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Enfant de Novembre

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Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


ROMAN CHORALE - Chap.18 : LA VOIE DU CHAT

Publié par EnfantdeNovembre sur 2 Mai 2015, 13:35pm

ROMAN CHORALE - Chap.18 : LA VOIE DU CHAT

2 Février 2014

Depuis le tragique événement, un sentiment d’effroi s’était emparé de tous les esprits. Si chacun s’était efforcé de rendre beau le moment des rencontres, que d’aucuns sauraient mieux décrire que moi, un climat angoissant planait et chacun avait sa manière de le gérer. Pour ma part, j’avais validé mon »choix » de l’antichambre comme lieu de vie, malgré la crise de claustrophobie partagée ici avec Mme Bates, avant que son homme de maison ne nous eût délivré.

Je demeurais enfermé dans cette petite pièce sans fenêtre mais dans laquelle je venais de remarquer la présence d’une petite fente au plafond, près d’un mur de l’autre côté duquel se trouvait le jardin, terre d’eden promise aux plus rares beautés végétales en croissance, devenu en un rien de temps l’objet maudit de toutes les supputations, une zone interdite suscitant chez certains les fantasmes les plus obscurs. Je regardais de temps à autre l’anomalie, entre deux occupations mineures. En vérité, je n’avais pas le courage de me lancer dans une investigation liée à cette pièce chargée d’histoire et de vibrations, et dont je me disais que son exploration était semblable à celle de l’univers. Pas le courage, non, et ainsi restais-je quasi-immobile, assis ou allongé sur ce lit aux ressorts aigüs, à ruminer et ruminer encore.

Effondré sur le lit, l’oeil rivé sur la porte entrouverte, une sensation que je connaissais bien entama son requiem ; une sensation jaillie des tréfonds de moi-même, comme si débordait de moi la suie de mon enfance… Une panique étrange s’empara de mon esprit, provoquant un torrent d’eaux que je ne pus contrôler: une synergie d’émotions diverses fit naître au bord de mes yeux un liquide chaud et salé que je n’avais plus goûté depuis des siècles; cette douloureuse et palpitante sensation entraînait aussi chez moi une soudaine montée d’hormones dont le flux pulsait jusqu’aux sommités de mon corps vulnérable, à commencer par mon sexe pris de convulsions et de tensions menant inévitablement à une éjaculation interminable; la vision navrante du néant qui s’ensuivait faisait cheminer en moi des idées noires, en forme d’arme à feu pendant entre mes cuisses comme un sexe mou, et qui ne faisait qu’à me pomper du sang. Les eaux noires de la peur, jaillies d’un désarroi, me noyèrent dans un ultime sentiment d’inutilité irréfutable. C’était presque pire qu’une peur d’enfant.

A chacune de mes interrogations répondait l’idée que je me faisais au départ de cette aventure, que j’imaginais riche en expériences littéraires et en délires collectifs. Après l’inondation, le temps d’éponger. Dans un élan d’optimisme, je me dis que cet objectif n’était pas périmé, que tout était encore possible. Foie de Child, la rate revivifiée, je tendis la colonne vertébrale et me mis à réfléchir à un plan d’action. Il fallait à la fois faire vite et prendre le temps de l’analyse, ce qui s’avérait loin d’être dans mes cordes. La priorité était de mettre de l’ordre dans mes idées et dans la maquette des pièges auxquels j’allais être forcément confronté. Je me surprenais de ce sens soudain du pragmatisme, sachant qu’au fond de moi, j’eus préféré consacrer mon temps solitaire à explorer l’antichambre et y rencontrer peut-être l’esprit de la violonniste à la peau de raisin… si ce n’était déjà fait. Car alors que j’essuyais la dernière larme séchée sur ma joue sujette à ses chatouilles, j’entendais encore le son de l’ouragan d’émotions tournoyantes, semblable à celui d’un violon…

Deux choses étaient déjà très claires à mes yeux : Marinette n’était pas coupable, et je devais redoubler de vigilance dans mes faits et gestes eu égard Mme Bates que je jaugeais un brin accaparante. Une telle omniprésence ne pouvait que dissimuler des non-dits dérangeants. Cependant, elle avait la langue bien pendue et il me suffirait d’y adapter mon oreille. Puis j’avais dans mon sac quelque remède contre le silence, au cas où…

Sur le chemin allant de l’antichambre à la cuisine, j’aperçus la silhouette du chat de Marinette surgir au bout du couloir, nimbé de la lumière d’un soleil éblouissant, pour aussitôt disparaître. Sans doute devait-il mener son enquête ; peut-être était-il la voie à suivre… D’ailleurs, il me semblait comprendre son invitation à emprunter ses pas. J’abandonnai mon idée d’aller grignoter, et suivais le félin à la queue cerf-volant.

Je croisai Béatrice et son ami Yanis, dont la barbe différait de celle de Roger par son minutieux entretien et le fait d’être attachée par un élastique. Je les mis au fait de la situation en guise de bienvenue, ce qui les fit me quitter très vite. Le chat m’attendait un peu plus loin, et me fit aboutir finalement au jardin. Je fus saisi d’étonnement en y surprenant l’ami Roger, recouvert de terre et occupé à reboucher au moyen d’une grosse pelle un trou fraîchement creusé…

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