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La fureur de l'éternuement

Retrouvez le numéro 3 du mag "La fureur de l'éternuement", par Aziyadé et Tof'




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Mag 3

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Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.

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Mercredi 26 août 2009
Petits Contes de l'AposToF'  5

"belle philosophie... une bonne façon de rendre un rhume moins pénible" Picoti

"C'est une philosophie tendance, et puis, avec toutes ces pollutions normal que le sage penseur éternue !
Mais pour ma part, l'éternuement ça me bronche plus que ça ne me branche..Des branches de tilleuil.." Maria Ivaldi

"Fort heureusement, je n'ai jamais eu la philosophie dans le nez" Eifeilo




"Quand on me demande quel est le premier souvenir qui me vient à l'esprit concernant les cours de philo, je réponds toujours, et sans hésitation, ceci:



Sentez-vous parfois des chatouillements dans les narines, lorsque vous abordez philosophiquement un aspect du monde ou de tout autre élément le composant ou le dépassant, du gigantesque à l'infiniment petit?
Ou bien peut-être un encombrement de vos réseaux nasaux? Un dysfonctionnement soudain de vos sinus? Une coulée de morve qui vous pend au nez? Toutes ces expériences qui vous apprennent LE précepte fondamental qu'il convient de toujours prendre en compte une fois expérimenté:

* philosopher donne envie de se moucher.

Voilà pourquoi les philosophes d'esprit ont tous cette même petite manie qui est celle de toujours remuer le nez. Souvent à leurs dépens. Mais c'est ici justement que je reconnais la valeur hautement crédible d'un philosophe ou l'imposture d'un autre.
Le philosophe imposteur se reconnaît à son agitation, sa gène et sa bougonnerie métaphysique occasionnés par ces titillements aux narines. Il se laisse très vite dépassé par ces incontinences nasales et autres perturbations sinusoïdales, de sorte que toute la ligne directrice de son schéma de pensée s'en trouve durablement chamboulée. Il fait d'un sens un contre-sens.
Au contraire, je reconnais le philosophe incontournable et fécond à sa manière d'apprivoiser les effets non souhaités, ceci correspondant intellectuellement à une période qui procède pat tâtonnements, avant de totalement s'emparer de toutes ces "petites saloperies" pour finalement en jouer. En jouir.

C'est alors que ce philosophe-là dépasse toute l'énergie de la dynamite, et frappe plus fort qu'un coup de marteau! Impensable! Et pourtant, c'est une énergie nouvelle qui se dégage, une conception revigorante de la vie, alliant les présupposés intériorisés antérieurement avec les désagréments du nez.
Toute la force philosophique de ce penseur, de cet homme, lui fera dire dans un élan d'extase:

"Je suis plus que de la dynamite: j'éternue! "

Et c'est la fureur d'un éternuement qui tonne alors, les cloches s'affolent, les muezzins se synchronisent, les chorales se rebellent.

La philosophie par les trous de nez, est une philosophie en mouvement. "



Support de texte: http://capa.conncoll.edu/morton.merzbook.html#17





_______________
(Le rhume est hautement philosophique.)
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Mardi 4 août 2009
Je vous invite à (re)découvrir cet entretien magique de Jacques Prévert, réalisé en 1961 à son domicile.

http://archives.tsr.ch/player/personnalite-prevert

Citation
A 61 ans, Jacques Prévert ne se prend toujours pas trop au sérieux. C'est dans son appartement parisien et entouré de peintures surréalistes que le poète répond, ou plutôt ne répond pas, aux questions qu'on lui pose.

Facétieux et un brin provocateur, l'artisan, ainsi qu'il se décrit lui-même, nous parle de son plaisir d'écrire, de la beauté des êtres et de la connerie du monde. Au cours de ce quasi-monologue, Jacques Prévert dévoile l'inventivité et l'originalité de sa pensée.

Un livre pour l'été: Contes pour enfants pas sages. Recueil de poèmes publié en 1947, qui offre au poète la liberté d'exprimer sa vision du paradis terrestre.



Je ne me lasse pas, personnellement, de le voir et l'entendre. Sa manière de conter, comme cette évocation de l'usage utile de l'hôtel en début de soirée afin d'apprécier pleinement la nuit, et la contempler, est à l'image exacte de la poésie qu'il écrit.


En bonus:

* Prévert lit un poème de son recueil "Fatras" :
http://www.liberation.fr/livres/0101165830-l-album-des-ecrivains-jacques-prevert

* Le temps de lire:
http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPF93002986/jacques-prevert.fr.html
Citation
JACQUES PREVERT a 71 ans lors de cet entretien avec Pierre Dumayet. Il a réalisé un livre de "collages" édité dans la collection "Les sentiers de la création" chez Skira. A cette occasion, il donne sa version de la notion de création, parle de son enfance, du principe des collages (surréalisme) et de la caricature des "grands de ce monde". S'adressant aux télespectateurs droit dans l'oeil de la caméra, il apostrophe la télévision et s'interroge sur sa liberté. Il lit un de ses poèmes "Elle disait" . Il s'explique sur son anticléricalisme

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Mercredi 22 juillet 2009
Petits Contes de l'AposToF'  4

"C'est très beau, la manière dont tu nous plonges dans cet univers végétal." Turbulence Particule


C’était nouveau pour moi. J’ignorais pourtant le mode de cuisson, ainsi que les conseils de préparation. La couleur de ces petites « perles » me faisaient penser à celle d’un lagon secret qu’aucun pied humain n’aurait pénétré.
Je saisis une casserole, fis bouillir de l’eau, et y semai, parsemai les perles, comme si je faisais glisser, sensuellement, du sable doux entre mes doigts apaisés. Le repas me procurait un plaisir rare, une sensation d’éveil gustatif proche de celui du nourrisson.

Souriant, à la fois zen et plein d’entrain, je m’installai sur la terrasse ensoleillée et apprécia longuement le goût qui perdurait dans ma bouche, sur mes papilles et sur la face interne de mes joues, grâce à de langoureux acheminements de ma langue solitaire. En position semi-allongée, je m’endormis, les mains dans le vide.

Mais dans le demi-sommeil qui m’engloba, je ressentis comme des chatouillements, des guili-guili qui me faisaient sursauter les narines - comme en temps de rhume des foins- , les cils et l’extrémité de mes doigts.

J’entendais les bruissements des feuillages face à moi, le vent était doux. Les guilis commençaient à prendre une intensité à la limite de l’insupportable, un peu comme quand on me chatouille les pieds.

Lorsque j’ouvris les yeux, difficilement, je crus voir quelques mouches me tourner autour, mais il n’en était rien. J’avais le regard un peu brouillé, mes cils semblaient avoir poussé. C’est alors que je m’aperçus, en me levant, que des germes de lentilles beluga me sortaient du contour des ongles, des narines, des oreilles et de mon postérieur.

Me précipitant face au miroir, je vis mes cils et mes sourcils pendre la forme de ces germes-là. Éberlué, je regagna malgré tout tranquillement, autant que faire se peut, la terrasse, mi-homme mi-végétal bio, et les arbres en face de moi me saluaient, m’offrant clins d’œil et inclinations qui voulaient dire: « bienvenue parmi nous ».

Les lentilles beluga m’avaient germé à l’intérieur, et je ne regrettais pas d’avoir ignoré superbement préparation et mode de cuisson.


Ma vie nouvellement végétale me procura d’intenses plaisirs, et mon corps réagissait à chaque stimulation sensorielle de manière extrapolée, au point de développer de fortes éruptions de mousses et de lichens sur la quasi-totalité de mes parties velues, recouvrant délicatement ma ramure cyclothymique.

De petites branches très fines commençaient à pousser sur mon crâne, me donnant des airs de cerf endiablé. De la sève me coulait du nez, et ma langue s’enroulait sous l’effet aphrodisiaque de la pluie qui se mit à tomber. L’acidité de cette eau venue du ciel, perturba néanmoins quelques peu mon organisme nouveau, et mes germes de beluga commençaient à prendre une mauvaise humidité.

Il me fallait me mettre au sec, et c’est sous les caresses du saule-pleureur d’en face que je trouvais régulièrement ce réconfort. Mais lorsque j’entrais dans une phase de mélancolie due à la perte de tout ce qui me rendit physiquement identifiable en tant qu’homme, je me mettais à pleurer avec lui, et, par l’effet attractif de mes larmes consolatrices, fis pousser la mousse malgré moi.

Au fil du temps, les habitants du quartier développaient un nouveau rituel, consistant à venir me goûter, à partager entre eux quelques germes, les enfants venant régulièrement me tirer les cils-beluga qui poussaient à un rythme anormalement rapide. Je devins l’unique beluga-penseur, le nouveau « roseau pensant » de la région, que venaient humer les pies et les moineaux à chaque aube, comme venaient m’arroser les enfants chaque matin en allant à l’école, et les mamies le soir à l’heure de la promenade des chiens.

Je me disais que quelque part, je réussissais en tant que végétal ce que j’avais échoué en tant qu’homme: nouer racines, tisser les liens, par la pensée et par l’ expérience gustative si intense du « beluga » qui poussait en moi.


Apaisé, je sais à présent que ce sentiment si fort que représente l’entremêlement de soi avec l’autre -peut-être ce qu’on appelle le sentiment d’ « altérité »-, trouve sa source dans une lentille beluga.


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Samedi 18 juillet 2009
"Entre Prevert et Queneau y a tof' qui tanphasme." Blabaptiste 

Un texte vivant, poétique, aux couleurs de l'enfance je trouve, qui contraste avec l'immobilité de cet étrange insecte absorbeur de pluie... Attention Kafka n'est pas loin, tu pourrais te réveiller avec une tête en feuille de chêne... LeFilceleste

"Téléportation sur les bancs de l'école, souvenirs imprécis de première découverte d'un être dont l'étrangeté titille la poésie et l'envie d'être un Lost Child. Ces styles qui évoluent et nous embarquent... plusieurs plaisirs sont évéillés merci Tof'." Aziyadé



Petits Contes de l'AposTroF' - 3



Je m’imagine
Petit phasme
Tout plein de fantasmes

Moi qu’on dessine
Sur la feuille
Il me manque un œil

J’emmagasine
Les lubies
D’un enfant puni

Il m’ensanguine
Met du gris
Sur le ciel encore nu

À l’enfant qui fait que
Je m’achemine
Moi phasme bâton…
À l’enfant qui dit que
L’on m’abomine
Moi phasme bâtard:
"Où sont mes ailes?"


Je m’imagine
Petit phasme
Qui se camoufle

On me dessine
Végétal
Et je prends souffle

Je m’imagine
Petit phasme
Phasme morose

Ça turlupine
Sous la mine
De l’enfandrogyne

À l’enfant qui fait que
Je m’achemine
Moi phasme bâton…
À l’enfant qui fait que
L’on m’abomine
Moi phasme bâtard:
"Où sont mes ailes?"



Je suis asperrimus
Et rugueux
Je suis ramulus
Brindille de Thaïlande
Un phasme cuir
Phasme à tiare
Géant de Sabbah
Feuille de Java
Géant dilaté
Phasme cornu
Et biscornu


Je m’imagine petit phasme
qui, tel un hippocampe se mue en algue,
se camoufle dans les couleurs des feuillages.
Esquissé par l’enfant aux yeux humides,
j’ai pris racines, telle une sylphide,
sur le plat d’une feuille acide.

Petit phasme du bout du monde,
l’allure étrange, inaperçue,
peuplé de mille petits phantasmes,
guidé par ma libido végétale,
je me mets à danser,
sans raison aucune.

Dans un face à phasme avec la vie toute coloriée, je dandine la tête et les antennes, je tiens prêts le thorax et l’abdomen, les palpes et les mandibules, et m’apprête à entamer mon premier festin de feuilles de lierre. Mes yeux sont des yeux de mouche, des diamants noirs à facettes.
Je danse de mes six pattes, et sous des allures de psychopathes, je suis inoffensif. Sur les parois du vivarium, que m’a délicatement offert le petit dessinateur, j’agrippe mes ventouses et réalise des prouesses techniques vertigineuses.
Régulièrement, je mue. Je suis très solitaire. Par chez moi, les femelles n’ont pas besoin de mâles pour pondre leurs œufs.
Moi je n’ai jamais été œuf de phasme, car je suis né au crayon de bois et à la gomme, le corps mué d’avance.
Je suis naturellement apte à préserver moi-même ma survie, quand l’enfant veut bien y consentir. Il ne me rend pas la vie facile: il a placé exprès des oiseaux dans le ciel gris, et je suis obligé de rester caché pour ne pas me faire manger.
Alors je me fais brindille, ou je fais ma brindille, c’est selon, les pattes repliées le long du corps, et, tel le plongeur, me laisse tomber. Mon corps alors n’est plus qu’une fine allumette phasmique, sous l’impulsion d’un mimétisme de forme. Mon corps alors fait le mort. Mon corps alors n'est plus corps.

Mais l’enfant est quelque peu cyclothymique.
Il a l’idée de mettre des nuages dans le ciel gris. Un sourire se dessine sur son visage. Il est gentil, c’est pour que je puisse rêver. Je suis un phasme caché dans un nuage. Je suis un phasme qui ne craint plus les oiseaux, et bientôt, je serai moi-même un oiseau.









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Samedi 18 juillet 2009
"Un conte OVNI, vivre d'amour et d'eau saumâtre, et une grenouille Napoléon ..." Eifeilo



Petits Contes de l'AposTroF' - 2



Le lagon dit de "Q" était particulier, d'abord dans sa position géographique insolite: il se situait au cœur du centre-ville de Q.
Des eaux sereines en pleine agitation citadine.
Ensuite, parce qu’il accueillait les nageurs d’une façon peu commune, et qui laissait perplexe, ou rêveur: ainsi, il fallait être plutôt expérimenté, et bien connaître l’endroit.
Le lagon était unique dans le sens où il imposait exactement ce que Nietzsche reprochait à Napoléon en disant qu’ « il n’était jamais que le commandant d’une colonne- fier et impétueux à la fois, et parfaitement conscient de l’être » -, en fait qu’on le pénétrasse d’une façon bien particulière, et seuls les plus expérimentés à avoir osé le plongeon, savaient de quoi il en retournait: il fallait toujours plonger dans cette eau-là d’abord par les pieds, de façon bien droite, bien raide, le corps tel un pilier, une « colonne » solide que rien ne pût venir perturber. Il fallait, dans ce saut, que la masse fût suffisamment importante pour empêcher au Lagon d'user de ses résistances et d'un éventuel rejet jailli des profondeurs- cela expliquait d'ailleurs qu'aucun enfant n'avait jamais réussi à ne serait-ce qu'envisager le plongeon dans cette eau; ce qui dès lors, allait sans doute donné aux adultes bienheureux une formidable occasion de déni du souci de l'intimité et de la pudeur. Ce que les novices inconscients ignoraient, c’est que tout énergumène ne respectant pas cette posture corporelle était condamné à plonger incessamment et à demeurer dans les eaux mortelles d’un Styx qui ne disait pas son nom.

Les habitants se mordaient le sang en réalisant que tout lagon paradisiaque cachait en lui un Styx ordinaire. Plusieurs résidents, qui n’avaient jamais pris soin de se renseigner sur l’endroit, périrent dans ce si beau lagon à l’eau turquoise pour l’avoir pénétré comme on se jette dans une vulgaire piscine. Les corps se dissolvaient comme un cachet d‘arsenic dans un verre d‘huile d‘olive, et se fondaient dans la masse aquatique. D'autres "faux-heureux" vécurent des moments difficiles également, lorsque pour supporter la posture aliénante du plongeon, une sorte d'apoplexie s'emparât d'eux pour un long moment, pour toujours. Quant aux heureux qui avaient compris et acquis le secret, ils jouissaient du privilège de leur liberté aquatique, objets de tous les regards admiratifs, et de toutes les convoitises.

Ces hommes jusqu’alors assez inaperçus dans la rue, dans la société, devinrent aux yeux de leurs semblables des Princes, délicatement blottis dans les creux d’eau du lagon. Pour autant, chacun de ces nouveaux privilégiés pouvait se prélasser, se masser, s’enlacer, se caresser, se branler, et éventuellement nager dans ce lagon sans attirer le regard des passants, lesquels continuaient de mener leurs activités quotidiennes avec la banalité la plus déconcertante. Le privilège suprême! Les privilégiés devinrent très vite un petit cercle fermé, telle une élite, dont les accointances et les proximités réciproques gonflaient au fil du temps passé dans le lagon. La plupart finirent par n’y plus venir que pour se livrer à des plaisirs sensuels collectifs, le plus souvent par deux, mais des groupes de cinq ou six parfois se formèrent dans l’intimité turquoise du lit d’eau. Les hommes s’échangeaient mutuellement de longues fellations d‘apoplectiques, les femmes faisaient frotter leurs seins les uns contre les autres de sorte de porter l‘excitation masculine à son paroxysme, tandis qu’au loin, au-dessus de la ville planait un ciel lourd, et de gros nuages annonçaient les torrents.

Les jeux orgiastiques se démultipliaient à mesure que de nouveaux chanceux pénétraient le Lagon, devenu bulle, espèce de monde à part, peu à peu retiré des fiertés de la ville. Laquelle se détournait de plus en plus de cette pseudo-communauté, vexée que les privilégiés aient rendu possible le « délabrement » d’un lieu si magique. Lieu devenu une sorte de huit clos permanent destiné aux échanges de sensations, et la délicate saveur de l’eau originelle se trouvait troublée par les litres de sperme et d’urine qui s’accumulaient en son sein.
La recherche du sensuel était une préoccupation majeure chez les habitants de la ville de Q, et lorsque son Lagon commença à être connu, il devint instantanément, à tort ou à raison, l'idéal moyen de parvenir aux meilleures expérimentations mettant en jeu le corps et les sens. Mais dans l'emballement, l'excitation, la jubilation, il manquait un autre bout de l'essentiel: la réflexion.

Le prestige du lagon n’était grand que pour les habitués, et plus personne d’autre ne chercha par la suite à le pénétrer, ou plutôt à intégrer la caste. Car c’était comme cela désormais que les habitants voyaient le « lagon »: comme une caste, un clan. Et se sentirent rejetés avant même d’y avoir goûté un peu de cette eau aux arômes inhabituels, après s’être éventuellement et délicatement essuyé les pieds sur le rebord du plongeoir. Ils s’auto-exclurent de fait, seuls et sans préoccupation antérieure particulière de la part des dits « privilégiés », sans désir d'exclure de leur part.


Un lendemain de fête national, la ville fut promise aux tempêtes annoncées, et se trouva parmi les régions les plus violemment touchées. Des décombres et des ruines, de la fumée et des angoisses, remplacèrent le quotidien, la tranquillité tumultueuse de la vie moderne, les vitrines et les regards.
Seul le lagon avait pu être épargné, là où les pratiquants du lieu avaient tous succombé aux violences climatiques, gisant dans un lagon de sang, enchevêtrés les uns aux autres, les uns dans les autres, alors que sur le rebord d’un petit rocher, à côté, croassait une grenouille qui, hésitante, se mit finalement à sauter dans l’eau rouge, les pattes arrières les premières, le corps raide comme un élastique tendu, tel le « commandant d’une colonne », et ainsi promise à la période la plus… « faste » de sa petite existence.


"Rites de passage, rigidité de mauvais aloi menant à la dictature, entrée par la petite porte dans un lagon aux ressources de bonheur et de liberté insoupçonnés, décadence fatale et éternel recommencement, la théorie du chaos par la poésie exposée ? Un autre lagon inexploré doit se trouver à notre portée. Ma vision, Tof', c'était beau !" Lenaig B.K



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Samedi 18 juillet 2009
"Ohhh quelle évocation de CE livre ... tu m'y happes de manière tellement réelle, de cette réalité qu'on s'invente, qui nous lie et nous remue quand déséquilibrés on n'arrive plus à sufer sur la vague...
Tiens j'ai lu cette phrase de deleuze aujourd'hui "il n'y a que du désir et du social et rien d'autre"... Woolf ne disait elle pas un peu cela ? Je viens d'entamer sa biographie..pas une des meilleures semble t'il mais un certain éclairage sur une époque des dilemnes et l'écriture que cela a fait naître.

Merci encore Tof' de ces émotions là qui réconcilient les morceaux de moi." Aziyadé




Petits Contes de l'aposTroF' - 1



Tout est là.
Briquet, clopes, herbe tendre, toncar, cendrier, tout y est! Il ne manque rien. Comme à l'habitude, je frotte un bout de carton contre la forme arrondie du briquet, de sorte qu'il prenne la forme d'un filtre. Puis je le place sur... Merde! Où j'ai encore mis mes feuilles?

Et le schéma se reproduit assez fréquemment, quasi-automatiquement, comme si tout était fait pour qu'une frayeur précède le plaisir, comme s'il fallait absolument qu'on nous titille les nerfs avant que l'on nous permette de les apaiser!
Mais je dois dire qu'en la matière, je suis tout de même assez prévoyant, je pense à long terme, et je sauve ma peau à l'avance de manière anodine.
Car j'ai la chance d'avoir très tôt associé deux plaisirs apparemment éloignés au premier abord: le plaisir du livre, et celui de fumer. Lire et fumer sont souvent indissociables dans ma manière de fonctionner, et c'est pareil pour l'écriture. Si bien que régulièrement, je glisse abondamment de petites feuilles à rouler dans plusieurs de mes livres, afin d'être sûr de ne jamais en manquer. Je vis toujours comme un jeu l'activité qui consiste à retrouver une feuille parmi les livres. Je feuillette sans retenue, guidé par le hasard de ma main et de mes yeux portés sur un livre plutôt qu'un autre. Combien de feuilles trouvées entre les vers de Rimbaud et les rêves de Nerval? Combien dans mes livres de philo et dans les vieux livres ramassés dans les poubelles? Et combien, surtout, dans les pages des "Paradis artificiels" de Baudelaire, ou dans une vieille biographie de Stéf' de Monac' appartenue naguère à ma grand-mère ou à ma mère? Etrangement, je n'en ai jamais trouvé dans "Peter-Pan" ou "Le petit Prince". Est-ce inconsciemment volontaire?

Mine de rien, j'ai une feuille, et je m'excite à l'idée de rouler dans celle qui porte des empreintes de poésie, qui a absorbé un peu de l'âme du livre, ici en l'occurence "Les vagues" de Virginia Woolf.

La tête remplie d'images et de sons.

J'allume le briquet, au moment où la pluie se met à tomber. Je souffle le premier nuage de fumée, je rapproche le cendrier, tout cela toujours très méticuleusement. De manière "résonnée", vous y entendez le son du gaz qui s'échappe du briquet, de mes doigts tapotant sur la tige pour faire tomber la cendre, le bruit de ma respiration et des battements de mon coeur et mes tempes. Si je ne me sentais pas l'âme d'un Grand Tresses-Trouées, avec des plumes dans les cheveux, je m'en donnerais presque des airs de cow-boy, au maximum de sa virilité.
Lueur enfumée dans l'obscurité éphémère.
Une inspiration profonde me fait tanguer du coeur, et je souris en me disant que je fume des mots de Woolf, que je fume des vagues, que je fume le flux et le reflux des marées, des "îlots de lumière". Je fume un "bateau plein de jeunes hommes indolents, ignares et robustes", je fume "l'ennemi que nous voyons s'avancer vers nous", et je vois Perceval se former dans la fumée, l'âme incertaine.

Vu de la Lune, on verrait mon petit corps engouffré dans la nuit pleine, et auréolé d'un énorme rond de fumée.
Sur lequel danseraient des lettres...

"Les vagues déferlaient, reculaient puis déferlaient de nouveau, avec un bruit pareil au piétinement d'une bête énorme."

Et la bête, je l'avais dans la tête. L'esprit dans le vague.

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Vendredi 19 juin 2009
Un site à découvrir absolument!

Désordres

Le site des Désordres , du désordre, conçu de manière soigneusement anarchique, véritable labyrinthe surréaliste qui vous mène là où vous ne vous y attendez pas...

Ce site respire la générosité et la créativité de son auteur, de nombreux liens d' "invités" y sont proposés dans cet apparent désordre généralisé, entre bibliothèques de grands maîtres et jeux inspirés de Georges Pérec, galeries de photos, peintures et BD , et jeux de mémory.

Parmi les mille et une pépites semées ici et là, je tombe totalement par hasard -comment peut-il en être autrement?- sur une image qui me mène tout droit sur un site nouveau pour moi.
Et c'est mon deuxième coup de coeur: le site du Pianographique, dont je vous laisse la surprise ICI.


Deux grands coups de coeur donc, cela faisait longtemps que je n'avais pas découvert de nouveaux sites aussi passionnants...

Quelques aperçus des désordres de Philippe de Jonckheere:










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Dimanche 14 juin 2009





Photos Ecorchures: TOF'EnfantdeNovembre
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Samedi 13 juin 2009
Un souffle d'air déborde
aux abords de mon cadre
spatio-temporel***

Un parfum de déconvenue
dans l'ombre des angles obtus
c'est inhabituel***

Partager les oeufs d'Olympe
les oeufs de lymphe
tout près d'un feu Saint-Eslme
dis-moi je t'aime


La vie ça chute et ça grimpe
larve et puis nymphe
la vie c'est l'Hydre de Lerne
faite de cernes


Un vent frais se dépose
comme la rosée sur la rose
la mine déboulonnaire***

Un voile de brume
se mélange à l'écume
de mon atrabilaire***

Mon transit intestinal
en guise de transistor
sans le moindre effort

L'amour a besoin d'âme
temps de mettre un terme
à l'isotherme


La vie c'est l'Hydre de Lerne
faite de cernes

Mon atrabilaire
est zébulon d'air.



Terra melancholia,
aqua phlegma,
aer sanguis,
cholera ignis


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Jeudi 21 mai 2009
Il était une fois
un concentré d'énormités
Nous n'irons plus aux bois
les lauriers sont coupés...
C'est la faute à la crise!

Mai gelé par le froid
des corps mal réchauffés
Du néant à nos pourquois
du mal à communiquer...
C'est la faute à la crise!

Il était une nuit
un silence qui pose question
Mon ode à l'insomnie
doute sur la notion d'nation...
C'est la faute à la crise!

Forcés à être assis
des huîtres en érection
La Lune a fort vieilli
à l'aube d'une explosion...
C'est la faute à la crise!

J'ai paumé mon bouchon
et ma plume est à sec
On m'a pris pour un con
j'suis nul en prise de bec...
C'est la faute à la crise!

J'suis con à ma façon
le jouer, ça, c'est le nec!
Des sourires en promotion
non, on prend plus les chèques...
C'est la faute à la crise!

Ma face face au miroir
j'ai pas rajeuni d'âge
Un voile sur la mémoire
du flou en héritage...
C'est la faute à la crise!

Chérie, on sort ce soir?
non, j'ai plus d' maquillage
Errants des bords de Loire
être un pas dans vos voyages
C'est mon arme anti-crise!

Allongé dans l'ivresse
rongée par les cafards
A l'aise dans ma paresse
à fumer des pétards...
Ca c'est grâce à la crise!

J'trouve plus mon Herman Hesse
ce livre était si rare
Veux-tu qu'j'te montre mes fesses
qu'on réinvente l'histoire
Et qu'on se fasse la bise?

Et qu'on se fasse la bise...

Des trous dans mon Oedipe
complexe de la chaussette
Le plaisir de la Pipe
réservé aux poètes?
C'est la faute à la crise!

Moi dans la bergerie
les loups sont mes amis
Relents d'une crise d'ado
recherche ma Dolto...
Vous avez dit "crise"?

D'élites délétères
déliter mes délits
Ici, dieu qu'ça manque d'air
ça manque d'harmonie...
C'est la faute à la crise!

J'porte un regard cyclique
sur l'anatomie du bourdon
Pour bling-bling et sa clique
y'avait qu'une solution:
Faire remonter la crise!

J'sais plus faire mes lacets
t'façon j'suis d'jà tombé
J'aime pas les indiscrets
ni leur sourire de vierge effarouchée...
Moi aussi, j'fais ma crise!

La nuit tous les chagrins sont gris
car tous les chats ont fui
J'me sens comme un clou rouillé
comme un sourire mouillé...
C'est la faute à la crise!

Transi à trop saigner
mon ode aux écorchés
J'suis l'Cavalier à bulles
L'homme à la Mandibule...
Fragonard pique sa crise!

Les mômes ont le coeur gros
autant qu'les vieux puceaux
Des porcs aux auréoles
la grippe qui nous isole...
Histoire d'faire oublier la crise!

Moi j'adore la musique
autant qu'le son d'vos voix
Alors vos MP3
façon d'se faire la nique
Moi ça m'provoque des crises!

Ah oui, j'allais oublier
d'vous dire que je vous aime
Pas besoin d'me forcer
ça coule dans mes veines...
Elle est pas belle, la crise?

Elle est pas belle, la crise?

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Samedi 16 mai 2009



Extrait du Plum'Mag 5 du Plum'ArT "La splendeur de l'empoiSSonnement" - Mai 2009
Rédac'chef: Hosannam et Vernon Zola

A lire ici: Mag 5
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