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Enfant de Novembre

Enfant de Novembre

Bienvenue sur le blog de ToF', une escale dans sa balade labyrinthique.


ROMAN CHORALE - Chap.33 : SONNET POUR ROSE

Publié par EnfantdeNovembre sur 2 Mai 2015, 13:47pm

Diego Rivera

Diego Rivera

23 février 2014

''... rendre la maison des artistes aussi sereine
 que le chant du pinson qui a échappé à l’impôt..."
 Pawata

C’était le crime parfait. Une victime égorgée par un chat qu’un sentiment d’injustice démangeait. Il n’y avait même pas besoin de cacher le corps, juste à le laisser là, gisant glacé au pied d’un cyprès du jardin. Avec un peu de chance, la mère Bates serait la première à découvrir la dépouille de son fils, et succomberait à la crise ultime qui nous arrangerait tous. C’est donc ce que je fis, en quittant incognito le lieu du crime commis par l’ingénieux Kaputch que ma tisane prétendument toxique avait au contraire requinqué.

Au retour de ma marche journalière, je fis un rapide détour par le jardin où je constatai, désappointé, la disparition du corps du jeune Bates. Seule une petite mare de sang, en forme de cercle, demeurait sur le sol paisible d’herbes folles… Deux possibilités s’offrirent à moi : m’effacer en ne sortant plus de l’antichambre jusqu’à nouveau rebondissement, et en profiter pour travailler mes sonnets, ou bien repartir au loin, vers des recoins improbables. J’optai après moultes hésitations pour la première idée. La bougeotte dont je faisais preuve depuis la mort de Paul m’avait fait délaisser jusqu’à la fresque murale, si anodine à côté de celles que l’on pouvait trouver du côté de l’Institut des arts de Détroit, comme celle célèbre de Diego Rivera, »L’homme et la machine ».

Le grand Mukya, renonçant à se déplacer, m’avait convoqué à un entretien préalable, visant pensais-je à préparer ma toute première battle. Je ne sortais de l’antichambre que pour aller manger les germes de soja conservés au frais, et m’aérer l’esprit en cas d’engourdissement. Pour le reste, rien ne pouvait me distraire, pas même la folle d’en face dont le fils m’avait dissuadé de toute bataille à mener. Ce psychopathe avait raison : il n’y avait rien d’efficace à faire permettant d’écrabouiller ces cafards, et je pariais sur leur propre dégénérescence pour que soit enfin débarrassée de ces mauvaises ondes la ville de Détroit.

Outre Delphine qui tenait à rencontrer absolument le maître des sonnets, l‘anxiété fut ma compagne de route, et la sombre ambiance du taxi due à la mauvaise humeur de Mitch n’arrangeait rien. En arrivant sur Sterling Heights, les deux clones du kidnapping nous accueillirent et nous conduirent sans mot dire jusqu’au maître. Ce fut la raclée de ma vie. Mais pas celle que j’attendais. Assis en tailleur sur un tabouret somme toute étroit, ignorant mon amie vexée, il contourna mon regard terrorisé avant de s’y arrêter enfin pour ne plus le quitter. »Tu as tout faux ! », me lança-t-il, les sourcils froncés et la pupille perçante. Durant un entretien long comme un premier cheveu blanc, Mukya m’expliqua en détails l’interprétation erronée que j’avais faite des activités qu’abrite le temple et du baptême en mon honneur. Je m’étais fourvoyé dans une grande illusion selon des motivations opposées à celles des poètes, et le réveil allait être brutal. Bien entendu, toute implication de ma part dans le groupe n’était plus d’actualité, et la seule chose à faire était encore, selon lui, de laisser reposer mon instinct. »Mes hommages, Madame… », conclut-il en s’adressant délicatement à Delphine, flattée cette fois-ci quoiqu’ effrayée de la tournure de l’entretien. Indigne du sonnet, je ne savais plus où me mettre, ma seule envie était d’aller rejoindre Paul. Lui saurait sûrement quoi dire, comment réagir, comment rebondir.

C’est l’appel téléphonique de Rose Nelson qui me sauva de ce lourd moment. De retour à Détroit, elle allait pouvoir enfin se pencher sérieusement sur le dossier juridique de Marnie. Cela me procura une énergie nouvelle qui me fit redresser la colonne vertébrale. Je comptai avertir les amis de l’arrivée de Rose, qu‘il me fallait leur présenter, afin de discuter tous ensemble de la marche à suivre en vue de faire libérer notre amie. Mais pas avant d’avoir mitraillé le maître de quelques rafales d’alexandrins qui vaudrait ce qu’elles vaudraient, mais c’était par un sonnet de mon cru que je comptais à la fois lui présenter mes confuses, puis mes réserves, et enfin mes adieux -à moins qu’il ne consentît ultérieurement à venir nous combler de ses savoirs en matière de prosodie, tel que je lui en avais fait la demande. Au fait des liens l’unissant à Rose, cela n’allait pas le laisser indifférent ; mais après ma joute, il nous signifia le sens de la sortie.

Sonnet Pour Rose

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Dans ce jeu infernal, où l’envers est l’endroit,

Se joue la symphonie d’un mystérieux récit

Où passent les esprits, comme dans les détroits,

Et moi là psalmodiant à Rose mes envies…

.

Au fil de ces chapitres, où filent les intrigues,

Où se dénouent les liens et se répand la nuit,

Il danse des cadavres, aux entrailles exquises,

Et moi là délirant car Rose, c’est la vie…

.

Que les voix se déjouent, pour un roman chorale,

Etreinte à Patawa, Marnie ou Béatrice,

Et moi là tressaillant quand Rose s’endormit…

.

Qu’importe le dégoût que d’aucune au teint pâle

A tôt fait d’étouffer dans un dernier supplice,

Et moi là rougissant car Rose, c’est la vie…

.

Je savais au fond que l’art du sonnet requiert des subtilités qu’il me restait à découvrir, et j’admirais le poète pour ce travail mené. Écrire un sonnet, tel n’était-il pas ce à quoi s’attelaient les travailleurs de la fresque de Diego Rivera ?

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