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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


ROMAN CHORALE - Chapitre 7: VOUS REVOIR

Publié par EnfantdeNovembre sur 2 Mai 2015, 13:26pm

ROMAN CHORALE - Chapitre 7: VOUS REVOIR

» N., le 12 janvier 2014

Chère amie,

J’étais ce matin occupé à distiller quelque gouttes de teinture-mère d’échinacée lorsqu’une sorte d’alarme intérieure a rappelé à mon bon souvenir l’existence de ma boîte mail. Il faut dire que depuis quelques jours, les bonnes nouvelles sont rares ainsi que m’est perdue l’envie de découvrir les surprises du jour. Il en va de même pour ma boîte aux lettres postales, qui malgré tout parfois me gratifie d’une missive que l’on dirait venue d’un autre temps. Missive secrète que sécrète l’autre dans l’intimité de ses lieux, à la lumière tamisée portée à notre intention. Cette fois-ci, quoi hormis les ads allait attirer mon attention ? Peut-être avais-je reçu une nouvelle extraordinaire, un truc fou qui casserait la petite monotonie à laquelle superbement je m’accroche ! J’ai souri de cette pulsion de rêve venant bondir au sein de mes pensées vagues. A peine eus-je tapé le mot de passe qu’on frappa à la porte. Un colis me fut remis par un jeune livreur dont il me fut impossible de voir les yeux, ni même quasiment, d’entendre la voix. Je dois dire que la timidité m’intimide, et je restais dix bonnes longues minutes, assis le carton dans les mains, à enchaîner des questionnements sur cet inconnu à peine entraperçu. Je délaissai l’emballage au profit d’une feuille et d’un stylo.

Demeurant une bonne heure à esquisser des mots et des considérations floues, des points et des biffures, je sentis en moi comme un froid qu’il fallait dissiper. Un massage à l’huile d’olive s’imposait, avant une douche énergétique. En sortant de la salle de bain, le froid en moi comme les nuages dans le ciel s’étaient éparpillés, laissant s’inviter sur celle de mon corps la chaleur du soleil. Comme sous un jour nouveau, je me sentais disposé à de nouvelles ouvertures…

Je me suis embarqué dans d’improbables contrées, pas plus loin qu’à deux pas de chez moi.

Ce n’est qu’en rentrant que je me suis décidé à ouvrir le colis, comportant divers produits pour mon chat. Je les avais oubliés ! J’ai repensé à ma discussion plus tôt dans la journée avec l’ami, sur un voyage imaginaire dans le Colorado. Cette folle idée me fit me jeter sur le lit, à côté duquel trônait religieusement l’ordinateur en veille. C’est alors que j’ai consulté mes mails…

Inutile de vous décrire mon état pétri de mille contradictions à l’issue de la lecture de votre mail. Les bons hasards de la vie nous guident, me dis-je, et j’achève à l’instant l’achat de mon billet d’avion sur lecielpascherdutout.fr.

Mon escale à Paris me permettra d’entrevoir en clin d’œil tout un pan de ma vie, avant de m’envoler pour Détroit dont je ne sais rien, sinon qu’il est devenu le nom d’un groupe de musique, et où en à peine trois heures, j’y déposerai mes premiers pas.

Avant de vous revoir…
TIC-TAC
»

Vautré dans un vieux fauteuil du 18ème étage d’un cabinet de dentiste situé dans la tour David Broderick, je relisais machinalement sur mon portable ce mail envoyé la veille à celle qui jugea bon de me convier au projet qui la motivait. À ma surprise, elle n’avait pas répondu, ce qui me permit de perdurer dans un état de doute dont la part d’excitation savait avec brio briser mon ennui inné. Je ne savais pas grand chose du projet, si ce n’est que mon penchant pour la solitude allait en prendre un coup… ou pas.

En rangeant l’ordinateur dans mon petit sac de voyage en toile de chanvre, je réalisai avoir égaré l’adresse de la maison où j’allais devoir co-habiter. Je pourrai toujours présenter la photo aux habitants que je croiserai, pensais-je. Pour l’heure, j’avais décidé d’aller attendre le premier venu en contemplant la pièce intemporelle du Théâtre des artistes unis. C’est au cœur de ce lieu de ruines majestueuses que je sentis, alors que j’entrai à peine en état de transe, vibrer mon portable. Troublé encore par le silence retentissant du lieu qui m’habitait, je sursautai à la voix haut perchée d’une dame qui m’avertit que j’étais d’urgence attendu je ne sais où, je distinguais très mal ce qu’elle me disait, en raison d’interférences et d’un faible réseau.

– Allo ? Monsieur Child ? Ici Mme Bates ! Non, pas Gates… Bates !
– Qui êtes-vous ? Que se passe-t-il ? Qui m’attend, et où ? Allo ?… Mme Best ?

Inutile d’insister, je raccrochai dans l’espoir de retrouver le calme dans lequel juste avant je m’étais engouffré. Mille et un tableaux très vite se mirent à défiler sous mes yeux désaxés, comme autant d’hallucinations spectrales et spectaculaires, laissant à mon imaginaire le soin de tisser les trames, à moins qu’il ne s’agît de scènes réelles passées en pleine résurgence. J’assistais ainsi, tour à tour, à l’élaboration d’un requiem par un orchestre symphonique tout d’or et de paillettes, à un concert commun de Marvin Gaye et Iggy Pop réincarné en iguane idoine, à une scène romantique au bord d’un lac entre deux âmes oubliées, à une apocalypse dont le chaos révèlait les trésors enfouis et étincelants, avant que l’ensemble de ces scènes ne se mette à se mélanger dans un tourbillon d’époques et d’imageries diverses aptes à m’étourdir jusqu’à la lie. Le retour au réel fut éprouvant lorsque, dans un sursaut brutal, je vis s’avancer vers moi cinq agents de la NSA chargés par notre amie hôte de me géolocaliser et me ramener à la maison. Ça commençait bien…

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