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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


épars

Publié par EnfantdeNovembre sur 5 Novembre 2017, 15:26pm

Catégories : #épars

épars

(boule au bide et bile en bad)

 

… pour D.

 »Avant nous, les heures étaient élastiques. »

Timothée de Fombelle, Neverland, 2017

Bon, OK, tu es parti, et cette fois pour de bon. OK, ça fait dix jours que je chiale comme un nougat, dont cinq à me foutre en plus des grosses claques tellement je me sens con d’avoir cru que…, d’être encore là, ici-bas, avec un cœur qui bat quand le tien… OK, c’est ta décision et non ton ‘’choix’’ ! OK, me voilà à me plaindre depuis des jours, avec le cœur lourd et la boule au bide, la bile en bad, sans savoir comment exprimer cette putain d’étrange sensation que je n’avais encore jamais ressentie. Un ami m’a parlé de ‘’sacré bordel émotionnel, le cœur et l’esprit comme dans une lessiveuse à fleur de peau.’’ On y est ! Paumé dans un désarroi, j’y côtoie la colère, la tristesse et la culpabilité, le tout enveloppé dans une brume de mélancolie qui m’éreinte et me déroute. Schéma somme toute classique du deuil, il paraît.

Je revois le corbeau venu frapper contre la vitre de ma chambre avant de se poser dans l’arbre juste en face. C’était quelques jours avant… Il voulait me prévenir. C’était à moi de l’écouter. A moi de t’écrire, de t’appeler, de te voir et te sortir de tout ce merdier !

Au lieu d’un geste définitif, tu aurais été accueilli comme un dieu dans mon humble temple à loyer modéré, où nous aurions voyagé dans le temps, refait le monde, imaginé d’incongrus horizons ! …

J’ai plein de questions en suspens, de choses à te dire, à te montrer, un livre à t’offrir. D’autres lieux où t’emmener, avec nos souvenirs communs en toile de fond…

T’emmener à Concarneau, dont tu es amoureux.

Aller te voir jouer au théâtre, que tu désirais reprendre.

Tu as éteint la lumière, autorise-moi à garder allumée cette bougie qui éclaire ces mots que je tente d’aligner, au bout de cette main qui tremble…

Tout tremble.

Mon corps-plume pèse deux tonnes, un vrai poids lourd ! Les réveils sont laborieux, je lutte pour sortir de sous ma couette. Je travaille mais l’esprit sans cesse occupé à d’autres ailleurs. J’ai des phases contradictoires et le monde qui m’entoure est agressif, froid, sans toi -mais j’y décèle d’autant mieux les bonnes ondes et d’où elles viennent…

Mon médecin chinois acupuncteur va avoir du taf, quand je vais le revoir. J’attends beaucoup de cette séance à venir. Il m’est déjà arrivé de somnoler et de me sentir partir lors de certaines séances, le corps en rééquilibrage sous les effets des aiguilles et de la musique de fond. J’ai déjà entendu des voix, mon médecin m’a même parlé par télépathie alors qu’il était dans une pièce à côté ! J’te jure !

J’ai pas eu le temps de t’en parler, je voulais t’emmener chez lui, entre deux balades dans nos lieux préférés. Pas eu le temps de te parler de nos projets communs que je commençais à nourrir. Pas eu le temps de prolonger nos idées, nos folies, pour en faire un trésor… Pas eu le temps de te parler de mes nièces. De mes lectures du moment, du livre d’une écrivaine chamane dont je t’ai déjà parlé, t’inviter à nous intéresser ensemble à cette pratique qui me fascine. Tu adorais les extraits d’un de ses romans que je t’envoyais par sms. On échangeait nos ressentis…

Je fais quoi, maintenant ?

J’essaie de commencer à négocier avec la vie, après la brève idée stupide de venir te rejoindre. Pourquoi aller te rejoindre, puisque je sens bien que c’est toi qui ne nous quittes pas ?!

Tu m’habites.

Depuis quelques mois je guettais avec appréhension une radio de prévention. L’anesthésie générale, ce grand trou noir, m’inquiétait. Depuis, je me suis dit qu’il se passerait là-bas, dans cet ailleurs anesthésié, quelque chose d’important. Le seul truc que je sais, c’est que je me suis réveillé euphorique et en pleine forme, me suis mis à parler à mes voisins patients… qui dormaient encore.

Et l’autre soir, une amie m’a fait la rejoindre à Trentemoult, après le boulot. Évidemment, je me suis perdu dans les rues colorées de ce village de pêcheurs, où les murs sont tagués à l’effigie de la paix et de tous les enfants du monde. J’ai finalement retrouvé mon amie devant un resto de bord de Loire, nous avons parlé, ri, pleuré. Nous nous sommes enivrés, elle d’un cocktail sans alcool parce que dans trois mois elle donne la vie, et moi de deux cocktails à base de gin. Et dans l’ivresse, je t’ai senti, mon frère, la partager avec moi, avec nous. Quand je buvais cette potion, tu la buvais aussi…

Paradoxalement, dans cette grande absence définitive, tu es Omniprésent.

Tu es dans mon esprit, tu es dans mes yeux. Tu es dans mes gestes, dans mes sourires. Dans chacun de mes pas, dans ce qui fait tenir encore mes semelles déchirées.

Tu es dans chaque goutte de pluie qui m’arrose, dans chaque souffle du vent. Tu es dans le bruissement des feuilles, tu es dans le battement d’aile de la mouette qui vole au-dessus de moi, dans celui du corbeau qui a la couleur de tes cheveux.

Tu es dans une éclaircie entre deux tempêtes, dans un silence entre deux rires, deux sanglots…

Tu es dans mes pensées, dans mes petites voix intérieures avant de m’endormir, celles qui par leur chant recousent ce que les cris des Méduses déchirent en moi.

Tu es dans mes rêves, dans mes sursauts.

Tu es dans nos lieux préférés, tu es à l’endroit-même de notre dernière photo -dernier selfie à Duchesse Anne-, de notre dernière bise, notre dernière clope, trois jours avant ce putain de premier tour de présidentielle !

Tu es dans le fil de notre correspondance par mails, où je continue de t’écrire et de répondre à tes silences ; vu de l’extérieur, cela pourrait ressembler désormais à un monologue, ou à la folie d’un homme dont on croit qu’il parle seul.

Tu es dans mes larmes chaudes qui semblent infinies et maquillent mon visage, renforcent mes cernes. Tu es dans mes cernes, dans le reflet du miroir.

Dans mes yeux ouverts, sur la rétine. Dans mes yeux fermés, entre les phosphènes.

Tu es dans les mots que j’écris, dans les murmures que je t’adresse.

Tu es dans la rosée des aurores, tu es dans le ciel étoilé. Tu es dans la source qui m’abreuve, dans l’eau que je bois. Tu es dans la vague et dans l’écume, dans le flux et le reflux, dans le rayon de soleil qui me réchauffe de la peau jusqu’aux entrailles, dans le vent du soir qui me procure un frisson.

Tu es dans mes frissons. Dans mes souffles et mes essoufflements.

Dans mes ivresses, dans mes désirs. Dans mes étreintes et dans mes quintes.

Dans la flamme de ma bougie, dans la suie et le diamant.

Tu es dans la poudre dorée des papillons d’automne qui effleurent l’âme.

Tu es dans l’écorce des arbres et dans l’humus vital, dans le pollen qu’embrassent les abeilles.

Tu es dans un jardin fertile où tu m’attends, peuplé de roses, de sages et d’enfants.

Tu es au cœur du cœur de mon être, de celui de ceux qui t’aiment. Au cœur du monde et du cosmos où, de toute évidence, nous sommes reliés.

Tu es partout en moi, et partout hors-de-moi.

Je te guette, quand tu me sens.

Quelqu’un de précieux, l’autre jour, a débloqué quelque chose par le seul pouvoir magique des mots quand ils sont justes : ‘’Ne culpabilise pas, c’est toxique et inutile, ce qui est fait est fait, on ne rebâtit pas le passé. Tout est enseignement…’’ Alors, j’ai pu tenter de rassembler mes pensées éparses.

Tout est enseignement. J’ai à apprendre, entre autres, à être mieux attentif aux signes, aux coïncidences exagérées, pour reprendre le titre d’une autobiographie de Hubert Haddad sortie dans la période-même où nous avons repris à tisser le lien. La quatrième de couverture dit : ‘’C’était un 17 septembre, à Paris. Hubert Haddad avait vingt ans. Debout sur le rebord de sa fenêtre, au quatrième étage d’un immeuble de la rue Pastourelle, complètement nu, il allait se jeter dans le vide. Un jeune homme est entré par hasard juste à ce moment-là, un ami. Il est allé vers lui, et, à la manière d’un ange, il a su trouver des mots simples pour le détourner de ce geste qui lui aurait été fatal. »

C’était un 18 septembre. Tu avais vingt-deux ans, et le pauvre diable que je suis aurait quand même, pour une fois, voulu être un ange…

 

 

l’ampu-T’

 

  • merci à A., Claire, Eno&Sha, Isabelle, J.G, JM, Kaloup, K-ro, M., Patrick, Sophie,
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