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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


ROMAN CHORALE - Chap.49 : THEY HAVE ALWAYS BEEN HERE

Publié par EnfantdeNovembre sur 2 Mai 2015, 13:54pm

Photo : Franstisek Drtikol, Femme crucifiée, épreuve sur papier aux sels d’argent, 1913

Photo : Franstisek Drtikol, Femme crucifiée, épreuve sur papier aux sels d’argent, 1913

25 mars 2014

Parallèlement aux événements de Berlin, des bûchers sont allumés depuis quelques jours dans certaines universités allemandes. En ce 17 mai 1933, un autodafé à celle de Heidelberg est signalé. De grands professeurs arborant la robe universitaire se joignent aux associations d’étudiants, à la police et aux pompiers pour y assister. Le brasier enfume le printemps auquel il donne des allures d’un hiver de chaos.

Tout près de la marktplatz où trône l’église du Saint-Esprit.

Au terme de plusieurs heures à endurer l’agonie, sa mère donne vie à la petite Marina sans même avoir pu voir son visage, ni encore moins vérifier qui du père ou de la mère a transmis à la progéniture les traits les plus prononcés : elle succombe à son accouchement effectué dans la plus implacable solitude. Ce n’est qu’un peu plus tard dans la soirée que le poupon est découvert, abandonné au milieu d’un grand lit et relié encore au corps inanimé de la mère, épuisé par des pleurs de nouveau-né que nul protecteur ne peut venir satisfaire. Ce long et terrible cri de vie sans réponse aurait pu aisément plonger la petite dans un désespoir sans fin qui se gonflerait au fil des ans comme une bulle qu’aucune ombre ne réussirait à percer. Mais à l’occasion d’un exil forcé aux US, et sous la protection de M. et Mme Heiß, couple d’artistes allemands réputés et menacés par l’oppression nazie pour cause d’oeuvre »subversive », Marina découvre les joies subtiles du violon, lequel lui offrira une issue, demeurera sa passion et deviendra son métier.

Elle ne savait que très peu de choses sur sa mère naturelle. Ses parents adoptifs, qui lui ont offert ce doux prénom de Marina et leur nom porté par la notoriété, Heiß, la lumière, n’en savaient pas davantage, sinon que celle qui lui a donné naissance avait des origines amérindiennes lointaines – en tout cas selon les dires de ses voisins d’alors, une population brisée par les propagandes du moment et méfiante vis-à-vis de cette femme seule prise pour une sorcière. De sa présence en Allemagne dans les années 30, de ses activités, de l’homme qui lui fit cette enfant, et jusqu’à son identité, tout reste mystérieux, pour ne pas dire inexistant. Marina revient en Allemagne après la guerre, où elle connaît un parcours musical éclectique fait de reconnaissances et de déserts chaotiques, avant de rencontrer ce mécène américain qui l’épousera et l’emmènera avec lui à Détroit, où il possède une maison à la réputation sulfureuse. Sa vie sera faite d’allers et retours entre l’Allemagne et l’Amérique.

Son existence en cette demeure se ternit au fil des années, et où chaque jour un peu plus la maintient dans un carcan conjugal et un refoulement progressif de ses propres désirs. Sa vie ne se résume plus qu’à servir la réussite masculine d’un homme avec lequel elle ne partage rien de plus qu’un lit commun ; elle se voit promise à un futur sans avenir. Ce n’est que lorsque Monsieur apprend sa terrible maladie, qu’elle-même ignorait jusqu’alors parce qu’aucun symptôme ne s’était encore manifesté, qu’il consent à lâcher prise dans ses ambitions prédatrices de mâle dominant pour accorder un début d’attention à sa femme. Mais il est trop tard, du moins peut-on le croire : Marina est une fleur rare se fanant au soleil et devenant une plante d’ombrages que jamais la lumière quelle qu’elle soit ne doit venir effleurer. Une Heiß sans lumière, c’est comme une peau de raisin sans son raisin, comme un LA sans son SI, comme un violon sans ses cordes.

Pourtant, c’est dans un authentique sentiment d’amour que le mécène entreprend de fabriquer le cocon idéal qui permettra à son épouse à la peau de raisin de s’épanouir avec un minimum de souffrances et une ouverture à de nouveaux rêves possibles. Une antichambre lui est construite, à l’écart des pièces de vie, tout au bout du couloir. C’est dans ce lieu exigu que Marina Heiß, gagnée par une calvitie en forme de rond imbHerbe, terminera ses jours, au son de ses propres symphonies, à l’ombre des tumultes du monde, et pourtant plus que jamais en leur cœur…

La réputation de la maison est aggravée par les étranges phénomènes qui succèdent à la mort de Marina ; son mari, lui, s’est déjà fait la belle, délaissant du même coup la voisine d’en face qui était son amante, Mrs Bates. Seul l’entourage géographique proche devient le témoin de ces manifestations dont on ne sait s’il faut les qualifier de merveilleuses ou d’horrifiques. Tout un quartier de la ville se croit longtemps en proie à des hallucinations auditives et visuelles sans jamais oser les réveler ni en savoir quoi que ce soit de la substance. Mais il est certain aux yeux de tous que la présence de la violoniste hante les environs, jusqu’au secret des lieux les plus intimes.

Aussi, lorsque dans le cœur-même de l’église Sainte-Anne, Mrs Bates et son fils se retrouvent à deux pas de deux des actuels occupants de la maison prétendument maudite, une lueur diffuse les intrigue avant de s’intensifier au point de les éblouir. Émanant de l’autel, la lumière s’insinue à travers le rideau du confessionnal, où les deux planqués blêmissent à l’idée d’être vus. Un son confus de violon plane dans l’air, et ce n’est que lorsque la lumière s’affaiblit peu à peu que la mère Bates, ensuquée, aperçoit une silhouette familière, celle d’une femme qui le long de la croix a pris la place de Jésus. Elle y reconnaît Marina, tandis que Paul, qui tente un coup d’oeil vers le tableau de l’instant, suffoque d’effroi en croyant, pour d’autres raisons, y reconnaître Marnie…

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