
- Publié dans : Poèmes de l'AposTof'
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Dans l'heure éperdue d'un été peu salivant

Dans le silence échoué, plein d'infinis chants

Des points se révèlent, quelque chose d'essentiel

 

- Je pressens comme un orage derrière cet arc-en-ciel...

 

~

 

L'atmosphère porte en elle encore tout l'humide

Tous les ressentiments nappés en pluies acides

Par-delà les tempêtes à présent révolues

Ont jailli d'une enclume les secrets des nues.

 

Fort de clairvoyance, comme oté d'une entaille

Dans l'ironie du sort et l'ombre qui m'assaille

Je ne me sens pas plus envahi de puissance

Et je me sens perdu comme lors de ma naissance.

 

~

 

- Je pressens comme un naufrage enrubanné dans l'éther...

 

Des ondes se lèvent, agitée est la mer

Dans le silence échoué au timbre grandissant

Dans une heure perdue, pendue au filament.

 

 

 

T', écrit le 06/07/2011


Par EnfantdeNovembre
Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 02:22
- Publié dans : TOF' la pastiche!
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Dans le train 

J'les vois aller et venir

Mes chagrins

Au rythme lent de mes soupirs 

Ponctué d'insouciance 

Face à la folie des vacances  

 

Dans le train

Je les vois s'aimer, se haïr 

Mes embruns 

Au fil des gares à desservir 

Un petit vieux me dit c'qu'il pense  

Sur l'égalité d' naissance 

L'égalité des chances  

 

Moi j'ai de l'absurde dans mon ennui 

Des pères Ubu qui me tendent la main 

C'est tous les jours mercredi 

Nous n'avons qu'à laisser parler l'entrain

Dans mon ennui 

Sans équateur, sans les heures ni le vent 

Juste la nuit

Pour parcourir mes ombres et mon Levant   

 

Dans le train 

Du temps à la merci je suis 

Il m'étreint 

A travers prés, je file en scie 

Comme un corps tège et vais sur l'anse

A la hauteur d'un fer de lance

 

Le train-train

Au petit jour est éclatant 

Et sans fin 

On peut toujours aller d'l'avant

Se plaire à s'imaginer

Invisible et décalé 

 

Moi j'ai de l'absurde dans mon ennui 

Des pères Ubu qui me tendent la main 

C'est tous les jours mercredi 

Nous n'avons qu'à laisser parler l'entrain 

Dans mon ennui 

Sans équateur, sans les heures ni le vent 

Juste la nuit

Pour parcourir mes ombres et mon Levant   


A présent que la machine est lancée 

Soyons fous, vauriens, n'ayons nul regret  

 

Les paysages de l'enfance 

Ca marque à l'âme et à la panse  

 

Moi j'ai de l'absurde dans mon ennui 

Des pères Ubu qui me tendent la main 

C'est tous les jours mercredi 

Nous n'avons qu'à laisser parler l'entrain

Dans mon ennui 

Sans équateur, sans les heures ni le vent 

Juste la nuit

Pour parcourir mes ombres et mon Levant   

 

 


 

Version piano:


 

 

Version électro:

 


Par EnfantdeNovembre
Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 00:55
- Publié dans : TOF' la pastiche!
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(for Mag2ch')


Comme en un doux prélude
le Père Ubu me pince
pour me dire que j'suis cuit et d'autres l'oeil se rincent
seul au fond d'un palude
abordé comme un ring
bling-bling sauvage au coeur des balsamines

Comme en toute quiétude
le Père Ubu me taille
des phallus aiguisés
pour acculer la canaille
et comme la solitude embraye mes élans
je gagne en latitude à chaque degré du vent 

Comme une infinitude
le Père Ubu m'induit
dans une éternité
chaos
chaos
car au fil des années
parmi la foultitude
j'ai toujours mon ennui
avec qui échanger
fâché
fâché
fâcher


C'est le Père Ubu !

Comme une incertitude
le Père Ubu danse en Prada
et prend de l'altitude
sous les injures et les crachats
comme un autre prélude
qui retentit dans les zonas
comme une pierre qui coule
puis roule et devient boule

Comme un doux interlude
le Père Ubu, nu, m'interpelle
comme un écho fantôme sirotant son missel
et comme les temps sont rudes
aux draps du désespoir
il bat la turpitude, pour mieux fendre la poire

Comme une douce cistude
le Père a bu maudit
ivre d'inusité
K.O
K.O
car au creux c'est fané 
parmi la foultitude
j'ai toujours l'or des nuits
lueur d'une aube allée
tâchée
lachée
cachée

C'est le Père Ubu...

Comme en un doux prélude
le Père Ubu me pince
seul au fond d'un palude
et d'autres l'oeil se rincent
j'imagine le sud
en plein coeur de mon territoire
le seul espace où je peux voir
fleurir la poire

et le père Ubu.



Sur Benjamin Biolay, "Le bonheur mon cul"
in "Pourquoi tu pleures?", B.O du film éponyme de Katia Lewkowicz avec Nicole Garcia, Benjamin Biolay et Emmanuelle Devos

(merci à @SophieLucide pour la rectif')


Par EnfantdeNovembre
Jeudi 9 juin 2011 4 09 /06 /Juin /2011 18:16
- Publié dans : TOF' la pastiche!
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Mysteres-geometriques.JPG

Dessin: Tof'"Mystères géométriques" 2003

 

J'vis avec un lucane
Niché dans l'ombre de mon bois
Et sur les plainthes
Du versatile
Galoppe et feinte
"L'oppossum est mort!"

J'passe sur la pap'rasse
Me pince quoiqu'je fasse
Si l'insecte est clean
Moi j'apprécie l'ambroise

Ce soir j'ai l'cerveau lent
Et je broie mes moires
Du lucane au lézard
Moi ça m'dilate
L'irisé….(X3)

J'trace, j'm'attarde pas dans les fards
Las j'passe le masque
Obtempérer, c'est un combat
Collé aux terres de chasse
Lucanidae d'or

J'passe sur la disgrâce
J'vous offre mes grimaces
J'ai l'humeur lucane, ça me mène
Vers de saines fredaines
Là où je me situe
En amont d'une aurore…

J'passe sur la disgrâce
J'vous offre mes godasses
Si l'insecte est clean
Moi j'apprécie l'ambroise
Ce soir j'ai l'cerveau lent
Et je broie mes moires
Du lucane au lézard
Moi ça m'dilate
L'irisé….(X3)

 

Chanson originale: Alain Bashung, "J'passe pour une caravane"

 


Par EnfantdeNovembre
Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 21:35
- Publié dans : TOF' joue à l'écriture...
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Arnwid Cranan 2

 

Arnwid Cranan a l'coeur en panne

Et ses volcans sont autochtones

Arnwid Cranan a mal au crâne

A se griller quelques neurones.

 

Arnwid Cranan en filigrane

Se prend pour un nanti six clones

Arnwid Cranan s'effondre en larmes

Dans son cerveau, c'est l'Amazone.

 

Arnwid Cranan est un iguane

A dans les yeux l'iris en cône

Arnwid Cranan n'a qu'un organe:

Un coeur en forme de cyclone.

 

Arnwid Cranan sous cellophane

Sait qu'celui qu'on brûle est l'icône

Arnwid Cranan au teint diaphane

Vous offre de beaux sabots d'aune.

 

Arnwid Cranan aujourd'hui plane

Demain accèdera au trône

Arnwid Cranan est un chamane

Puisqu'il peut recycler l'ozone.

 

Arnwid Cranan nu sans soutane

N'a jamais demandé l'aumône

Arnwid Cranan est tramontane

"Ce soir tu sais, le ciel est jaune."

 

Arnwid Cranan a l'coeur qui flâne

Embrase la flore et la faune

Arnwid Cranan s'pavane, profane

C'est le goût de l'élan qu'il prône.


Tof' 2.0

      

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