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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


ROMAN CHORALE - Chap.67 : BAD DADDY

Publié par EnfantdeNovembre sur 2 Mai 2015, 14:08pm

ROMAN CHORALE - Chap.67 : BAD DADDY

19 avril 2014

Majestueusement perché sur sa bécane hors-norme, fendant le brouillard par une chevauchée fulgurante, Bad Daddy traverse Pilgrim Village, muni d’une lanterne et d’un habit de cow-boy peu commun : les guêtres émaillées de cachemire cheminent vers une culotte de soie enveloppée d’un pantacourt en lin, dans un enchevêtrement de tissus et de trouvailles stylistiques qu’on penserait être le résultat d’un cadavre exquis vestimentaire. Des lanières recouvrent partiellement de son buste jusqu’à ses genoux épargnés de justesse par des bottines fort montantes que le fer rend fortes, tandis que les retombées voilées d’une colerette gothique caressent les robustes épaules au rythme du vent. Une plume ornemente son chapeau cloche. Son grenier est une forteresse imprenable. Tout à coup ébloui par un horizon ensoleillé, il stoppe net, appelant Daisy Litre à cesser son galop. La moto, bien que très caractérielle, est dévouée toute entière aux desideratas du cavalier. » Qui ne l’est pas ? », interroge-t-il ironiquement. Debout, posé contre un chêne des plus robustes, il se roule un pétard d’une plante inattendue, et le regard fixé vers le sommet où se rejoignent les perspectives magiques des cathédrales végétales qui l’abritent, l’entraîne dans une suite de réflexions toujours en chantier. Pilgrim Village lui plaît bien, et entreprend d’en faire le tour. Les habitants qui le croisent le regardent d’un œil sceptique ; un cow-boy en pleine traversée du désert ne s’arrête jamais en ville par hasard… surtout ici !

Bad Daddy hume des couleurs et des humeurs de fête. Malgré l’étonnement qu’il suscite sur son passage, il ne trouve à son égard aucun geste d’animosité apparente ni agressivité. Une certaine paix de l’esprit semble habiter cet endroit symbolique des fêtes mémorables de Thanksgiving, même si plane l’Histoire : les pèlerins arrivant dans le Nouveau Monde en plein hiver, peinant à se nourrir et à se loger, les autochtones appelés Wampanoag ou » peuples de l’Est » vivant déjà dans la région Massachusetts Bay et partageant leurs connaissances des cultures locales et de la navigation, les colons étendant leurs pouvoirs… Bad Daddy s’arrête dans un café où tourne en boucle » Wang Dang Sweet Poontang » de l’oncle Ted.

- Bien l’bonjour, Madame. Je souhaiterais utiliser votre appareil, là-bas.

- Le téléphone ? Et vous avez d’quoi débourser ?

- En la nature qui vous plaira, chère Madame, il va sans dire, répondit le cow-boy en s’inclinant.

- C’est bon, mais pas plus de trois minutes !

- Quelle drôle d’idée ! Et pourquoi 3 ?

- C’est la règle.

- Oh je vois… Et bien soyez sans crainte, belle enfant, je me soumettrai à la règle puisqu’il en est ainsi.

Tandis que Bad Daddy cherche un papier dans sa veste, la dame au comptoir siffle trois fois. C’est alors que rapplique un chauve aux épaules démesurées, toute ouïe.

- Surveille moi le, j’ai quelque chose à aller chercher. Le quitte pas des yeux, il est pas clair…

- Bien, Madame.

Au téléphone, Bad Daddy salue celui qui, au regard de la familiarité adoptée, doit être un vieil ami. Il le prévient du léger retard qu’il pourrait avoir.

- Mais n’aie crainte, je serai là très bientôt… Je nous suis promis de mener ce duel et de le gagner, et je tiendrai parole… En outre, je ne repartirai pas avant d’avoir trouvé ce que je cherche. A très vite, l’ami !

En raccrochant, il rassure la matrone :

- Et voilà, la règle est plus que respectée ; moins d’une min’… Mais… que se passe-t-il ici ?

La matrone tenant un fusil pointé vers lui, exige son portefeuille.

- Allons bon, vous n’avez rien trouvé de mieux ? Me croyez-vous si possédant pour ainsi m’accabler d’une telle gémonie ? Voyons, baissez votre arme et discutons autour de votre meilleur scotch…

- Assez, l’baratin ! La ferme ! Qui t’es toi, pour appeler la grande Melinda »belle enfant » ? Personne ici ne m’cause comme ça, c’est pigé ? Du reste, c’est pas tes avoirs que j’veux voir, mais tes papiers. Des hommes sont recherchés, par ici…

- Hahahaha ! Mes papiers ? Et hormis votre menace armée, avez-vous un justificatif donnant légitimité à votre exigence ? Ecoutez, n’y voyez pas d’inconvénients, mais je suis dans l’obligation de me retirer, tout en vous remerciant pour le service rendu.

Et Bad Daddy lance une pièce à Melinda tout en se tournant vers la sortie.

- Un pas de plus, et t’es dead !

Dans un enchaînement de gestes venant déstabiliser l’agresseur, et au plus fort de la chanson de Ted Nugent, Bad Daddy atteint sa moto qu’il monte, la cape au vent, et reprend son galop majestueux à deux roues sous les yeux éberlués des passants.

Il s’arrête un peu plus loin, témoin d’une scène peu plaisante à voir.

Bad Daddy se voit se faire prendre à parti par une jeune femme en souffrance face aux mises à l’index d’une bande de harpies au regard exulté. S’il a pu autrefois se faufiler et échapper à ce genre de situations au-dessus desquelles il se croyait, cette fois-ci il se redresse et, la tête haute, interpelle la meute.

- Vous, qui importunez les honnêtes gens, que comptez-vous faire de votre hargne au moment où les chacals viendront poursuivre l’oeuvre destructrice en cours dans votre village ? Où en êtes-vous de vos amertumes et de vos ressentiments à l’égard de ceux qui vous pillent ? Cette jeune femme est-elle le noyau des souffrances que vous dites endurer ? Vous vous trompez d’ennemi. Un peu de bon sens, Mesdames, et écoutez Bad Daddy vous dire ceci : là où femme qui pleure, grand malheur ! Allez, ouste !

Pensant réussir ainsi à éloigner la meute, il se fait surprendre dans son amour-propre lorsque celle qui semble être le leader l’interpelle et rétorque :

- Pauvre inconnu, d’où venez-vous avec votre morale à deux sous ? Que connaissez-vous de nos motivations ? Rien, si je ne m’abuse, et je ne m’abuse ! Déguerpissez et ne vous mêlez plus des affaires sérieuses.

Et Bad Daddy se retourne de nouveau, cette fois en offrant son bras d’équerre à la belle chanceuse qui le lui saisit. Le couple repart sous les yeux féroces des harpies.

Retirés près d’une mare à têtards, Bad Daddy et la jeune inconnue n’échangent que peu de mots, se contentant de partager quelques regards dirigés sur les ondulations chromatiques de la mare qui semble vibrer d’une vie aquatique très active.

- Merci, lâche-t-elle d’un ton presque inaudible… Où allez-vous ?

- A Détroit. Une mission à accomplir…

- Vous participez aux finales SX450 et SX250 ?, s’enflamme la jeune timide tout à coup enjouée comme une petite fille.

- Plaît-il ?

- Vous participez au supercross de Détroit ? Je rêverais d’y aller ! J’suis fan de Ryan Villopoto ! Il a une moto, mais un truc… pfff, y’a pas d’mots ! Mais la vôtre est stylée aussi ! C’est quoi comm’ marque ?

- Ma Daisy Litre n’a pas de marque. Son nom est sa seule marque, sans compter celle de mon affection que je lui témoigne…

- Vous, les motards, z’êtes trop poétiques ! Mais comment participer au supercross sans marque ?

- Mais je ne participe à aucun motocross ou quelque autre concours grotesque que ce soit ! Je vais à Détroit pour y trouver une plante rare que je cherche… et accessoirement y retrouver mon fils… Mais et vous, pourquoi pleuriez-vous tout à l’heure ? Que vous voulaient ces femmes ?

L’inconnue de nouveau plonge dans un silence de marbre. Bad Daddy garde silence en guise d’excuse. Puis l’inconnue de nouveau s’exalte :

- Emmenez-moi au motocross ! S’il vous plaît…

- Ceci n’est pas dans mes intentions. Désolé.

- Pourquoi ça ?

- J’ai quelque urgence. Et je vous ai dit, je dois revoir mon fils…

- Mais ça n’est pas très grave, ça.

- Je ne vous permets pas !

- Vous avez dit vous-même que ce n’est qu’un accessoire.

- Bon, écoute, j’te conduis jusqu’ aux alentours de Delray… Et on s’quitte là !J’peux pas m’ permettre de m’ pointer avec une donzelle face à un fils pas revu depuis des vies… Cela me coûte, sache-le !

Sans prêter attention à la relative ironie de Bad Daddy, la jeune inconnue qu’il décide d’appeler la Blue Inconnue parce qu’elle ne veut pas dire son nom, ne lui offrant à la place qu’une paire de grands yeux bleus énigmatiques, enjambe l’engin sans se laisser impressionner.

- En avant Daisy Litre ! En route pour le rallye ! Au fait, à part Bad Daddy, comment vous appelez-vous ?

- Je m’appelle Bad Daddy, et le reste on s’en fout…

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