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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


ROMAN CHORALE - Chap.38 : CUISINES ET DISCORDANCES

Publié par EnfantdeNovembre sur 2 Mai 2015, 13:49pm

ROMAN CHORALE - Chap.38 : CUISINES ET DISCORDANCES

3 mars 2014

Dans une nuit poudrée d’un blanc immaculé, le quartier semblait, ce soir-là, avoir renoué avec les heures paisibles qu’il put connaître parfois. Derrière la fenêtre du salon, les deux chats enlacés semblaient assez fiers de montrer à quelque invisible passant leurs affinités réciproques tandis que derrière celle de la cuisine, une silhouette allait et venait, celle de Marinette s’affairant à la préparation d’une pièce montée dont elle avait le secret ; elle comptait bien régaler ses amis de son savoir-faire en matière de pâtisseries. Le plat, Slévich s’en chargeait, tenant à faire découvrir à ses amis quelques spécialités asiatiques dont lui et sa jeune amie raffolaient. Mais les deux tourtereaux n’étaient toujours pas revenus de leurs amplettes, ce qui inquiétait fortement Delphine, laquelle contemplait la grande tablée du salon qu’elle avait décorée selon ses goûts personnels : de multiples motifs d’oursons et autres créatures attendrissantes occupaient l’étendue de la nappe. Elle en était assez contente, de ses pochoirs. Mais l’absence de Slévich la préoccupait et elle en fit part à sa sœur, ne cessant de faire intrusion dans la cuisine.

- Ah mais y’a basta, maintenant ! Tâche de respecter la frontière, ici est un champ de batailles qu’on ne peut impunément pénétrer ! Tu n’y as pas ta place !

- Mais c’est pas normal… On ne va quand même pas manger que des chouquettes…

- Cesse de t’angoisser… Va plutôt prévenir Child que j’ai besoin d’une de ses herbes miracles… s’il te plaît, ma sœur adorée…

Tout en assemblant deux chouquettes, Marinette se mit à sourire : cette ambiance très familiale la ramenait plusieurs années en arrière, lorsqu’elle et sa sœur se chamaillaient dans les pattes de leur mère occupée à ses fourneaux.

Le dîner était organisé en l’honneur de Marinette, bien sûr, mais aussi de Rose Nelson, qui n’avait pas été étrangère à sa libération. Elle devait d’ailleurs ne pas tarder, et serait peut-être là avant Slévich. C’est en tout cas ce que redoutait Delphine. Celle-ci surprit Child tentant de convoquer l’esprit d’une certaine Marina Heiß. Heiß évoquait la lumière, celle qu’il manquait dans l’antichambre, celle qu’il avait manqué à la violoniste autrefois, et signifiait brûlant. N’osant le déranger, elle se permit de piocher dans son sac une herbe qui conviendrait à sa soeur. »Ben celle-ci fera sûrement l’affaire… » En redescendant, passant par le salon, elle constata avec stupeur que les motifs ajoutés sur la nappe avaient disparu… »Mille milliards de mille canards, mes ours ont disparu ! »

Au retour de Slévich et Lolita, munis des provisions pour le repas, tous étaient là, réunis autour d’une Marinette resplendissante, un verre à la main. Paul porta un toast dithyrambique en son honneur. Les réjouissances allaient bientôt pouvoir commencer. Mais l’arrivée de Rose tardait, et l’impatience gagna au fil des heures les esprits. Il semblait même qu’au fur et à mesure de la soirée, sous l’influence d’une mauvaise herbe qu’avait pioché à l’aveugle Delphine dans le sac à dos de Child, et qui avait pour effet notoire de réveiller les démons de chacune et chacun, les protagonistes avaient fini par se laisser dominer par leur double respectif, de sorte que la jovialité se dissipât au profit d’un climat sombre fait de piques acerbes et de remontrances décrispées. Les deux félins l’avaient bien compris, décampant à travers une double-pirouette aussi bien effrayée que majestueuse…

Tandis qu’El Nino reprochait à Delphine d’avoir violé son intimité en yeutant sa fresque inachevée, Béa-Criss se mit à s’en prendre, de manière tout à fait irrationnelle, à Yanis, le soupçonnant publiquement de vouloir l’attirer dans son lit. Celui-ci n’eut le temps de ne rien répondre d’autre que des »Mais, je… » en guise de trémolos.

Dans la cuisine, Marnie confiait à Popaul ses doutes soudains sur Child/Nino.

- Child, c’est le scorpion tout craché…

- C’est-à-dire ?

- Mais c’est le pire des signes… Le pire !

Au salon, comme pour se venger des injustes remontrances d’El Nino, Delphine finit par ne plus suppporter celle qu’elle osa qualifier de pimbêche, ni cette manie qu’elle avait de laisser coi les quatre hommes béats d’admiration, et l’insulta de »petite allumeuse ». La nymphe mise à l’index, étendue sur un fauteuil, offrait il est vrai à la vue des messieurs un spectacle pour le moins alléchant.

- Non mais à chaque fois qu’elle se lève, y’a un blanc dans la conversation, c’est pas normal !

Slévich prit le partir d’en rire, fier qu’il était d’avoir trouvé la perle rare. Ce qui ne manqua pas de paraître aux yeux de l’insurgée comme une mauvaise provocation.

Bref, tous s’étripaient du mieux qu’ils le pouvaient, sans le vouloir vraiment, en attendant Rose, injoignable. L’entrée n’avait même pas été entamée, que déjà le soir déclinait pour s’enfoncer dans une nuit qui allait devoir s’imposer comme réparatrice.

Tandis que l’ambiance électrique était à son comble, et que Mrs Bates contemplait de dehors, cachée derrière la fenêtre servant d’écran, ce tableau magistral, son jeune fils observait à son tour sa mère de derrière la fenêtre de chez eux, tout en saisissant son téléphone.

- Hello, yes, I would like to speak to Dan Spencer… Hello Mr Spencer ? Here Bates, how are you ? Je pense avoir une idée pour votre nouveau projet d’acquisition… Oui, cette maison sera bientôt à vous, je n’en doute pas… Hahaha ! C’est trop d’honneur, Mr Spencer. À bientôt, Mr Spencer.

Depuis peu, le fils Bates, qui avait échappé aux griffes de Kaputch, côtoyait secrètement le monde de la finance, et avait rencontré l’un des requins les plus redoutables de la bulle financière mondiale, un Texan venu se forger un gros pactole sur le dos d’un Détroit fragile.

Le sourire machiavélique de l’impétrant fixant la maison d’en face semblait dire tout et son contraire… Au loin, sur la façade impalpable d’un horizon poudré de neige, le sourire de l’Indien avait quelque peu mué en une moue désolée.

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